Début du procès de Mehdi Nemmouche: de l'adolescent incontrôlable au jihadiste au mental d'acier

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Le procès Nemmouche

Le principal accusé de l'attentat au Musée juif de Belgique, Mehdi Nemmouche, a tout d'abord été élevé dans la culture catholique au sein de sa famille d'accueil, avant de se tourner vers la religion de ses grands-parents, l'islam, à l'âge de 12 ans. Il a ensuite tenu des discours radicaux dès l'âge de 19 ans. Le procès de l'attentat au Musée juif de Belgique débute ce lundi à 9h00 avec le tirage au sort des jurés, devant la cour d'assises de Bruxelles.

Une ombre se dresse, sans un bruit, derrière deux touristes dans l'entrée du musée juif de Bruxelles. Bras tendu, l'homme pointe son revolver, presque à bout portant, vers la nuque de ses futures victimes. Il presse la détente. Une première balle pour Emanuel Riva, une seconde pour son épouse Miriam, qui s'effondrent. Ces quinquagénaires israéliens, plongés dans la lecture de prospectus, n'ont pas vu surgir le tireur. Ils sont les deux premières victimes de la tuerie du musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014, qui valent à Mehdi Nemmouche de comparaître à partir de jeudi devant la cour d'assises de Bruxelles pour quatre assassinats.

D'une arme de poing à une kalachnikov

Selon les images de vidéosurveillance du musée, le tireur, casquette, veste bleue, pantalon sombre, équipé de deux sacs noirs, poursuit son parcours sanglant d'un pas décidé jusqu'au bureau d'accueil du musée. Il croise un jeune employé, alerté par les coups de feu. Alexandre Strens, 26 ans, est atteint par une balle en plein front. Il décèdera deux semaines plus tard. Dans le local d'accueil, une bénévole française, Dominique Sabrier, se recroqueville, dans la panique, derrière son bureau. L'homme tire sans succès dans sa direction. Il sort alors une kalachnikov d'un de ses sacs et tente de pénétrer dans la petite pièce, dont la porte s'est entre-temps verrouillée. Il fait feu dans la porte, l'ouvre d'un coup de pied, puis s'avance, fusil en main, vers la sexagénaire. Trois tirs, dont deux dans la tête. Elle s'écroule sous son bureau.

L'homme range son arme, puis ressort du musée sans un mot, dans le plus grand calme, d'après des témoins, avant de se fondre dans la foule bruxelloise de ce samedi après-midi estival. Les quatre meurtres, qui provoquent une émotion mondiale, auront pris, selon les enquêteurs, 82 secondes et donné lieu à 13 tirs --5 avec le revolver, 8 avec la kalachnikov. Dans les jours qui suivent, la police belge diffuse un appel à témoins, ainsi que des images de vidéosurveillance du tueur.

"A feu et à sang"

Six jours plus tard, le 30 mai 2014, un bus Amsterdam-Bruxelles-Marseille de la compagnie Eurolines arrive à la mi-journée à son terminus en gare Saint-Charles. Trois douaniers décident un contrôle inopiné. A bord, une quinzaine de passagers, dont un Français en costume-cravate, rasé de près : Mehdi Nemmouche, alors âgé de 29 ans, qui raconte venir de la capitale belge. Sur un siège vacant non loin du jeune homme, un agent remarque un sac Décathlon et une sacoche noire abandonnés. Aucun passager n'en revendique la propriété. En entrouvrant le sac, particulièrement lourd, il distingue "un chargeur enclenché dans une masse métallique autour d'un drap" --probablement un fusil d'assaut, se dit-il.

Les trois douaniers engagent une fouille des passagers. Jusqu'au tour de Mehdi Nemmouche, troisième à être examiné. Lorsqu'il se présente devant eux les bras en l'air, une masse se devine dans la poche de sa veste: un pistolet chargé. Immédiatement menotté, sans résistance, il concède finalement être le propriétaire des deux bagages abandonnés, ainsi que du revolver et du fusil d'assaut. L'enquête démontrera qu'il s'agit des armes utilisées au musée juif de Bruxelles. Dans ses bagages sont également saisies 51 munitions pour le revolver et 261 pour la kalachnikov, ainsi que plusieurs journaux --"Metro", "Le Soir Magazine" ou "Paris Match"-- consacrés à la tuerie du musée juif. Enfin, les douaniers mettent la main sur un ordinateur portable. Il contient, entre autres, plusieurs vidéos, dans lesquelles Mehdi Nemmouche n'apparaît pas, mais où une voix revendique les meurtres. "Ma veste portait bien une caméra (...) mais malheureusement, à mon grand regret, ce jour-là, cette caméra n'a pas fonctionné", dit cette voix dans l'un des documents. Avant de promettre: "Ce n'est que le début d'une série d'attaques sur la ville de Bruxelles. Nous avons la ferme détermination de mettre cette ville à feu et à sang".

Un parcours chaotique

Enfant sans père élevé dans une famille d'accueil, Mehdi Nemmouche a plongé dans la délinquance à l'adolescence, puis enchaîné les séjours en prison où il s'est radicalisé pour devenir un soldat du jihad au "mental d'acier". A 33 ans, ce Français d'origine algérienne, fine barbe et carrure athlétique, va être à partir de jeudi jugé par la cour d'assises de Bruxelles, accusé de quatre assassinats commis en mai 2014 au Musée juif de la capitale. Un attentat antisémite qui serait aussi la première attaque commise en Europe par un combattant de retour de Syrie, s'il est reconnu coupable de la tuerie commise de sang-froid en moins de deux minutes. Mehdi Nemmouche, qui sera jugé avec un co-accusé, a réfuté jusqu'à présent les accusations dont il est l'objet. Et s'il a promis de "collaborer" lors d'une audience préliminaire à son procès fin décembre, il ne devrait se livrer qu'a minima sur son enfance difficile, et un parcours de délinquant multirécidiviste ayant déjà passé un tiers de sa vie en prison. "Il n'est pas dans l'introspection, ne veut pas s'exposer dans l'émotion", confie à l'AFP un de ses avocats, Me Francis Vuillemin, rappelant qu'il a refusé les expertises psychiatriques pendant l'enquête. "Il a un mental d'acier (...), a intégré depuis longtemps les années de prison qu'il risque", et vit cela "de façon incroyablement stoïque", ajoute ce conseil.

Geôlier en Syrie ? 

Dans un autre dossier qui fera l'objet d'un procès en France, Nemmouche est soupçonné d'avoir retenu en otages quatre journalistes français enlevés en 2013 à Alep (Syrie). Trois de ces journalistes l'ont reconnu après les faits de Bruxelles en 2014 et ont dépeint un geôlier "violent, autoritaire", qui ne cachait pas son admiration pour Mohamed Merah. En 2012, ce dernier avait assassiné trois militaires puis trois enfants et un père juifs, à Toulouse et Montauban (sud de la France). Né le 17 avril 1985 à Roubaix (nord) dans une famille d'émigrés algériens, Mehdi Nemmouche n'a pas connu son père, et sa mère n'a "jamais été apte" à s'occuper de lui, selon le portrait brossé par les enquêteurs. A trois mois, il est placé dans une famille d'accueil près de Lille, où il reste jusqu'à 16 ans. Sa vie est instable, entre retours difficiles chez ses grands-parents le week-end, séjours en pension ou dans un foyer parisien d'orphelins. Adolescent, il est colérique, "incontrôlable", diront ses parents adoptifs, et "capable du meilleur comme du pire".

"Un énorme gâchis"

Il commet sa première infraction à 13 ans, et à 16 ans découvre la prison où il passe trois semaines pour un braquage au pistolet à billes. Le casier judiciaire s'alourdit au fil des années (infractions routières, vols avec violence etc), et sa grand-mère maternelle, chez qui il est revenu vivre, perd sa trace après sa deuxième incarcération. En 2007, à 22 ans, il quitte le Nord pour la Provence, avec en poche un bac professionnel en électrotechnique, mais replonge vite. Entre décembre 2007 et décembre 2012, il passe cinq ans d'affilée derrière les barreaux dans le sud, condamné notamment pour vol avec violence et avec armes chez un concessionnaire de motos. C'est la période du basculement progressif dans l'islam radical. Après la tuerie de Bruxelles, une avocate nordiste l'ayant défendu dans le passé avait mis en cause le manque de suivi socio-judiciaire pour expliquer la dérive d'un "jeune homme intelligent, vif d'esprit et qui voulait s'en sortir". "Un énorme gâchis", a déploré auprès de l'AFP Me Soulifa Badaoui.

Pendant cette longue détention entre 2007 et 2012, les autorités remarquent son "prosélytisme extrémiste": il appelle parfois à la prière collective en prison et évoque ouvertement le jihad avec des références au "génocide des musulmans de Bosnie" en 1995.

Quand sa grand-mère l'accueille de nouveau fin 2012, il porte la barbe et fait la prière. Du jamais vu pour elle. Il prend très vite le chemin de la Syrie, sans prévenir ses proches, pour rejoindre un groupe de combattants étrangers.

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