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Avoir un emploi ne protège pas de la précarité: portrait d’une famille qui travaille mais doit compter sur les Restos du Cœur

Magali est accueillante extrascolaire dans la région de Gembloux. Avec ses enfants et son compagnon Stan, ils forment une famille recomposée qui doit compter chaque euro pour s’en sortir. Ils sont l’incarnation d’une réalité sociale dévoilée par Solidaris cette semaine : travailler ne permet pas forcément à tous les Belges francophones de joindre les deux bouts.

Magali a 35 ans et travaille dans 5 écoles différentes. Stan était jusqu’il y a peu éducateur. Un couple qui travaille donc, mais qui ne s’en sortait pas. Avec "2 voitures (obligatoires pour conserver leurs travails), 3 enfants, la maison et les frais qui vont avec, avec nos deux salaires ce n’était pas possible. Ce n’est pas qu’on est mal payés. On est payés en fonction des heures qu’on fait. Mais on ne sait pas faire plus d’heures donc on ne passe pas les 1000€", confiait-elle à Sébastien Rosenfeld et Gilles Gengler dans le RTLINFO 19H.

Cela vient tout juste de changer. Stan est devenu chauffeur de taxi et va gagner un peu plus qu’avant. Mais la famille reste dans une situation financière délicate. "Je ne me souviens pas de la dernière fois où je me suis achetée des vêtements. Les gens qui s’en débarrassent, et bien je prends", détaille Magali, non sans se départir d’un sourire.


Les Restos du Coeur assumés et indispensables

En effet, la jeune femme fait front et fait marcher la solidarité pour offrir la meilleure vie possible à ses enfants. Pour économiser, la famille va régulièrement manger aux Restos du Cœur, où l’ensemble du repas pour 5 leur coûte 3,5€.

"Le fait de bénéficier ici d’un prix complètement réduit pour un repas non seulement correct et bien complet, ben cet argent-là peut partir dans autre chose", assume-t-elle. Et dans la famille, il n’y a pas de honte à avoir. "Je ne cache rien à mes enfants. Donc je leur ai dit : ‘Voilà, pour arriver à pouvoir te laisser aller en classes vertes avec l’école, arriver à te payer la nouvelle mallette pour la rentrée, les nouveaux marqueurs, tout ce que la scolarité coûte, et bien on va venir manger ici. Ici c’est quoi ? Les Restos du Cœur c’est quoi ? Ben c’est un repas qui coûte beaucoup moins cher que si on avait acheté de quoi manger à la maison'."


Un tissu social précieux

Ce sont également les Restos du Cœur qui ont permis, indirectement, à Stan décrocher un nouvel emploi plus rémunérateur. C’est là que Magali a rencontré… un chauffeur de taxi. Un autre de ces travailleurs dans le besoin. "Ma femme a demandé à cette personne s’ils engageaient dans sa boite de taxis. Il a dit qu’ils allaient engager incessamment sous peu, j’ai envoyé mon CV, je me suis vendu et j’ai réussi à avoir la place avec un petit coup de pousse. C’est vraiment plaisant. C’est du tissu social d’être aux Restos du Cœur et ça m’a permis de rebondir", se réjouit Stan.


En Wallonie et à Bruxelles, 40% des ménages qui travaillent sont ou risquent de tomber dans la précarité

Le soir du tournage de ce reportage, les Restos du Cœur ont accueilli pas moins d’une centaine de personnes. Ceux-ci sont les visages qui se cachent derrière les chiffres. Parmi la population active en Wallonie et à Bruxelles, 11% des ménages peuvent être qualifiés en 2016 de "pauvre" ou "très pauvre", 29% autres s'en sortant tout juste, ressort-il du sondage réalisé auprès de plus de 3.000 Belges francophones par la mutualité socialiste Solidaris, qui constate donc qu'être détenteur aujourd'hui d'un emploi ne suffit plus à se prémunir de la précarité.


Les femmes, les jeunes peu diplômés et les personnes issues de familles pauvres surreprésentés

Les femmes constituent une grande part des personnes actives en difficulté financière. En effet, 41% des femmes vivent en-dessous du seuil de pauvreté contre 29% des hommes. La monoparentalité est également considérée comme un facteur aggravant, au même titre que les ménages disposant d'un seul revenu.

L'enquête de Solidaris révèle que, plus le salaire se rapproche du seuil de pauvreté (soit environ 1250 euros net par mois), plus le travailleur est jeune, peu diplômé, détenteur d'un contrat à temps partiel ou d'un contrat précaire (CDD).

L'origine sociale et la pauvreté peuvent également souvent être liés. Ainsi, ce sondage révèle que, parmi les travailleurs "pauvres" 6 sur 10 n'ont pas grandi dans l'aisance financière et sont même issus de familles où les dépenses étaient calculées avec attention.


Pas de vacances, mais pas non plus d’études supérieures ou de loisirs pour les enfants

Cette précarité liée au salaire, empêche 60% d'entre eux de partir en vacances. Mais oblige également les personnes en situation précaire à renoncer à se défendre en justice si le cas se présente et les empêche souvent d'accéder à un logement convenable, à assurer à leurs enfants l'accès à des études supérieures et s'offrir des activités culturelles et de loisirs, ressort-il du sondage.

Face à ces constats, Solidaris appelle à la lutte pour l'individualisation des droits, l'augmentation des bas salaires et des allocations sociales.

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