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Dumping social dans le transport routier: le patron de Jost écroué et accusé de diriger "une organisation criminelle" qui pratique la "traite d'êtres humains"

Dumping social dans le transport routier: le patron de Jost écroué et accusé de diriger

Trois mandats d'arrêt ont été décernés lundi soir par le juge d'instruction liégeois en charge de l'affaire, à la suite de la vague de perquisitions menée en matinée dans les locaux de l'entreprise de transport routier Jost International, l'un des plus grands acteurs du transport en Belgique. Parmi eux: Roland Jost, le patron de l'entreprise. Il a été écroué en détention préventive à la prison de Marche-en-Famenne et doit faire face à 9 chefs d'inculpation.

L'information a été communiquée à Sudpresse par la porte-parole du groupe, Véronique Hustin, qui précise que son administrateur-délégué, Roland Jost, fait partie des 3 personnes placées en détention préventive. Pourtant, quelques heures auparavant, l’entreprise niait tout. "Il n'y a jusqu'à présent aucune inculpation", indiquait lundi soir dans un communiqué Jost, visé par une vague de perquisitions dans la journée.

Le parquet fédéral a confirmé dans la soirée au quotidien La Dernière Heure que celui-ci avait d'ailleurs été inculpé. Selon la DH, Roland Jost est écroué à la prison de Marche-en-Famenne.


Une longue liste de faits reprochés en lien avec le dumping social

L'entreprise est suspectée de faire du dumping social en recrutant en Europe de l'Est des conducteurs de camions pour les faire travailler en Belgique aux conditions d'emploi de leur pays d'origine. Il y aurait 1.100 chauffeurs employés de cette manière. Le manque à gagner pour la sécurité sociale belge s'élèverait à quelque 55 millions d'euros entre 2014 et 2016.

Roland Jost comme les 2 autres personnes sous mandat d'arrêt sont visés par de multiples chefs d'inculpation, détaillés ce mardi matin par le parquet fédéral:

  • participation comme dirigeant d'une organisation criminelle
  • traite d'êtres humains
  • blanchiment
  • faux et usage de faux social
  • escroquerie en droit pénal social
  • absence de déclaration immédiate à l'emploi (Dimona)
  • déclarations inexactes ou incomplètes concernant les cotisations sociales
  • non-paiement de cotisations à l'ONSS
  • défaut de paiement de la rémunération en tant qu'employeur

Quatre personnes, en tout, avaient été interpellées en marge des perquisitions, dont, aux côtés du patron, la directrice des ressources humaines, le secrétaire général et un administrateur, écrit le journal.


Le 4ème remis en liberté conditionnelle

Ce mardi matin, le parquet fédéral a expliqué que les 3 personnes sous mandat d’arrêt comparaîtront dans les 5 jours devant la chambre du conseil de Liège. La quatrième personne privée de liberté hier reste inculpée mais a, elle, été remise en liberté sous conditions. Elle est inculpée des mêmes chefs d'accusation mais en tant que membre d'une organisation criminelle, non en tant que dirigeant.


Vague de perquisitions hier

Hier, quelque 80 inspecteurs de la police judiciaire fédérale et 40 membres des différents services des inspections sociale et fiscale ont pris part à une vingtaine de perquisitions touchant l'entreprise de transport.

Pour rappel, cette série de perquisitions a été menée par la police judiciaire fédérale de Liège sous la direction d'un magistrat instructeur spécialisé en matière financière (Division Liège), en collaboration avec les services d'inspection sociale compétents.

Les villes concernées étaient Stavelot, Jalhay, Stoumont, Chaudfontaine, Waimes, Herstal, Herve, Grâce-Hollogne, Nivelles, Wavre-Sainte-Catherine, Anvers, Kontich, Zaventem et Ypres. Le parquet fédéral a ajouté que des perquisitions ont aussi été menées en Roumanie et au Luxembourg.


Une société belge avec des filiales en Pologne, en Roumanie et apparemment en Slovaquie

Le groupe Jost a été fondé en 1958 à Bullange (province de Liège), selon le site internet de la société. Le siège social est installé au Grand-Duché de Luxembourg depuis 2004. L'historique du groupe mentionne par ailleurs la création de Gotrans en Pologne en 1997 et, 10 ans plus tard, de Skiptrans en Roumanie.

Selon le président de l'UBT (le syndicat socialiste du transport), Frank Moreels, cité dans un communiqué, Jost possède également "une entreprise (boîte aux lettres) en Slovaquie, à savoir Trans-Union". "Nous avons communiqué aux autorités des informations sur les activités de dumping du groupe", a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée, la CSC Transcom avait indiqué qu'elle avait dénoncé à plusieurs reprises "des conditions de logement indignes" dans le chef de la société.

Concernant la filiale slovaque visée par l'UBT, celle-ci est passée dans le giron de Jost en 2008 lors de l'acquisition du pôle Transport du groupe Weerts, selon le site internet du groupe.


"Une bonne nouvelle pour les chauffeurs belges"

Le syndicat socialiste salue les interventions effectuées par les autorités lundi. "Aujourd'hui, la justice est passée à une vitesse supérieure et lance des poursuites contre plusieurs firmes de transport coupables d'avoir fraudé. Nous applaudissons cette initiative. C'est une bonne nouvelle pour les chauffeurs belges, mais aussi pour les entreprises de transport 'loyales'."

L'UBT appelle les fédérations patronales du secteur à prendre leurs responsabilités face au dumping social et à faire le "grand nettoyage".

 

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