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Contre le deal, une chaîne humaine devant des écoles de Saint-Denis

Contre le deal, une chaîne humaine devant des écoles de Saint-Denis
Des parents forment une chaîne humaine devant l'une des écoles d'un quartier de Saint-Denis miné par le deal. Photo prise le 3 septembre 2019.BERTRAND GUAY

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"On ne baissera plus la tête": chaque matin des parents forment une chaîne humaine devant des écoles d'un quartier de Saint-Denis miné par le deal, après des intrusions et la découverte de drogue dans l'enceinte d'un établissement.

"On est 61 ce matin ! Ouais !!" comme tous les jours, à 08H20, les parents s'alignent sur le trottoir, après avoir déposé leurs enfants à l'école. Les bras se tendent et une longue chaîne humaine se forme devant les grilles du groupe scolaire Victor-Hugo.

"On protège symboliquement l'école", explique Agnès, 33 ans, parente d'une fille de quatre ans. "On veut être visibles, réinvestir l'espace public", ajoute-t-elle.

La mobilisation des parents d'élèves a repris dès lundi, jour de rentrée, résistant aux grandes vacances. Elle avait débuté en mai, après l'intrusion de deux jeunes dans la cour de l'école. Ce jour-là, les élèves avaient dû être confinés, cachés pour certains sous leur table de classe. Les policiers avaient retrouvé quelques jours plus tard 30 grammes de cannabis dans l'enceinte du groupe scolaire.

L'épisode de trop, raconte Sylvain, 38 ans, parent d'élève. "Ça a soulevé le cœur de tout le monde". "On s'est dit: on arrête de baisser la tête".

Depuis "cinq-six ans" le trafic de drogue mine la vie du quartier. Composé de grands ensembles HLM, de copropriétés et de pavillons, il était auparavant plutôt tranquille avec ses espaces verts et piétons. Cité Gabriel-Péri d'un côté, Delaunay-Belleville de l'autre, le groupe scolaire Victor-Hugo se retrouve aujourd'hui au milieu de deux points de deal, parmi les plus importants de Seine-Saint-Denis.

- "Guerre de tranchées" -

"Jusqu'à 02H00 du matin", il y a les cris des "guetteurs", chargés d'avertir du passage de la police, raconte Sylvain. "Quand on rentre après l'école, on passe au milieu de la fumée, des cris, des regards, c'est oppressant".

"Mon fils m'a demandé pourquoi ils criaient. Ça l'empêche de dormir. Il ne devrait pas être confronté à ce genre de questions à son âge", se désole le père de famille, né dans ce quartier, dont la "physionomie a complètement changé avec l'arrivée du deal".

En plus de la chaîne humaine quotidienne, les parents organisent régulièrement des sit-in devant le collège. Des rassemblements festifs ont aussi eu lieu durant l'été.

Désormais "on se connaît, on échange. Une belle solidarité se déploie", raconte Gaëlle, dont l'enfant est scolarisé dans une autre école du quartier. Mardi, une chaîne a également eu lieu devant cette maternelle.

La municipalité communiste soutient le mouvement, fournissant notamment une aide logistique. Lundi, le maire, Laurent Russier, s'est joint à la chaîne. "Voir les habitants relever la tête, ça embête les dealers", appuie-t-il. En septembre, une vingtaine de policiers supplémentaires prendront leurs fonctions, rappelle-t-il, une partie de la ville ayant été retenue comme "quartier de reconquête républicaine" (QRR).

Mercredi, une délégation de parents d'élèves doit aussi être reçue par le préfet de Seine-Saint-Denis. Au-delà des mesures de sécurité, ils demanderont plus de moyens pour l'éducation ou la santé, convaincus que le "deal n'est qu'un symptôme" d'un territoire "abandonné" sur d'autres plans.

Pour l'instant, ni les policiers, ni les habitants n'ont observé d'effet significatif de la mobilisation des parents sur le trafic.

Mais "ça fait quatre mois et on ne lâchera pas", prévient Agnès. À ses côtés, une autre mère d'élève intervenue à plusieurs reprises dans les médias, elle a eu ses pneus de voiture crevés "deux fois de suite". Pas question de renoncer pour autant. Comme d'autres, elle se dit désormais engagée dans une "guerre de tranchées". "Ce qui me fait le plus peur aujourd'hui, c'est de ne rien dire".

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