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Fin des débats du procès de la tuerie du Musée juif: "J'ai été piégé", assure Mehdi Nemmouche

Le procès Nemmouche

Medhi Nemmouche avait une dernière chance de s'exprimer ce matin aux assises de Bruxelles. La parole est donnée aux accusés au procès de l'attentat au Musée juif. Ensuite le jury entrera en délibération. Le verdict est attendu jeudi. Hier, chaque partie a répliqué aux arguments des autres.

Le procès de la tuerie du Musée juif de Bruxelles touche à sa fin. Les jurés ont fait un dernier effort d'attention ce lundi durant toute la journée, devant la cour d'assises de Bruxelles. Ils ont en effet entendu chaque partie répliquer aux arguments des autres, se confortant chacune dans sa thèse.

Ce mardi, ils vont pouvoir confronter leurs points de vue lors de la délibération. Mais avant, Mehdi Nemmouche a eu une dernière chance de s'exprimer. La parole est en effet donnée aux accusés, mais rien n'indique que le principal d'entre eux, très peu bavard malgré ses promesses d'éclaircissements repoussées à plusieurs reprises, va enfin donner sa version des faits, ses explications. C'est assez peu probable, les promesses d'explications faisant généralement partie de la stratégie de la défense...

Suivez notre direct avec notre journaliste Dominique Demoulin et Agence Belga:

12h42 - La cour d'assises de Bruxelles a communiqué mardi la liste des questions auxquelles les jurés devront répondre durant leur délibération. Cette liste comporte exactement 56 questions, relatives aux crimes, au caractère terroriste des actes et aux infractions sur les armes.

11h48 - Les débats ont été clos mardi en fin de matinée, après près de deux mois d'audiences, au procès de la tuerie au Musée juif de Belgique devant la cour d'assises de Bruxelles. Les 12 jurés effectifs, accompagnés des trois juges, vont entrer en délibération. Ils vont devoir répondre à 56 questions au sujet des deux accusés, Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer.  

10h40 - "C'est un procès un peu historique, c'est le premier procès d'un attentat commis par l'Etat islamique sur le sol européen, donc évidemment ça aura une valeur de précédent", a commenté mardi à son arrivée au palais de justice de Bruxelles Me Lys, qui représente l'Association française des victimes du terrorisme, alors que vont commencer mardi les délibérations sur la culpabilité des accusés de la tuerie au Musée juif de Belgique.

"Ceux qui ont été victimes à Paris le 13 novembre 2015, ceux qui ont été victimes à Bruxelles le 22 mars 2016 nous regardent. Ils regardent ce qu'il se passe ici. Il faut leur montrer qu'on peut leur rendre justice dans des conditions sereines", a-t-il rappelé.  

10h31 - L'accusé de la tuerie au Musée juif de Belgique, Mehdi Nemmouche, a eu mardi une dernière fois l'occasion de s'exprimer avant que le jury de la cour d'assises de Bruxelles entre en délibération. "J'ai été piégé et Me Courtoy vous a expliqué les raisons pour lesquelles je me suis tû depuis le début", a-t-il maintenu.

"Ne percevez pas cela comme une attitude irrespectueuse, je n'ai pas voulu être licencieux. Si c'était à changer, je changerais tout. Je vous remercie pour votre attention pendant deux mois", a-t-il laconiquement adressé aux jurés.

De son côté, voici ce qu'a indiqué Nacer Bendrer: "Je ne sais pas ce que je fais dans cette histoire. Le mensonge prend souvent l’ascenseur et la vérité les escaliers ! C’est vous qui jugerez de ma vie. Moi j’ai dit la vérité mais aujourd'hui j’ai peur parce que je me dis que peut-être ils n’ont pas compris. Merci de m’avoir entendu".


Une dernière confrontation 

Partie civile, ministère public et enfin défense avaient encore pris la parole ce lundi pour confronter une dernière fois leurs arguments. Me Christian Dalne, en premier lieu, a fustigé la stratégie de défense de Mehdi Nemmouche, qui vise à s'attaquer personnellement à l'adversaire pour déplacer le débat. "Ce n'est ni normal ni habituel, je n'ai jamais vu de déchaînement aussi violent en 30 ans de carrière. Ce n'est pas anodin, c'est même interdit", a affirmé le conseil de la mère d'Alexandre Strens.    

Me Marc Libert, l'avocat de la famille d'Emanuel et Miriam Riva, a quant à lui tenu à lever une dernière fois les "prétendues zones d'ombre" qui planent, selon la défense de Mehdi Nemmouche, sur l'occupation professionnelle des Riva. Ils n'étaient pas des agents sous couverture des services secrets israéliens comme le prétend Me Courtoy, a réaffirmé Me Libert.    

Me François Koning, l'avocat de la famille de Dominique Sabrier, a ensuite déclaré que la thèse d'un complot livrée par la défense de Mehdi Nemmouche n'était absolument pas crédible mais que, par là, l'accusé s'auto-incriminait.    

"Mehdi Nemmouche signe là un aveu de culpabilité en tant que co-auteur d'un attentat. Il va leur louer (à des espions iraniens chiites) un 'flat' et organiser leur fuite en partant avec l'attirail du tueur pour détourner les pistes! Je n'ai jamais vu une défense aussi accablante pour son propre client", s'est exclamé Me Koning.    

Me Vincent Lurquin et Me Adrien Masset ont également critiqué la stratégie de défense de Mehdi Nemmouche. "Rien, un embrouillamini, un manque de rigueur qu'un professeur d'université ne tolérerait pas d'un étudiant de première année", a déclaré Me Masset, le conseil du Musée juif, à propos de la plaidoirie de la défense de Mehdi Nemmouche.

Pour l'avocat, il y a aussi "des codes et des limites imposées par la toge" que le conseil du principal accusé, Me Sébastien Courtoy, n'a pas respecté. "La grossièreté et la vulgarité n'ont jamais convaincu personne, c'est l'arme des faibles", a-t-il dit.    

Me Dounia Alamat, conseil d'Unia, a également déploré une stratégie de défense antisémite et raciste. "On vous a sans cesse répété 'avec sa tête d'arabe, avec sa tête d'arabe'... Le discours qui vous a été servi est à ce point réducteur qu'il en devient insultant: le pauvre arabe victime du système dirigé par les puissants juifs", a exprimé Me Alamat, déplorant que la cour ait été utilisée comme une tribune.

Lundi après-midi, les deux procureurs ont pris un peu plus de deux heures pour reprocher à la défense de Mehdi Nemmouche d'avoir mis en avant des arguments sans aucune valeur et à celle de Nacer Bendrer d'avoir "sciemment dissimulé" des éléments et "tronqué la vérité" au sujet de leur client.    

Les avocats de la défense insistent

Me Sébastien Courtoy a répliqué en affirmant que deux thèses s'affrontaient: celle des procureurs, qui demandent aux jurés de "se fier aux apparences" et celle de la défense, selon laquelle Mehdi Nemmouche a été piégé. Le pénaliste est revenu sur divers éléments qui démontrent selon lui l'innocence de son client. Il estime ainsi qu'il a "démonté toute la magouille" de l'accusation.    

Enfin, Mes Julien Blot et Gilles Vanderbeck ont une dernière fois pris la parole pour défendre Nacer Bendrer. Ils ont insisté sur l'absence de preuve matérielle qui incriminerait le Marseillais: "Où, à quel moment, à quel prix"

M. Bendrer a-t-il fourni les armes à Mehdi Nemmouche pour perpétrer le quadruple assassinat du Musée juif, "on ne le sait toujours pas! ", a hurlé Me Blot. Sans preuve matérielle, l'élément intentionnel de la complicité ne doit même pas être envisagé, a renchéri son confrère, qui a dénoncé un "réquisitoire d'une violence inouïe" de la part du parquet.    

"Me Koning et le procureur sont sortis de leur rôle en voulant transformer cette salle d'audience en ring où l'on s'attaque aux avocats et non à leurs arguments", s'est amèrement étonné le conseil belge de Nacer Bendrer, taclant au passage le représentant de la famille de Dominique Sabrier. "Ces excès ne sont ni courants, ni les bienvenus dans le prétoire."    

Me Vanderbeck a également pointé la faiblesse des arguments de l'accusation pour justifier la radicalisation de son client en prison, comme il a rejeté la jurisprudence évoquée par le procureur fédéral.    

Il a en outre rappelé les trous dans l'enquête de téléphonie, qui relie les deux accusés. "Mehdi Nemmouche utilisait d'autres téléphones, ce qui suppose d'autres contacts. A-t-on creusé de ce côté-là? Non", a-t-il conclu.    

L'audience reprendra mardi à 10h00 avec la possibilité pour les accusés d'adresser un dernier mot au jury. Celui-ci entrera ensuite en délibération.            

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