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Valérie, alcoolique abstinente, découvre que des boissons dites "sans alcool" ne sont pas sans risque: "Beaucoup en contiennent 0,5%!"

Des boissons étiquetées "sans alcool" mais qui en contiennent tout de même. Valérie, 41 ans, alcoolique abstinente, dénonce "l'hypocrisie" des industriels à travers leurs boissons sans alcool. Car sur certaines, malgré leur appellation, une faible dose d'alcool peut s'y trouver. Si la limite imposée par la loi est respectée, c'est tout à fait légal. Problème: pour des personnes alcooliques abstinentes, elles ne sont pas sans danger. Décryptage.

"Je suis horrifiée par le fait que dans les rayons sans alcool, on trouve beaucoup de produits à 0,5% d'alcool. Or, les marques affichent 0%. Pour des personnes alcooliques abstinentes comme moi, cette faible dose d’alcool est dangereuse". Ce message nous est transmis via le bouton orange Alertez-nous. Derrière, celui-ci, celle que nous appellerons Valérie, par souci d'anonymat, dénonce une pratique commerciale dangereuse. Une pratique, qui, selon elle, présente des risques qui ne sont pas anodins. Elle nous raconte son histoire. 

Pour Valérie, la tentation est grande. Mais pas question de rechuter. Abstinente depuis plusieurs mois, cette Bruxelloise âgée de 41 ans ne veut plus entendre parler d'alcool. Alcoolique durant plus de deux ans, elle a décidé de se faire soigner. Durant cette cure, elle a choisi de se tourner vers les vins, bières et spiritueux sans alcool, convaincue que pour elle, c'était la meilleure alternative. Mais après avoir découvert que certaines de ces boissons contenaient jusqu'à 0,5% d'alcool, elle s'estime trompée. D'autant plus qu'elle estime que sa rechute est, en partie, due à la consommation de ces produits. Elle nous livre son témoignage. 

J'ai commencé à boire en cachette

"Avant, je buvais modérément. Puis c'est devenu de plus en plus", souffle-t-elle. Il y a deux ans, alors que sonne l'heure d'un confinement national, Valérie voit sa vie changer progressivement. Une dépression, des relations sociales limitées, du télétravail... "Tout ça n'a pas aidé", concède-t-elle. Alors progressivement, l'alcool devient un refuge. "J'ai commencé à boire en cachette. Je ne voulais pas que mon ex-compagnon me voit", explique-t-elle.

Les verres de vin se succèdent à n'importe quelle heure de la journée. L'apéro n'est plus un plaisir, il est là pour combler des manques. "Je buvais pour calmer les symptômes du manque. Je tremblais, j'avais des nausées, je n'étais pas bien", explique-t-elle. Quand on questionne Valérie sur sa consommation, difficile pour elle de la quantifier. Elle se souvient vider "les 3/4" d'une bouteille d'un spiritueux (à 30% d'alcool) chaque jour. "C'était énorme !", s'exclame-t-elle.

Une faible dose mais suffisante pour moi pour rechuter !

Progressivement, elle se voit changer. C'est le déclic. "J'ai décidé de me faire hospitaliser pour me faire soigner. J'y suis restée pendant trois semaines", explique-t-elle. Les premiers mois passent sans une goutte d'alcool jusqu'au jour de la rechute. S'ensuivent une deuxième hospitalisation puis encore une rechute. "Je me suis dit 'Ça suffit, je ne veux plus de cette vie, je veux guérir !", se remémore-t-elle.

Cette fois, Valérie ne choisit pas l'hospitalisation. Elle reste chez elle et est accompagnée de son médecin et de son psychiatre. Le but étant d'identifier les raisons de ces rechutes afin que cela ne se reproduise pas. "J'ai expliqué à mon psychiatre que pour m'aider à arrêter, je buvais des boissons sans alcool. Mais on s'est rendu compte qu'en fait, il y en avait. Une faible dose mais suffisante pour moi pour rechuter !", assure-t-elle. Dès lors, Valérie se sent trompée. Car entre amis et en famille, ces boissons étaient la parfaite alternative pour "faire et se sentir comme tout le monde". "Ça me permettait de prendre l'apéro comme les autres", confie Valérie. 

Désormais, cette quarantenaire scrute en détail les étiquettes de ces boissons en magasin. Elle opte uniquement pour celles qui ne contiennent pas du tout d'alcool. Dr Thomas Orban, médecin généraliste spécialisé en alcoologie, confirme que des boissons étiquetées "sans alcool" peuvent tout de même en contenir une légère dose. La loi l'autorise pour les boissons dont la valeur en alcool est inférieure à 0,5%. Cela explique le fait qu'en magasin, dans le rayon sans alcool, on peut trouver des vins, des spiritueux ou encore des cocktails qui contiennent 0,2; 0,3 et parfois même 0,45% d'alcool. "Pour les patients qui ont besoin d'avoir du 0,0%, ça ne fonctionne pas. Donc la première chose à faire est de faire attention à ce qu'il y a réellement dedans", indique le praticien. 

Le même packaging, la même étiquette, couleur et texture

Selon les produits, la valeur en alcool diffère. Dans certains bières ou vins étiquetés "sans alcool", il y a bel et bien 0,0% d'alcool. Pour d'autres en revanche, la valeur atteint 0,45%. Concrètement, ces produits ne présentent pas de risque majeur pour la santé. Mais pour les personnes alcooliques, le danger existe. En s'habituant à consommer de telles boissons, des alcooliques peuvent progressivement reprendre leurs mauvaises habitudes. "On a des gens qui utilisent un produit qui a le même packaging, la même étiquette, la même couleur, le même nom, la même texture. Et donc symboliquement, ils n'ont pas du tout quitté la boisson. Pour certains, ça peut les faire reboire. Ou pire, pour ceux qui ne buvaient pas, ça peut les faire aller vers la boisson", éclaire Dr Thomas Orban. De plus, d'un point de vue médical, pour les patients souffrant de cirrhose, la consommation de produits qui contiennent de l'éthanol (même à faible quantité) n'est pas conseillée. Dr Thomas Orban recommande également d'éviter ces boissons pour toutes les personnes désireuses de ne pas consommer d'alcool, et notamment les femmes enceintes. 

Médicalement, la faible quantité d'alcool contenue ne peut pas vraiment provoquer une rechute. Cependant, ce sont les signaux envoyés au cerveau lors de la consommation de ce genre de boissons qui peuvent expliquer qu'une personne alcoolique abstinente consomme de nouveau. "La dépendance à l'alcool est le besoin d'un produit tellement fort, tellement organisé dans le cerveau qu'une personne alcoolique devient un spécialiste de la boisson alcoolisée. C'est comme le fait de rouler à vélo et de devenir ainsi spécialiste du vélo. Vous n'oubliez jamais cette spécialisation. Si vous ne touchez pas à votre vélo pendant 3 ans, vous allez tout de même pouvoir remonter dessus et rouler de nouveau. Un consommateur de boissons alcoolisées, spécialisé là-dedans, si on lui met en main les mêmes produits, son cerveau ne fait pas vraiment la différence. Il se dit 'Ça y est, on est reparti dans ma spécialisation. J'y retourne' ", éclaire Dr Thomas Orban.

Certains utilisent des boissons sans alcool pour quitter la boisson

À l'inverse, ces boissons imitant les produits alcoolisés peuvent présenter certains avantages. Elles peuvent être un moyen de se détourner de l'alcool pour des personnes malades. "Dans ma pratique de médecins alcoologue, des patients utilisent des boissons sans alcool pour quitter la boisson. Parce que socialement, on vous demande toujours pourquoi vous ne buvez pas mais pourquoi vous buvez. Pour ne plus avoir à se justifier, ils prennent une bière sans alcool et font comme tout le monde. Avec le temps, souvent, ils finissent pas délaisser ces boissons", souligne le médecin spécialisé en alcoologie. 

Progressivement, ce type de boissons séduit de plus en plus de consommateurs. À travers le développement de ces nouveaux produits, se cachent de réels enjeux de la part des industriels. "Ils ont des stratégies marketing pour implanter leurs produits alcoolisés en introduisant le cheval de Troie de la bière sans alcool par exemple. Celle-ci cache la bière avec alcool qui va ensuite pénétrer le village et la communauté", image le praticien. 

Pour Jean-Claude Jouret, professeur de marketing, ce n'est pas un nouveau modèle de marketing. "Tout d'abord, on observe une forte pénalisation de la consommation d'alcool. Et d'autre part, il y a une tendance à consommer moins d'alcool car un produit alcoolisé est calorique. Donc on va dans le sens d'un marché qui impose moins d'alcool. Pour garder une clientèle qui existe déjà, les marques se sont orientées vers un nouveau type de produit: un produit non alcoolisé. Pour pouvoir le rattacher à leur gamme alcoolisée et donc conserver leur clientèle, elles gardent les codes de communication identiques", analyse le spécialiste. 


Parmi ces codes, on retrouve la forme de la bouteille, le logo, l'appellation et même la couleur de la boisson. "C'est la volonté de garder leurs consommateurs et éviter qu'ils ne fuient vers une autre marque qui proposerait un produit équivalent sans alcool. Que ce soit les fabricants de vins, de spiritueux ou même de bières, tous essaient d'avoir une version non alcoolisée de leurs produits", résume Jean-Claude Jouret.

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