Trois jours avant la fusillade de Liège, un rapport de la prison s'inquiétait des fréquentations radicalisées de Benjamin Herman

  • En prison, la lutte contre la radicalisation reste très complexe

  • Rachid Madrane - L

 

Le personnel de la prison de Marche-en-Famenne avait émis des inquiétudes au sujet de la radicalisation de Benjamin Herman, auteur d'une tuerie à Liège mardi, dans un dernier rapport émis samedi, quelque jours avant les faits perpétrés durant une sortie autorisée du prisonnier, rapportent les titres SudPresse jeudi.

La question brûle toutes les lèvres: la fusillade de Liège qui a coûté la vie à trois innocents aurait-elle pu être évitée ? Ce jeudi, nos confrères de SudPresse évoquent les inquiétudes du personnel de la prison de Marche-en-Famenne, où un assouplissement du régime entourant les détenus radicalisés a permis à Benjamin Herman d'être en contact avec un certain Yassine Dibi...

Le dernier rapport d'informations alarmiste au sujet de Benjamin Herman avait été rédigé par un gardien de la prison de Marche-en-Famenne et envoyé au directeur des régimes samedi dernier, l'avant-veille du jour de sortie fatal. Selon les informations de Sudpresse, le rapport expliquait que Benjamin Herman fréquentait un prisonnier figurant sur la liste des détenus radicalisés, Yassine Dibi.

Condamné jusqu'en 2040, celui-ci était notamment connu pour son évasion du palais de Justice de Bruxelles en 2009 et la prise d'otage d'une directrice de prison en 2010. Il était aussi ami et complice de Khalid El Bakraoui, le kamikaze du métro lors des attentats de Bruxelles, selon le quotidien.

Un changement d'attitude dans le chef de Benjamin Herman avait été constaté depuis qu'il fréquentait Yassine Dibi lors des périodes au préau commun. Le régime spécial de sécurité ultra-strict interdisant à ce dernier tout contact avec les détenus de droit commun, comme Benjamin Herman, avait récemment été adouci.

Mais aussi, un certain Fouad D, recruteur en prison

Selon le site de HLN, Benjamin Herman, l'auteur de l'attentat à Liège aurait eu, en prison, des contacts avec un autre homme radicalisé, un certain Fouad D. qui aurait non seulement recruté des combattants syriens, mais qui aurait aussi incité ses partisans à la terreur dans son propre pays.

Cet homme avait déjà cette réputation bien avant que Benjamin Herman ne se retrouve dans les radars de la Sécurité d'Etat. Ce Verviétois de 39 ans, a été reconnu coupable de faits non liés à la terreur, mais serait devenu recruteur extrémiste derrière les barreaux. Dans un mémorandum de la police de Liège en septembre 2015, il était indiqué que Benjamin, compagnon de cellule de Fouad D. faisait partie d'un groupe de personnes qui "encerclaient" le recruteur et qui "chérissaient certains projets de partir en Syrie après leur libération".

On se radicalise en prison...

La prison reste un lieu de radicalisation. Selon les gardiens qui témoignent anonymement, aujourd'hui les prisons ne sont plus tenues par les caïds, mais bien par les radicaux (voir vidéo ci-dessus).

Selon la direction général des prisons, 223 détenus radicaux sont répertoriés. C'est une extrême minorité, à peine 2% des détenus. Mais on sait qu'ils ont un pouvoir de persuasion, que dans cet univers clos, ils peuvent influencer les détenus les plus faibles ou les plus instables, comme l'était d'ailleurs Benjamin Herman... Au delà de la contamination, il y a, et ce n'est pas neuf, le suivi psycho-social qui est insuffisant :
personne ne peut imposer à un détenu de suivre un programme de déradicalisation ou de désengagement.

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