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Procès de Nathan Duponcheel pour le meurtre du bourgmestre de Mouscron: voici ce que pensent les psychiatres

Procès de Nathan Duponcheel pour le meurtre du bourgmestre de Mouscron: voici ce que pensent les psychiatres
(c)Belga

Les experts en santé mentale, à savoir deux psychiatres et un psychologue, ont été entendus. Le suicide du père de l'accusé a été au coeur de leur exposé. Ils ont confirmé qu'un double échec, professionnel et sentimental, avait mis un peu plus d'huile sur le feu.

Nathan Duponcheel a été analysé une première fois quelques jours après le meurtre du bourgmestre de Mouscron Alfred Gadenne survenu le 11 septembre 2017. "Il y avait chez lui une espèce de manque de réflexion par rapport aux conséquences", a expliqué le Dr Bongaerts. "Le second rapport, réalisé en avril, après son 'évasion', nous a permis de comprendre qu'il avait pris conscience."

La question du suicide du père de l'accusé, survenu en février 2015, a été au coeur des débats. Nathan Duponcheel a deux frères qui semblent avoir mieux géré ce drame. Ils n'ont, en tous cas, pas fait parler d'eux d'une manière négative. L'accusé était plus fragile, "d'humeur dépressive avec rumination morose", mais pas dans un état dépressif franc, ressort-il des expertises.

Nathan Duponcheel a retrouvé, à l'âge de 15 ans, son père pendu au bout d'une corde. "En état post-traumatique, on peut avoir des flashs qui peuvent provoquer un stress chez l'individu, des cauchemars, une perte de concentration", a expliqué le psychologue Maquet. Lors d'un test, l'accusé a atteint un score de 19 sur une limite de 36, deux ans après le décès de son père. "Ce chiffre n'est pas anodin", selon l'expert. "Il a développé des flashs et des cauchemars, de manière moins intense. Il a décrit son manque de sommeil et ses cauchemars, peu avant les faits, et sa focalisation sur la victime."

Le docteur Morel a lui été marqué par l'énorme difficulté pour Nathan Duponcheel d'aborder le côté affectif "car il se refermait comme une huître". L'épisode du suicide a été évoqué lors de leur rencontre. "Il n'a demandé l'aide de personne, il ne voulait pas se sentir redevable."

L'accusé a décrit un père qui pouvait être violent. Cette violence s'est cependant arrêtée quand les garçons ont grandi. "Il a raconté que, quatre jours avant son suicide, son papa s'était excusé" pour ces faits. Le docteur Morel a conclu que le jeune homme s'exprimait mieux sur des choses rationnelles que sur ce qui touchait à l'affectif.

L'échec de son examen pour entrer à l'armée et sa déception amoureuse ont été compliqués à gérer. "S'il avait été pris dans l'armée, s'il était entré dans un groupe, les choses auraient pu évoluer autrement", estime l'expert. L'échec sentimental est arrivé plus tard, en mars 2018, quand il a brisé son bracelet électronique. "On a vu, dans ses échanges SMS, des bascules dans des moments de déprime, un mélange d'émotions antagonistes."

Pour le docteur, le fait que la famille ait continué à vivre dans la maison où son père s'était pendu est quelque chose qui a entretenu la rumination chez Nathan Duponcheel.

Ce cocktail explosif a finalement amené l'accusé à se focaliser sur un coupable, Alfred Gadenne, bourgmestre de la Ville de Mouscron, laquelle n'avait plus voulu de son père dans son administration. Quant à la chanson "Papa" de l'artiste français La Fouine, écoutée par Nathan Duponcheel le jour du crime et soumise à la cour d'assises par le président lundi, l'accusé a précisé qu'elle figurait simplement dans sa playlist. "J'ai entendu d'autres musiques avant, elle est arrivée ensuite."

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