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Avec l'arrivée des talibans, les influenceurs afghans disparaissent des réseaux, d'autres ont connu un destin plus tragique en tentant de fuir le pays

La chanteuse Aadiqa Madadgar était une star d'Instagram et YouTube. Mais l'arrivée au pouvoir des talibans a anéanti ses rêves, comme ceux de nombreux influenceurs, et provoqué un véritable séisme sur les réseaux sociaux afghans: plus personne n'ose publier du contenu. Certains ont fui le pays et sont maintenant en sécurité. D'autres ont connu un destin plus tragique comme Zaki Anwari, un jeune joueur de foot afghan.

Zaki Anwari un jeune Afghan de 19 ans, qui jouait dans l'équipe nationale de football junior, a fait une chute mortelle après avoir tenté de s'accrocher à un avion américain s'envolant de Kaboul, a appris ce jeudi l'AFP par la Direction générale de l'éducation physique et des sports du pays. "Anwari, comme des milliers de jeunes Afghans, voulait quitter le pays mais est tombé d'un avion américain et est mort", a-t-elle expliqué dans un communiqué publié sur Facebook.

Des milliers d'Afghans se sont rués vers l'aéroport cette semaine pour émigrer à la suite de l'offensive éclair des talibans qui s'est soldée par leur prise de pouvoir, après la fuite du président Ashraf Ghani. Dans une vidéo poignante tournée lundi sur le tarmac, on voit des centaines de personnes courir à côté d'un avion de l'US Air Force sur le point de décoller de la piste, plusieurs personnes s'accrochant à l'appareil.

D'autres séquences ont semblé montrer deux personnes faisant une chute mortelle depuis un avion C-17 après son décollage. Des restes humains ont ensuite été retrouvés dans le train d'atterrissage, a confirmé l'armée américaine, ajoutant qu'elle enquêtait sur les décès signalés liés au C-17.

"Avant que l'équipage ne puisse décharger sa cargaison, l'avion a été encerclé par des centaines de civils afghans", a déclaré Ann Stefanek, porte-parole de l'US Air Force. "Face à une situation sécuritaire qui se détériorait rapidement autour de l'avion, l'équipage a décidé de quitter l'aérodrome aussi vite que possible", a-t-elle poursuivi.

Le président américain Joe Biden est critiqué dans son pays et à l'international pour la façon dont les troupes américaines se retirent d'Afghanistan, d'autant que son administration n'était apparemment pas préparée à l'assaut rapide des Talibans. Les souvenirs du régime brutal imposé par ces derniers dans les années 1990, durant lesquelles la musique et la télévision étaient interdites, les gens lapidés et les femmes confinées chez elles, ont semé la panique au sein de la population.

Les influenceurs désertent les réseaux sociaux par peur de représailles 

La chanteuse Aadiqa Madadgar était une star d'Instagram et YouTube. Mais l'arrivée au pouvoir des talibans a anéanti ses rêves, comme ceux de nombreux influenceurs. Ancienne participante à l'émission de télé-crochet "Afghan Star", Aadiga Madadgar, 22 ans, était célèbre en raison de son incroyable voix. Musulmane pratiquante, la tête toujours couverte d'un foulard, elle passait ses journées à poster des vidéos, comptant 21.200 abonnés sur YouTube et 182.000 sur Instagram.

Récemment, une de ses vidéos la montrait prise d'un fou rire tout en découpant une pastèque. Sur une autre, elle entonnait un chant folklorique dans un café pendant qu'un de ses amis jouait de la guitare. Alors qu'elle visitait il y a peu la ville de Kandahar, berceau des talibans, elle s'est filmée en train de manger une pizza avec des amies.

Le 14 août, son ton avait radicalement changé quand, pour la première fois, elle a exprimé son opinion politique sur Instagram. "Je n'aime pas faire part de ma douleur en ligne, mais j'en ai marre de tout ça", a-t-elle écrit. "Mon coeur est brisé quand je vois que ma terre, ma patrie est lentement détruite. Pourquoi quand il s'agit de ma patrie, tout le monde devient sourd, aveugle et muet?".

Le lendemain, les militants talibans s'emparaient de Kaboul, et depuis, elle n'a plus rien posté...

"Plus en sécurité"

Des millions de jeunes Afghans, en particulier les femmes et les minorités religieuses, redoutent que toutes leurs anciennes publications ne les mettent en danger. Ils se souviennent de la manière dont les talibans ont imposé une version ultra-rigoriste de la loi islamique, entre 1996 et 2001.

Les femmes avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, les filles d'aller à l'école. Les femmes accusées de crimes comme l'adultère étaient fouettées et lapidées à mort.

Les femmes qui, comme moi, ne portent pas le voile, travaillent, ils (ndlr, les talibans) ne peuvent pas les accepter

Ayeda Shadab était une icône de la mode pour de nombreuses jeunes afghanes avec 290.000 followers sur Instagram et 400.000 sur TikTok. Chaque jour, elle défilait avec les dernières tenues de sa boutique huppée de Kaboul. Dans une des ses plus récentes vidéos, elle posait dans une robe de bal asymétrique et transparente, avec en fond sonore le tube de Dua Lipa, "Levitating".

Mais elle ne se faisait aucune illusion sur les conséquences de l'arrivée au pouvoir des talibans pour des femmes qui, comme elles, travaillent dans le milieu de la mode. "Si les talibans prennent Kaboul, les gens comme moi ne seront plus en sécurité", a-t-elle déclaré à la chaîne allemande ZDF lors d'une récente interview. "Les femmes qui, comme moi, ne portent pas le voile, travaillent, ils ne peuvent pas les accepter". Terrifiée par le retour des talibans au pouvoir, elle s'est résolue à fuir et a récemment annoncé être en Turquie.

D'autres célébrités et influenceurs de premier plan ont tenté de faire de même. Aryana Sayeed, l'une des plus célèbres chanteuses afghanes, a posté mercredi un selfie alors qu'elle était à bord d'un avion de l'armée américaine à destination de Doha. "Je vais bien et je suis en vie après quelques nuits que je pourrai jamais oublier", a-t-elle écrit. "Mon coeur, mes prières et mes pensées seront toujours avec vous".

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