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Catastrophe de Buizingen: Infrabel contredit les conclusions du jugement et fait appel, les victimes sont sous le choc

 
 

Infrabel va faire appel du jugement de la catastrophe de Buizingen. Selon un communiqué du gestionnaire du réseau ferroviaire, la motivation du jugement compromet fortement le fonctionnement du réseau ferroviaire. Infrabel précise cependant que son recours n'a aucune incidence sur l'indemnisation des victimes.

Pour se conformer au jugement, seuls 400 trains quotidiens pourraient encore circuler dans la jonction Nord-Midi au lieu des 1.200 actuels

Infrabel constate que si le jugement du tribunal de police du 3 décembre ne pourra jamais effacer une douleur indélébile, il aurait dû, à défaut, "permettre à chacun de tourner la page sur une étape judiciaire douloureuse", selon le gestionnaire du réseau.

Mais après une analyse approfondie de cette décision de justice, Infrabel dit constater que les motivations évoquées dans le jugement "fragilisent fortement" le fonctionnement du réseau. "Dans les motivations qui ont été retenues contre Infrabel, il y en a de nombreuses qui sont fausses et qui ensuite vont faire jurisprudence et pousseraient Infrabel à prendre de nouvelles mesures. Des mesures qui sont totalement irréalisables à court terme, ou réalisables à très long terme mais avec un coût. De toute façon, elles nous obligeraient à revoir le mode de fonctionnement du réseau aujourd'hui", nous a expliqué Arnaud Reymann, porte-parole d'Infrabel.

Le gestionnaire du réseau n'entend par ailleurs nullement se soustraire à ses obligations "et encore moins de manquer de respect aux victimes de l'accident". Infrabel souhaite par cette procédure d'appel "être jugée au regard du critère d'un gestionnaire d'infrastructure ferroviaire normalement prudent et diligent".

Voici ce que disait le condamnation

Dans son jugement du 3 décembre, le tribunal indique, selon le gestionnaire du réseau ferroviaire, que "dès lors que le croisement était accepté par Infrabel, celle-ci aurait dû mettre lesdits aiguillages de protection pour anticiper une éventuelle et possible erreur humaine".

Le respect de cette décision de justice impliquerait, selon Infrabel, l'installation de systèmes d'aiguillages de protection sur 80% du réseau. Cela impliquerait, poursuit Infrabel, "de réorganiser le réseau et la circulation des trains, avec un impact conséquent sur les clients et la mobilité ferroviaire sur l'ensemble du territoire belge".

Infrabel a ainsi estimé, sur deux grills, les effets du jugement sur l'infrastructure. Pour le grill de Bruxelles, la diminution serait de l'ordre de 66%. Ce qui aurait pour conséquence que seuls 400 trains pourraient encore circuler chaque jour sur la Jonction Nord-Midi au lieu des 1.200 actuellement. Ces effets, si Infrabel ne faisait pas appel du jugement, devraient être applicables dès le 2 janvier, ajoute le gestionnaire du réseau.

Infrabel conteste par ailleurs l'affirmation du tribunal selon laquelle "la balise TBL1+ 1 ne permettait pas le freinage automatique". "La balise TBL1+ permettait bien le freinage automatique du train. Il s'agit de la fonction même des balises", souligne le gestionnaire du réseau.

Infrabel dit enfin "regretter cette nouvelle procédure qui est susceptible de générer un épisode difficile pour les victimes et leurs proches". Mais, "la motivation du jugement du 3 décembre impose à Infrabel de prendre ses responsabilités, et de pérenniser le futur du réseau ainsi que des voyageurs".

Un couteau dans le coeur des victimes

Anita Mahy, rescapée et présidente de l'ASBL "Catastrophe ferroviaire Buizingen: plus jamais", a déploré vendredi la décision d'Infrabel d'interjeter appel du jugement concernant la catastrophe de Buizingen. "C'est un couteau dans le coeur des victimes", a-t-elle réagi. "C'est malhonnête, c'est indécent, c'est cruel! C'est vraiment inacceptable!", s'est exprimée Anita à notre micro. "Ils sont en train de nous laminer. Ce sont des meurtriers pour moi. Je n'en peux plus...", a-t-elle ajouté.

"Les gestionnaires d'Infrabel disent que le tribunal exige trop de sécurité et qu'ils doivent prévoir l'inimaginable pour prévenir les catastrophes", commente Anita Mahy. "Ce serait pour cette raison qu'ils vont en appel, mais on se demande s'ils se préoccupent vraiment de la sécurité. Avec le protocole d'accord social que les syndicats ont refusé, Infrabel voulait imposer aux signaleurs de faire des prestations de 12 heures d'affilée. C'est risquer de provoquer un nouveau Buizingen", dénonce-t-elle.

À ses yeux, cela contredit totalement les recommandations de la commission parlementaire Buizingen, qui demandait à des services plus humains. "Aller en appel contre ce jugement, c'est donc un couteau dans le coeur des victimes".

La présidente de l'ASBL "Catastrophe ferroviaire Buizingen: plus jamais" remarque que le personnel s'est vu refuser une augmentation de 1,1%, qui avait été demandée en contrepartie d'une hausse de la productivité. Celle-ci a bien été réalisée à hauteur de 20% et avec un personnel restreint, constate Anita Mahy. "Luc Lallemand (administrateur délégué d'Infrabel, NDLR) a, lui, demandé 8% d'augmentation sur son gros salaire, pour prolonger son mandat, qui devait prendre fin en novembre, jusqu'à l'arrivée de son successeur", relève-t-elle encore.

La responsable apprécie par contre que la SNCB n'aille pas en appel par respect envers les victimes.




 

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