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Gustavo Dudamel, baguette magnétique à l'Opéra de Paris

En observant Gustavo Dudamel répéter avec un orchestre, il est facile de deviner pourquoi le maestro vénézuélien qui a un pied à Paris et un autre à Los Angeles, est un chef superstar.

A 41 ans, cet homme au visage juvénile et affable, aussi à l'aise en dirigeant une symphonie de Mahler que la musique du nouveau "West Side Story" de son ami Steven Spielberg, vient d'inaugurer sa deuxième saison comme directeur musical de l'Opéra de Paris.

Samedi soir à l'Opéra Bastille, c'est avec une ovation debout que la salle, en présence d'Emmanuel Macron et de son épouse Brigitte, saluait son interprétation ardente de "Tosca" de Puccini (en fin de soirée, le chef de l'Etat lui remettra les insignes d'Officier dans l'ordre des Arts et des Lettres).

"Je ne me vois pas comme une superstar", dit-il lors d'un entretien avec l'AFP.

"J'ai l'occasion bien sûr de travailler avec de grands artistes pop et classiques; c'est un cadeau de la vie, ça me nourrit sur le plan artistique et humain", ajoute M. Dudamel, qui est également à la tête du Philharmonique de Los Angeles depuis 2009.

Avec une étoile à Hollywood, il a inspiré le personnage principal de la série "Mozart in the Jungle" sur Amazon, devenant une figure de la pop culture.

- Tournée historique -

La renommée du Vénézuélien emmène l'institution tricentenaire "hors les murs": après la tournée du Ballet de l'Opéra au Hollywood Bowl en juillet, il traverse la Manche avec l'orchestre, pour jouer pour la première fois au Barbican de Londres. D'autres tournées sont prévues au Musikverein de Vienne, au Victoria Hall de Genève ou encore au Liceu de Barcelone.

"Avant, je faisais beaucoup plus de tournées (comme chef invité); aujourd'hui je me concentre sur Los Angeles et Paris et bien sûr, sur le travail que je n'ai pas arrêté, et que je n'arrêterai jamais de mener avec +El Sistema+ au Venezuela", dit-il, en référence au projet d'éducation populaire à la musique classique dont il est un pur produit et un des plus illustres représentants.

Il continue ses masterclass avec les jeunes de son pays mais par visioconférence, depuis qu'il a critiqué la répression de manifestations antigouvernementales en 2017.

Le maestro, grand militant pour un accès plus large à la musique notamment dans les milieux défavorisés, reste discret sur d'éventuels projets en France qui pourraient s'inspirer d'El Sistema (il avait évoqué en 2021 à l'AFP la possibilité de travailler dans des "zones d'exclusion"). Il se focalise pour l'heure sur l'Académie de l'Opéra, qui forme chaque année des jeunes à différents métiers de la maison.

Invoquant une première saison "très limitée" pour cause de pandémie, il a indiqué que "les choses vont se construire petit à petit" pour que dans les prochaines programmations s'établisse "une connexion avec les différentes communautés de ce pays".

Reste à savoir si la "magie" Dudamel, un des chefs d'orchestre les mieux payés au monde et dont la nomination a été considérée comme un coup de maître de la maison, contribuera à la reconquête du public après une saison difficile.

- Métaphores et exigence -

Avec l'orchestre, il arrive à faire passer ses remarques avec un mélange de métaphores, de blagues... et de langues.

"Agresivo!... Dynamic! ...This is like +castanuelas+ (castagnettes)", dit-il lors des répétitions de Tosca. "I want more tragedy", lance-t-il aux violons ou encore "il faut imaginer ça comme du pinot noir".

"Les métaphores fonctionnent car on peut expliquer quelque chose de manière +sympathique+ sans perdre le sérieux de la demande. Je leur dis +ce son doit briller comme le reflet du soleil dans une coupe de champagne pétillant. Les musiciens vont comprendre ça très bien", explique le maestro, né d'un père tromboniste et d'une mère professeur de chant.

"J'ai toujours été un musicien exigeant, depuis tout petit", affirme-t-il. Exigeant mais pas cassant. La direction d'orchestre n'est plus selon lui un poste "à travers lequel on impose des choses, c'est une collaboration".