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"Le retour en Belgique n'est pas simple": après 18 ans en France, Vincent doit repartir de zéro à tous les niveaux

En l'an 2000, Vincent est contraint de quitter la Belgique pour suivre sa femme de l'époque. Il est alors aide-soignant et pompier volontaire. Arrivé en France, il doit changer de voie et se dirige vers la restauration. 18 ans plus tard et avec un nouveau diplôme en poche, il revient au pays pour être au chevet de sa mère malade. Il a alors une mauvaise surprise: il n'existe aucune équivalence pour sa nouvelle formation et il n'a pas le droit au chômage. Avec sa compagne, ils doivent survivre avec 300 euros par mois.

"On ne va pas tenir longtemps comme ça." C'est complètement désespéré que Vincent nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous. L'homme de 56 ans a souhaité raconter son histoire. 

En 2000, ce père de famille quitte la Belgique pour suivre sa femme et pour pouvoir ainsi rester proche de ses enfants. Il s'installe à Salins, en Dordogne. Dans notre pays, il avait plusieurs cordes à son arc pour trouver de l'emploi. Il travaillait comme aide-soignant et était également pompier volontaire mais il possédait aussi un diplôme de "boulanger, pâtissier, chocolatier et maitre-confiseur". Mais arrivé dans l'hexagone, toutes ces qualifications ne lui servaient plus à rien. "Elles n'étaient pas reconnues", explique le père de famille qui a, à ce moment, 34 ans. "J'ai dû trouver une autre voie. Un charcutier m'a alors employé durant un an." Après cette année, Vincent a décidé de réaliser une formation de cuisinier. Il a donc logiquement travaillé en cuisine par la suite. 

Retour en Belgique pour soigner sa mère

En 2013, Vincent décide de se lancer dans une nouvelle formation qui doit lui permettre de passer un cap dans sa vie professionnelle. Il obtient ainsi en juin 2014, grâce à une formation accélérée d'un an, un diplôme d'"assistant-manager Tourisme Hôtellerie Restauration" à la Chambre du Commerce et de l'Industrie de Carcassonne. Désormais séparé de la mère de ses enfants, Vincent part travailler à Paris. "Je donnais cours et je travaillais également dans une association d'aide aux sans-abris dans laquelle moi et mon équipe cuisinions pour 150 personnes par jour", explique-t-il.

En 2018, la vie de Vincent bascule. Il rentre en Belgique pour prendre soin de sa mère malade. Il fait alors la rencontre d'une femme et ils décident d'acheter à deux une petite maison à Silly en contractant un emprunt à la banque. Mais rapidement, l'homme, qui a alors 54 ans, est confronté à un dur retour à la réalité: son diplôme français acquis quelques années plus tôt ne lui donne droit à aucune équivalence en Belgique. "Je me suis retrouvé dans le même état d'incompréhension que la femme que vous avez interrogé il y a quelques semaines", témoigne-t-il. "J'ai contacté à de nombreuses reprises la direction de la reconnaissance des diplômes étrangers mais leur réponse finale a été claire: ma demande d'équivalence n'est pas recevable."

Je suis bardé de diplômes mais aucun n'est valable

Dans le mail qui lui a été adressé, le service précise : "Le diplôme que vous nous avez transmis ne semble pas correspondre à un grade académique ni à un diplôme visé en France".

La direction de la reconnaissance des diplômes étrangers et du Centre ENIC-NARIC de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) indique qu'il y a deux types d'équivalence. Une relative à un grade académique et une portant sur le niveau de diplôme.

Les critères principaux guidant une évaluation académique sont les suivants :

  • d’une part, le niveau des études auquel on doit comparer le diplôme étranger. Il s’agit de voir comment un diplôme est positionné dans un système d’enseignement supérieur étranger, généralement par rapport à un cadre de certification national ;
  • et d’autre part, des éléments liés au contenu de la formation : comparaison du programme d’études étranger avec un programme organisé actuellement en FWB ; volume des études exprimé en termes d’années ou de crédits ECTS, etc

Nous avons demandé à la direction des diplômes étrangers pourquoi le diplôme de Vincent n'était pas reconnu. Elle explique que l’équivalence ne concerne strictement que les diplômes d’enseignement supérieur qui correspondent à des grades académiques que la FWB confère (bachelier, master, etc.). Concernant la non-reconnaissance du diplôme de Vincent, voilà la réponse de la direction: "Ce titre, délivré par l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie, est comparable non pas à un diplôme d’enseignement supérieur stricto sensu, mais bien à un titre professionnel, tel que ceux que l’on retrouve dans la section 'formation professionnelle' du registre des certifications du Cadre francophone des certifications." 

Les autres qualifications qu'il possède ne lui sont pas plus utiles. "Je suis bardé de diplômes mais aucun n'est valable", soupire-t-il. "Et à mon âge, ce n'est plus possible de redevenir pompier volontaire."

Pas de droit au chômage

Les problèmes de Vincent ne s'arrêtent pas là. À son retour en Belgique, il décide alors d'aller frapper à la porte de l'ONEM afin d'obtenir des allocations de chômage. Et mauvaise surprise pour lui, il n'y est pas éligible. "À ma première demande, ils m'ont répondu qu'il me manquait 60 jours de travail en France sur les 42 derniers mois", soupire-t-il. "Ca a été très compliqué de me procurer tous les documents nécessaires pour prouver mon activité et pendant ce temps, le compteur de jours manquant continuait à tourner."

L'ONEM indique que les journées de travail effectuées à l’étranger sont prises en considération, pour l’admissibilité aux allocations de chômage, seulement si trois conditions sont réunies:

  • Elles ont été effectuées dans un pays ayant conclu une convention internationale de sécurité sociale avec la Belgique (à quelques exceptions près, seules les prestations de travail effectuées dans un autre pays européen peuvent encore être prises en compte);
  • Cette convention prévoit que les prestations de travail (et les périodes assimilées) peuvent être prises en compte pour ouvrir le droit aux allocations de chômage;
  • Le travailleur a presté par la suite au moins 3 mois de travail salarié selon la réglementation belge (c’est-à-dire du travail assujetti à l’ONSS, secteur chômage).

L'ONEM précise pour le cas de Vincent : "La réglementation prévoit que, pour être admis au bénéfice de l'allocation de chômage, le travailleur âgé de 50 ans ou plus doit prouver 624 journées de travail au cours des 42 mois précédant sa demande d'allocations".

Vincent regrette cette réglementation: "J'ai travaillé plus de 15 ans sur les 18 années passées en France et il n'est comptabilisé que les dernières années où j'ai moins travaillé." Actuellement, les jours manquants s'accumulent pour Vincent. La dernière lettre qu'il a reçu de l'ONEM indique qu'il n'a prouvé que 250 jours de travail sur les 624 nécessaires dans les 42 derniers mois.

"Je ne peux pas toucher l'allocation du CPAS"

En désespoir de cause, Vincent a décidé de se rendre au CPAS de Silly afin de demander l'allocation d'intégration. Et mauvaise nouvelle pour lui, le revenu de son ménage est légèrement trop élevé pour qu'il puisse recevoir une aide. "Ma femme était secrétaire et elle est maintenant en pré-retraite," explique-t-il. "Elle touche 1.750 euros par mois et je ne peux donc pas toucher l'allocation."

Charlotte Limbourg, assistante sociale au CPAS de Silly, précise: "L'allocation d'intégration peut s'obtenir selon les ressources du ménage. Elle peut être attribuée si le revenu des cohabitants majeurs est en dessous de 669,58 euros par personne. Malheureusement, si les revenus du ménage dépassent un certain montant, on ne peut pas octroyer cette aide."

Le problème pour Vincent, c'est le prêt pour de la maison. "Quand nous avons acheté, nous avions des économies", explique-t-il. "Je ne pensais pas du tout me retrouver dans cette situation aujourd'hui, je pensais pouvoir gagner ma vie. Nous devons rembourser 1440 euros par mois. Avec nos revenus, il nous reste à peine plus de 300 euros par mois pour vivre. Et si on y ajoute tous les autres frais, c'est impossible."

Une bouée de sauvetage pour le ménage

Plusieurs jours après son message via le bouton orange Alertez-nous, Vincent nous a recontactés, un peu soulagé. "Même si je n'ai pas le droit à l'allocation d'intégration, je peux quand même recevoir l'aide du CPAS pour d'autres choses comme par exemple le paiement du gaz", explique-t-il. "C'est une vraie bouée de sauvetage pour nous."

Charlotte Limbourg confirme que les portes des CPAS sont ouvertes à tout le monde. "Comme je le dis tout le temps, vous pouvez tout demander à un CPAS", souligne-t-elle. "Même les propriétaires peuvent venir frapper à notre porte. Il suffit de faire une demande, n'importe laquelle, et le dossier sera alors traité par le bureau permanent qui prendra une décision finale."

Vincent et sa femme vont donc pouvoir souffler un petit peu. "Je vais notamment rentrer un dossier pour être aidé au niveau de la facture de gaz", explique-t-il. "J'ai bien cru que nous ne saurions pas en faire rentrer cette année. C'est le premier petit pas vers l'avant depuis longtemps. Mais nous ne sommes pas sortis de la galère pour autant. Je vais continuer à me battre pour trouver du travail, mon objectif n'est certainement pas de rester inactif."

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