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Alcoolique, la maman de Victoria ne veut pas se faire soigner: "Tout le monde sait, mais personne ne nous aide"

La mère de Victoria est atteinte d'alcoolisme mais refuse de se soigner. Déterminée à l'aider, Victoria se retrouve devant un obstacle qui l'empêche de l'encadrer : sa maman ne veut pas être soignée, car elle n'est pas consciente de son addiction. Que peut faire Victoria pour que soit mère soit enfin prise en charge, s'interroge-t-elle via le bouton orange Alertez-nous. Les solutions sont peu nombreuses.

La maman de Victoria est alcoolique depuis toujours, "…enfin d'aussi longtemps que je m'en rappelle", précise la jeune femme. La situation de sa mère a connu des hauts et des bas, mais un aspect demeure : "Je réalise que tout le monde sait, mais personne ne nous aide", nous confie-t-elle, la voix tremblante. 

Depuis toutes ces années, Victoria vit avec l'alcoolisme de sa mère : "C'est insidieux. À chaque coup de fil, je me demande si elle a bu, et je le reconnais à sa voix directement. Aux événements de famille, on se demande si elle va arriver sobre ou pas", nous raconte-t-elle.

Face à l'état de sa maman, Victoria se dit "démunie", mais veut tout faire pour l'aider. "Malgré la maladie, ça a été une maman formidable, c'est ça qui me donne la force d'en parler et de me battre", nous confie-t-elle, les larmes aux yeux. Pourtant, trouver de réelles solutions semble difficile : "La conclusion de beaucoup, c'est qu'il n'y a rien à faire. J'ai alors été à des réunions d'accompagnement d'alcooliques anonymes, mais c'est pareil, on écoute, on décharge, mais tous ces gens sont résignés", déplore Victoria.

Si une personne est dans le déni, ou refuse de se faire soigner, il n'y a rien à faire

Si sa mère n'est pas soignée pour son alcoolisme, c'est à cause d'une règle suivie par le corps médical et par les associations, selon Victoria: "Si une personne est dans le déni, ou refuse de se faire soigner, il n'y a rien à faire", lui a-t-on dit. Sa maman n'est effectivement pas, selon les dires de Victoria, consciente de sa maladie : "Je crois vraiment qu'elle oublie ces phases de vie, qu'elle efface ces épisodes". Malgré les preuves formelles du médecin qu'elle a eu d'importantes quantités d'alcool dans le sang, sa mère jure que "ce n'est pas possible".

Un séjour vain à l'hôpital

Victoria pensait qu'un tournant était en train de se produire durant l'été : "Elle a d'un coup dit 'Je bois. Je bois de l'alcool fort en cachette. Je veux aller à l'hôpital'", se souvient-elle. Pour être internée, la maman de Victoria a dû passer plusieurs entretiens : "Un premier avec un infirmier, suivi d'un second avec un psychologue. Il a jugé que la motivation de ma mère n'était pas suffisante et qu'elle rentrerait chez elle", regrette Victoria. Face à l'état de sa maman qui ne s'améliore pas, Victoria regrette le manque d'encadrement des personnes alcooliques et dénonce un tabou: "Il faut que l'alcoolisme soit traité comme une maladie et qu'il y ait une ligne de conduite que l'on puisse suivre". 

Juridiquement, il existe une procédure qui permet de contraindre une personne à des soins. C'est la mise en observation. Elle s'applique pour les personnes souffrant d'une maladie mentale, comme l'explique Eric Vermeulen, juge de paix au premier canton de Schaerbeek : "Une mise en observation, c'est une mesure de protection forcée par rapport à toute personne qui est affectée par une pathologie mentale diagnostiquée, qui représente un danger pour elle-même ou pour son entourage". Cette dernière solution n'est possible que lorsqu'il n'y a pas d'autres solutions, par exemple lorsque la personne ne souhaite pas se faire soigner.

Or l'alcoolisme n'est pas considéré comme une maladie mentale. Toute personne alcoolique ne peut donc pas être mise en observation : "La condition est que cette personne est en même temps atteinte d'une pathologie mentale", clarifie le juge Eric Vermeulen. Il faut dire que cette solution est aussi "gravement attentatoire au droit de tout citoyen", ajoute-t-il. 

On a quand même une manière, pour ces gens là, de contourner les choses

Face à cela, comment venir en aide aux personnes alcooliques qui se trouvent dans le déni ? Pour le docteur Thomas Orban, spécialisé en alcoologie, cela reste possible. "Il y a souvent une maladie psychiatrique associée, ou qui rentre dans les critères légaux : c'est une dépression sévère. Parce que l'alcool, c'est un dépresseur", précise le médecin. "On a quand même une manière, pour ces gens-là, de contourner les choses. Pour autant que le juge de paix et qu'un psychiatre soient d'accord avec ça", clarifie Thomas Orban.

Pour le docteur Romain Pallincourt, psychiatre addictologue à la clinique psychiatrique des Frères Alexiens à Welkenraedt, vouloir se soigner est nécessaire dans la prise en charge. La majorité de ces patients ont d'ailleurs intégré l'unité de manière volontaire, "parce qu'ils en ont fait la demande et tous les problèmes de déni ont été réglés antérieurement", nous explique-t-il.

Selon le psychiatre, c'est une étape indispensable : "C'est nécessaire, parce que l'addiction est le fait d'être esclave d'un produit. On ne peut pas le libérer une personne contre son gré, ça n'a pas de sens".

Il y a les médecins traitants, des centres de santé mentale et surtout les groupes d'entraide

Cette clinique n'intervient que lors de l'une des dernières phases du traitement de l'alcoolisme : "Il y a tout un travail ambulatoire à réaliser. Il y a les médecins traitants, des centres de santé mentale et surtout les groupes d'entraide. Ceux-ci permettent d'intégrer plus facilement un réseau d'aide, qui est moins culpabilisant, et qui peut parfois permettre de dépasser cette notion de déni", précise le psychiatre.

Une chose est claire : se libérer de l'alcoolisme est un chemin sinueux. Et pour aider un proche de s'en défaire, c'est un parcours du combattant. Le conseil le plus courant est d'aider la personne à prendre conscience de sa maladie. Selon le docteur Orban, il y a plus globalement un travail à faire sur notre rapport à l'alcoolisme : "On a tous intérêt à mieux connaître cette maladie. Il y a une méconnaissance beaucoup trop importante dans la société de la maladie de l'alcool. C'est une maladie du cerveau, chronique, et ça, nos politiciens l'ignorent, mais nos soignants et nos juristes aussi", conclut-il.