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Face au "cataclysme" que vit le secteur bovin en Wallonie, les éleveurs s'adaptent: François a trouvé une solution pour contrer les pertes

25% des éleveurs bovins ont disparu ces 10 dernières années. Le consommateur achète de plus en plus de la viande transformée et délaisse les bons morceaux de bœuf, ce qui a un impact sur le chiffre d'affaires des exploitations. Il mange aussi globalement moins de viande : 4,2 kg par an/habitant actuellement. Les coûts de production sont par ailleurs toujours plus élevés alors que les prix de vente continuent de baisser. Dans ce contexte, les éleveurs doivent s'adapter. RTL INFO est allé à leur rencontre.

Sur les 10 dernières années, un quart des troupeaux de bovins ont disparu en Wallonie. Si l'on regarde sur 20 ans, c'est plus de la moitié (55%) des éleveurs qui ont disparu. "On vit un réel cataclysme dans nos exploitations actuellement", estime Marie-Laurence Semaille, conseillère au service d'études de la FWA, la Fédération wallonne de l'agriculture.


Le Belge se tourne vers les viandes transformées

La Belgique est l’un des pays d’Europe où la consommation de viande bovine fraîche est la plus basse. Le Belge se tourne vers le hachis, l’américain, les viandes transformées. "On a vraiment une désaffection du consommateur par rapport à la viande haut de gamme, aux morceaux nobles, et une orientation de la consommation vers des morceaux plus transformés, comme le hachis, l'américain, les viandes de fabrication. Or, en Wallonie, on a un cheptel de haute qualité, et donc ça impacte directement nos élevages".



"Non, il ne faut pas 15.000 litres d'eau pour faire un kilo de viande bovine wallonne"

Les campagnes anti-viande ont également un impact sur la consommation, estime la FWA: "C'est la viande de bœuf, et surtout le steak, qui est directement impacté par les campagnes anti-viande. Non, il ne faut pas 15.000 litres d'eau pour faire un kilo de viande bovine wallonne, non, nos bovins ne sont pas qu'un problème en matière climatique, parce que derrière il y a des prairies qui stockent du carbone, et donc on doit essayer d'envoyer un message qui contrecarre le martèlement médiatique qu'on a contre la viande bovine, parce que ça détruit nos productions locales, et on en arrive à un effet contre-productif par rapport au message initial qui est envoyé".


"On doit toujours vendre au même prix, voire un peu moins, et les conditions sont de plus en plus difficiles"

La situation des éleveurs est difficile: les frais généraux et les coûts de production ne cessent d'augmenter et le prix à la sortie de la ferme a tendance à diminuer. Robert et Bernadette élèvent 70 Blanc-bleu-belge et 80 vaches laitières à Beaumont. "Les semences de maïs, les engrais, surtout, cette année-ci et les aliments… Tout ce qu'il faut acheter, c'est toujours plus cher, y compris le diesel pour faire tourner les véhicules". D'autre part, les recettes n'augmentent pas. "On doit toujours vendre au même prix, voire un peu moins, et les conditions sont de plus en plus difficiles. On tient le coup, parce qu'on a tout de même du bétail de stock, donc on a un certain capital, mais qui n'augmente pas en valeur".



"On sait vendre notre viande directement au consommateur et faire des bénéfices nous-mêmes"

Dans ce contexte, les petites exploitations comme celles de François Dereume, éleveur à Seneffe, sont en difficulté: "Les petites exploitations, comme nous nous avons, elles ne sont pas viables, donc il faut trouver une autre solution, pour savoir en vivre".

Les recettes diminuent, et les dépenses augmentent: "Les engrais, les taxes, l'Afsca, tout ça, il faut payer, et là derrière, la matière première est de moins en moins chère, on nous donne de moins en moins pour notre produit, qui est un produit de qualité". Il a trouvé une solution pour contrer les pertes: la vente directe à la ferme, du producteur au consommateur: "On gagne le chevilleur, le marchand de bêtes, et à ce moment-là, on sait vendre notre viande directement au consommateur et faire des bénéfices nous-mêmes".


Un bonheur quotidien: le "merci" des clients

Le résultat, c'est un échange de sourires: "Mon bonheur quotidien, c'est que les gens me disent un grand merci, que la viande était très bonne, qu'on a très bien mangé, et on a fait un bon repas de famille, pour la Noël, pour Pâques, pour la période des barbecues… rien que ça, c'est déjà un grand bonheur pour moi de savoir que j'ai fait plaisir aux gens par la nourriture."

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