En ce moment
 

Au-delà du scandale sanitaire, il y a des centaines de familles travaillant pour Veviba qui sont dans l'incertitude

Dans le scandale Veviba dont on parle depuis quelques jours, l'enjeu est d'abord sanitaire, mais il est aussi économique.

Le siège de Veviva Bastogne emploie 115 personnes directement, et par le biais de sous-traitant, elle emploie aussi 142 autres personnes. Il y a certes des contrats intérimaires et des ouvriers qui viennent des pays de l'est. Mais il y a aussi des employés, et des agriculteurs dans toute la région fournissant la matière première: les animaux (principalement des bœufs).

"C'est le plus gros employeur de la ville de Bastogne, on parle de près de 200 personnes. Il y a bien sûr l'obligation d'apporter des solutions pour le consommateur sur le plan sanitaire, mais aussi  pour les employés concernés, les familles concernées, dans l'entreprise mais aussi en dehors de l'entreprise, au niveau du secteur agricole. La filière est déjà en difficulté, il faut la soutenir, car elle fait un travail remarquable", a précisé Benoit Lutgen, bourgmestre de Bastogne qui va jouer un rôle d'intermédiaire.

Qui est Veviba ?

Veviba, qui se définit comme leader de la distribution de viande bovine auprès de la GMS (grandes et moyennes surfaces) sur le marché belge, emploie 300 personnes sur son site bastognard. Au cœur d'un scandale sanitaire révélé mercredi soir, Veviba se targue pourtant d'être "une entreprise de valeurs" qui fait "le pari de la transparence", peut-on lire en cache sur son site internet qui était "en cours de maintenance" vendredi.

Veviba (Verbist viande de Bastogne), créée en 1995, est spécialisée dans les abattages, la découpe et le portionnage de viande, de bœuf "blanc bleu belge" principalement, mais aussi, en moindre mesure, d'agneau et de gibier.

Elle appartient au groupe Verbist, présent dans le secteur depuis une cinquantaine d'années et qui affiche à son actif dix sociétés supplémentaires toutes basées en Belgique: Etablissements Adriaens, Foncière et agricole de Roly, E.E.G. Slachthuis Verbist Izegem, Agriaume, Lanciers international meat trading, JHD Immo, Abattoir et marché de Bastogne, Beco d'Ardennes, Le poulet d'Ardenne et l'Abattoir Lanciers de Rochefort.

90.000 bêtes abattues chaque année

Selon les chiffres publiés en mars 2017 par la Chambre de commerce et d'industrie du Luxembourg belge, le groupe Veviba réalise un chiffre d'affaires de l'ordre de 200 millions d'euros. Au total, près de 90.000 bêtes sont abattues chaque année, dont un bon tiers à Bastogne (32.000), soit quelque 15% du cheptel abattu en Belgique (545.000 bêtes).

Chaque semaine, Veviba Bastogne taille en pièces techniques 170 tonnes de viande de bœuf et prépare 70 tonnes de portions individuelles sur quelque 14.000 mètres carrés. L'offre va de viande pré-coupée comme le rumsteck, le steak minute, l'entrecôte, les brochettes et les hamburgers aux plats de wok et au carpaccio.

L'entreprise commercialise ses produits en Belgique -dans plusieurs grandes surfaces-, ainsi qu'au Grand-Duché de Luxembourg, aux Pays-Bas et en Grèce. L'exportation représente 30% de son chiffre d'affaires.

Rappel des faits

La perte des agréments, décidée mercredi par le ministre fédéral de l'Agriculture Denis Ducarme et l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca), fait suite à une perquisition menée par un juge d'instruction, la semaine dernière, sur le site de Veviba, dans un abattoir, un atelier de découpe et un surgélateur industriel.

Les premières plaintes à propos de Veviba ont été introduites en septembre 2016. Le juge d'instruction a transmis le 6 mars, à l'Afsca, le relevé des constatations effectuées dans le cadre de son enquête. Les infractions concernent la falsification de renseignements sur la date de congélation de la viande et une non-conformité de plus de 50% des produits contrôlés. "Une entreprise ultramoderne au service d'une viande héritière des meilleures traditions. Dans ce métier la tradition garantit la saveur et la technologie garantit la fraîcheur", note toutefois sur son site le groupe qui assure que "le travail quotidien c'est de l'artisanat dans un environnement industriel exigeant en matière de qualité et de traçabilité".

La société souligne "produire une viande sous-vide ou en portions consommateurs respectant les normes d'hygiène les plus strictes", satisfaisant notamment aux exigences du British Retail Consortium (BRC), "l'une des plus strictes dans le secteur alimentaire".

Plusieurs témoignages apparus ces dernières heures dans les médias rapportent des conditions d'hygiène déplorables au sein de l'entreprise ainsi que des techniques malhonnêtes connues et la pratique éhontée du dumping social.

Par ailleurs, selon un ancien employé qui s'exprime dans les journaux du groupe Sudpresse, les contrôles Afsca étaient habituellement rapidement expédiés.

La viande sortie de l'atelier de découpe de l'entreprise Veviba, mise en cause pour fraudes, pourrait présenter un risque pour la santé publique, selon l'Afsca.

Les supermarchés travaillant avec Veviba ont retiré des rayons les produits incriminés.

Vos commentaires