Tel un astre naissant, le Slovaque Peter Sagan est entré à 22 ans dans la lumière du Tour de France, dimanche, dans la ville belge de Seraing, en gagnant la première étape devant le Suisse Fabian Cancellara, un exemple de maillot jaune offensif.
Le démarrage de Sylvain Chavanel, à 1900 mètres de la ligne, a lancé un final de feu. Sur la partie la plus pentue de la côte menant au dernier kilomètre, Cancellara est passé à l'attaque comme il l'avait fait, par surprise, pour gagner à Compiègne dans le Tour 2007.
"L'équipe a roulé toute la journée, sans recevoir de l'aide des autres équipes. J'ai pensé que la meilleure défense, c'est l'attaque", a expliqué ensuite le Bernois, encore plus impressionnant que lors de sa victoire la veille dans le prologue.
Il a ajouté avoir reconnu très soigneusement ("mètre par mètre") la montée, pavée par endroits et rappelant les "monts" du Tour des Flandres dans lesquels sa puissance s'exprime au mieux. C'est donc sur la partie la plus pentue qu'il a forcé l'allure et distancé les grands noms du peloton (Evans, Van den Broeck, Nibali, Gilbert).
Mais Cancellara n'a pu décrocher Sagan, accroché à sa roue arrière et suffisamment maître de ses nerfs pour regarder l'écart derrière lui et refuser de collaborer.
Dans les 150 derniers mètres, le plus jeune n'a laissé aucune chance à l'aîné, condamné à la deuxième place comme il l'avait été par l'Australien Simon Gerrans le 17 mars dernier dans Milan-Sanremo.
Après l'arrivée, le Suisse a préféré faire bonne figure: "Je lui ai dit qu'il doit me payer une belle bouteille de Brunello (un grand vin de Toscane). Je sais que je perds une grande occasion (de victoire). Mais je n'allais pas me relever à 500 mètres de l'arrivée !
Où situer Peter Sagan ?
Néophyte du Tour, dont il est le deuxième coureur le plus jeune après Thibaut Pinot, le Slovaque n'est qu'à l'orée d'une carrière que le monde du cyclisme s'accorde à prédire des plus fructueuses. L'équipe Liquigas qui l'a recruté en 2010 a misé sur lui, fut-ce au détriment du meilleur coureur italien actuel, Vincenzo Nibali, qu'elle n'a pas cherché à retenir à tout prix pour l'année prochaine.
Pour sa troisième année dans l'élite, Sagan multiplie les performances. Son succès de Seraing est le 13e de la saison. A coup de séries répétées au Tour de Californie (5 étapes) et au Tour de Suisse (4 étapes).
Fera-t-il de même dans le Tour de France, le révélateur suprême ? Il assure en tout cas être insensible à la pression même s'il avoue que le stress se ressent dans le peloton.
"Je ne vois pas qui peut le battre pour le maillot vert", estime d'ailleurs la légende belge Eddy Merckx.
Mais, par ses qualités de punch et de vitesse, Sagan est aussi destiné à réussir sur les classiques. Sa campagne 2012 (4e de Milan-Sanremo, 2e de Gand-Wevelgem, 3e de l'Amstel Gold Race) annonce un avenir radieux à court terme. Peut-être dès cette saison aux JO de Londres puis au Championnat du monde de Valkenburg (Pays-Bas).
Jusqu'où Cancellara peut-il garder le maillot jaune ?
Le Bernois compte bien entrer en France, mardi, habillé de sa tenue favorite, dans la mesure où la prochaine étape est taillée pour les sprinteurs. "Comme ça, je pourrai penser à Boulogne-sur-Mer, une étape vraiment dure", a ajouté le maillot jaune, confiant en ses moyens sur les terrains vallonnés.
Son directeur sportif Alain Gallopin partage le même optimisme: "C'est un gros moteur, il va aller de mieux en mieux au fil des jours". Et d'assurer que l'équipe RadioShack fera le maximum pour l'aider.
Sauf accident, une éventualité toujours à prendre en compte en début de Tour --l'Allemand Tony Martin l'a vérifié à ses dépens en chutant dès le 11e kilomètre-- Cancellara a devant lui un boulevard qui doit l'emmener jusqu'à La Planche des Belles Filles, la première arrivée au sommet samedi prochain.
Le Suisse a évoqué lui-même cette étape. Il a ajouté que le Tour serait alors à une journée seulement de l'arrivée à Porrentruy, dans le Jura suisse. Une motivation d'autant plus forte !
"Je ne veux pas avoir de regrets", a insisté Cancellara en évoquant les moments difficiles passés après sa chute du Tour des Flandres: "C'était plus grave que ce que l'on pensait d'abord. Les ligaments étaient touchés. J'ai mené un vrai combat pour revenir à ce niveau et je suis très fier de l'avoir réussi."











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