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Incertitude politique en Belgique: voici le plan de Reynders pour rassurer les marchés

 

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"Si la Belgique échoue à former un gouvernement, un abaissement de rating pourrait se produire, d'ici six mois", précise S&P dans son communiqué de presse. Pour calmer les marchés, Didier Reynders propose que, même en affaires courantes, le gouvernement économise 2 milliards d'euros en 2011. Au lieu des 350 millions prévus.

L'agence de notation Standard & Poors a abaissé la perspective de sa notation, passant de "stable" à "négative", ceci en raison de l'incertitude politique. La Belgique dispose actuellement d'une très bonne notation à long terme: AA+, soit une qualité haute ou bonne, juste en dessous de AAA+ qui traduit une sécurité maximale. "Si la Belgique échoue à former un gouvernement, un abaissement de rating pourrait se produire, d'ici six mois", précise S&P dans son communiqué de presse. Faut-il s'inquiéter de cette décision ? Attention que la notation n'est pas abaissée mais la perspective. On peut cependant traduire cette baisse de perspective par une forme de pression des marchés sur le monde politique belge et la nécessité d'établir au plus vite un gouvernement.

Qu'en pense le ministre des Finances ? 

Didier Reynders, ministre des Finances, a répondu aux questions de Grégory Willocq, mardi dans le journal de 13h. "Le signal confirme ce qui a été dit ces derniers jours par le FMI ou par d'autres institutions. La situation fondamentale en Belgique est bonne par rapport aux autres pays européens. La situation n'est évidement pas excellente mais en matière budgétaire, en matière de dette, nous faisons mieux que d'autres pays européens. Ce qui attire l'attention, c'est l'instabilité politique. Les fondamentaux sont là, mais il faut qu'en Belgique, on attache un peu plus d'attention au débat budgétaire et aux solutions à trouver dans les prochains mois", a-t-il expliqué. "Ce n'est pas encore un changement de notation. Mais il faut y être très attentif. Le gouvernement en affaires courantes va devoir prendre des décisions en 2011, vu que les négociations n'ont pas encore abouti", conclut-il.

Concrètement, Didier Reynders estime que l'équipe Leterme devra prendre des mesures urgentes destinées à réduire le déficit budgétaire d'1 pc en 2011, si un gouvernement de plein exercice ne voyait pas le jour dans les semaines à venir. Dans ce scénario, le gouvernement fédéral assumerait la moitié de l'effort, environ 2 milliards d'euros, si les entités fédérées ainsi que les pouvoirs locaux assument leur part, a-t-il précisé. "Si en janvier, nous sommes toujours dans la même situation, il serait anormal que le gouvernement en affaires courantes ne prenne pas des mesures urgentes pour 2011", a expliqué le ministre des Finances.

Les patrons belges appellent à un plan global d'ici 2014
 
"Je déplore le rapport de Standard & Poor's mais cela ne m'étonne pas. C'était dans l'air", a réagi l'administrateur délégué de la FEB (Fédération des Entreprises Belges), Rudi Thomaes. De nombreux éléments figurant dans le rapport de l'agence de notation ne sont pas neufs, selon le responsable de la FEB. Ce qui est étonnant, selon lui, c'est que même en cas de nouveau gouvernement fédéral, Standard & Poor's pourrait quand même rétrograder d'un cran la notation de la Belgique si ce gouvernement ne convainquait pas. "C'est pourquoi il est très important d'avoir un plan global jusqu'en 2014, et non un 'saucissonnage' avec des petites mesures", estime M. Thomaes. Celui-ci évoque également les négociations en cours en vue d'un nouvel accord interprofessionnel. "Les partenaires sociaux font tout pour arriver à un accord raisonnable".
 

L'agence de notation Standard & Poors

Standard & Poor's (S&P) est une filiale de McGraw-Hill qui publie des analyses financières sur des actions et des obligations. C'est une des trois principales sociétés de notation financière, avec ses concurrents Moody's et Fitch Ratings. Les fondamentaux de l'économie belge sont bons mais des mesures doivent être prises "sans délai" pour permettre à la Belgique de faire face aux défis macro-économiques qui se posent à elle, avaient estimé lundi les experts du FMI dans un rapport préliminaire à l'issue d'une visite de 10 jours en Belgique.

VISITE DES EXPERTS DU FMI: LEURS CONCLUSIONS

Motifs de satisfaction

Comme chaque année, une équipe d'experts du FMI a ausculté l'économie belge au début du mois de décembre. Si l'année 2010 s'avère finalement meilleure que prévu pour l'économie belge, avec une croissance de l'ordre de 2%, supérieure à la moyenne de la zone euro, la croissance devrait quelque peu ralentir en 2011, à 1,7%. Autres motifs de satisfaction: l'emploi a légèrement augmenté en 2010 tandis que la dette publique a moins augmenté que prévu grâce à une meilleure tenue de l'économie et à une excellente gestion de la dette.

Les menaces

Certains risques menacent toutefois l'économie, avertit le FMI. La Belgique, toujours sans gouvernement fédéral de plein exercice, n'est pas à l'abri des turbulences sur les marchés financiers, en témoigne l'écart croissant entre les taux des obligations allemandes et belges. En outre, le système bancaire belge est très exposé à l'étranger. "Il est important ques les autorités prennent sans délai des mesures pour prévenir ces risques. Les fondamentaux de l'économie belges sont bons mais ils doivent être renforcés", a déclaré lundi le chef de la mission du FMI, Erik De Vrijer, estimant que "l'urgence de prendre des mesures est devenue plus grande".

"La Belgique n'est pas l'homme malade de l'Europe"

Questionné par un journaliste sur la sortie de Bart De Wever dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, l'économiste du FMI a indiqué ne pas partager l'analyse du président de la N-VA. "La Belgique n'est pas l'homme malade de l'Europe mais cela ne veut pas dire que la santé de l'économie belge ne peut pas être améliorée", a-t-il répondu, tout en nuances.

Au niveau des finances, le FMI recommande l'adoption de mesures supplémentaires, tant au niveau des dépenses que des recettes, pour ramener le déficit public belge de 4,8% en 2010 à 3% en 2012. "Tous les niveaux de pouvoir devraient contribuer à la réduction du déficit public à moins de 4% du PIB en 2011", estiment les experts du FMI. A cet égard, le dépôt devant le parlement d'un projet de budget 2011 par le gouvernement fédéral serait vu comme un "élément clef".

Contre le système d'indexation automatique des salaires

Outre la poursuite de la mise en oeuvre du processus de restructuration des banques, le FMI préconise une augmentation du taux d'emploi, dans un contexte de vieillissement de la population, et suggère notamment davantage d'accompagnement des chômeurs, une augmentation de l'âge réel de départ à la retraite et une limitation graduelle de la durée des allocations de chômage. Le FMI juge également que le système d'indexation automatique des salaires, qualifié de singularité belge, devrait être reconsidéré. Ce qui reviendrait, sinon à le supprimer, à tout le moins à le réformer.




 

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