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Lycéens à genoux à Mantes-la-Jolie en 2018: l'enquête "commence enfin"

"Une classe qui se tient sage": voici les mots, en 2018, d'un policier devant quelque 150 lycéens interpellés, filmés agenouillés et mains sur la tête à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Quatre ans plus tard, l'enquête sur cette arrestation controversée "commence enfin", se réjouit un de leurs avocats.

Le 6 décembre 2018, après trois jours de manifestations ayant dégénéré en échauffourées autour de plusieurs lycées de Mantes-la-Jolie, la police interpelle 151 jeunes, âgés de 12 à 21 ans.

Répondant à une mobilisation nationale contre la réforme du baccalauréat et de Parcoursup, ces jeunes participent à une manifestation autour du lycée Saint-Exupéry, un établissement connu pour brasser des élèves de divers horizons, dont le Val Fourré, quartier prioritaire de la politique de la ville.

Des groupes de jeunes mettent le feu à des poubelles, deux voitures partent en fumée. La police procède à des tirs de LBD et de gaz lacrymogènes.

Soudain, elle charge. Un groupe de jeunes est regroupé près du lycée, mêlant fauteurs de troubles mais aussi élèves sortant des cours. D'autres se réfugient dans le local d'une association.

Un policier filme la scène. Cette vidéo montre ces jeunes mains sur la tête, certains menottés dans le dos, tous agenouillés dans le jardin d'un pavillon, près du lycée.

Cette vidéo d'une trentaine de secondes provoque l'indignation. On y entend le policier commenter: "Voilà une classe qui se tient sage".

Le lendemain, le Défenseur des droits se saisit. Cette enquête sur les conditions de l'interpellation est toujours en cours, selon une source proche du dossier.

Regroupés puis "nassés" - une technique, remise en cause aujourd'hui, qui consiste à encercler les manifestants et à les retenir dans un périmètre donné -, ces lycéens ont ensuite été placés en garde à vue, écopant pour la plupart de simples rappels à la loi.

Dans la foulée, des dizaines de jeunes ainsi que l'Union nationale des lycéens (UNL) déposent plainte notamment pour "violences sur mineurs par personne dépositaire de l'autorité publique" ou pour "actes de torture et de barbarie".

Parmi eux, Yasser, alors âgé de 17 ans, explique avoir été "forcé de se tenir à genoux" pendant plusieurs dizaines de minutes, avant d'être placé en garde à vue durant 26 heures au commissariat de Mantes-la-Jolie, "entassé" avec 15 autres jeunes "dans une cellule prévue pour cinq".

Ces plaintes sont classées sans suite en juillet 2019 par le parquet de Nanterre. "Le fait de retenir les personnes interpellées en position à genoux ou assise, entravées pour certaines d'entre elles, apparaît justifié par le contexte exceptionnel de violences urbaines graves", estime alors le parquet.

- "Se relever" -

Une enquête administrative a conclu aussi à l'absence de "comportements déviants de la part des policiers".

En mai 2020, l'avocat Arié Alimi obtient une nouvelle enquête menée cette fois par un juge d'instruction, après une nouvelle plainte avec constitution de partie civile de Yasser. Un second lycéen, Sofiane, s'est également constitué partie civile en juin dernier.

Deux ans plus tard, ces deux lycéens ont été entendus par les deux juges d'instruction de Nanterre, où l'affaire a été dépaysée, selon la source proche. Les policiers, eux, n'ont pas encore été auditionnés.

L'enquête "commence enfin", s'exclame Me Alimi, qui espère l'audition des 151 lycéens, des témoins, des policiers mis en cause ainsi qu'une reconstitution.

L'avocat fustige "une justice méprisante face à des familles courageuses qui mèneront le combat jusqu'à ce qu'elles obtiennent une reconnaissance de cette indignité".

Une information judiciaire est en cours depuis fin 2021, à Pontoise, pour "déni de justice". Déposée contre X, la plainte avec constitution de partie civile vise "l'inaction supposée des magistrats instructeurs" à Nanterre, souligne Me Alimi.

Contacté, le parquet de Nanterre n'avait pas répondu dans l'immédiat.

"J'attends beaucoup de l'enquête" sur ces "arrestations arbitraires", a commenté auprès de l'AFP François Hébert, un enseignant d'histoire-géographie du lycée Saint-Exupéry, représentant syndical FNES-FSU, et en poste au moment des faits.

Quatre ans après, l'enseignant confie que son "sentiment d'impuissance s'est effacé" grâce à la détermination des élèves. "J'ai vu cette génération, les genoux à terre, se relever et ne pas baisser les bras", nombreux poursuivant sur les voies du militantisme.

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