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Accord interprofessionnel 2021-2022: vers la crise gouvernementale? La réponse de Paul Magnette

 
 

Paul Magnette était l'invité de Pascal Vrebos ce dimanche sur RTL-TVI. Le président du Parti socialiste et bourgmestre de Charleroi a notamment été interrogé sur l'accord interprofessionnel 2021-2022.

Patrons et syndicats ne parviennent pas à se mettre d'accord sur la question des salaires. Ce qui bloque? Le fameux chiffre de 0,4%, la marge maximale d'augmentation salariale (sans compter l'indexation des revenus). Bref, c'est l'augmentation prévue pour les salaires des travailleurs. Les syndicats la trouvent trop faible, et les patrons ne veulent pas l'augmenter.

Face à ce blocage au sein des partenaires sociaux, la question a été transmise au gouvernement pour qu'il tranche lui-même. Mais là aussi, ça coince. Libéraux, socialistes et écolos ont des points de vue différents. Alors, le président du PS est-il prêt à aller jusqu'à la crise gouvernementale? Pascal Vrebos lui a posé la question.

Pascal Vrebos: 0,4%, aujourd'hui vous dites non, c'est non, je suis avec les syndicats.

Paul Magnette: 0,4% et rien d'autre, c'est non, c'est absolument non, c'est totalement non.

Pascal Vrebos: Quitte à faire une crise gouvernementale?

Paul Magnette: Quitte à continuer à avoir un bras de fer gouvernemental, qui n'est pas un énorme problème. Il ne faut pas oublier que oui, dans ce gouvernement il y a une gauche, les socialistes, et il y a une droite, les libéraux. La Belgique, c'est comme ça. Moi je préfèrerais des gouvernements totalement de gauche, mais malheureusement en Belgique on n'y arrive jamais. Donc on fait des compromis.

Pascal Vrebos: Alors, vous ne voulez pas 0,4%, vous voulez combien?

Paul Magnette: Nous voulons une série de choses. Il y a l'index, 2,8%. C'est déjà très important puisque sous le gouvernement Michel (ndlr: composé, du côté francophone, uniquement du MR), il y a eu un saut d'index. Il ne faut pas oublier qu'à ce moment-là, les travailleurs ont perdu sur une carrière 40.000 euros avec le saut d'index du gouvernement Michel. Ici, l'index est octroyé. Tout le monde aura au moins les 2,8%. Les 0,4% au-dessus, ça fait déjà au moins 3,2%.

Pascal Vrebos: Et vous voulez quoi en plus?

Paul Magnette: On veut en plus qu'on puisse octroyer des augmentations dans les secteurs qui ont fait des bénéfices. C'est quand même la moindre des choses. Tout le monde cite cet exemple, parce que c'est un exemple extrêmement choquant… d'une grande firme de la grande distribution dans laquelle on dit qu'il n'y a pas d'argent pour les travailleurs au-delà des 0,4%...

Pascal Vrebos: Vous parlez de Delhaize?

Paul Magnette: Oui, Delhaize. Et où le patron s'octroie plus de 30% d'augmentation. C'est indécent.

Pascal Vrebos: Et donc là vous êtes contre. Vous dites qu'il ne peut pas avoir autant d'argent.

Paul Magnette: Bien sûr, c'est totalement scandaleux. On ne peut pas dire "il n'y a pas d'argent pour les travailleurs mais il y a de l'argent pour les patrons". C'est incompréhensible.

Pascal Vrebos: Donc eux, chez Delhaize, ils devraient avoir combien? Combien en plus des 0,4%?

Paul Magnette: Mais ça, ça doit se négocier secteur par secteur et entreprise par entreprise. Ce n'est pas à moi de dire combien. Ça dépend de comment ils ont travaillé, etc. C'est le travail des syndicats. Nous, notre travail, c'est qu'on crée cette marge. Et puis, on l'a dit aussi, s'il n'y a pas de marge pour les travailleurs, il n'y a pas de marge pour les patrons, et il n'y a pas de marge pour les dividendes non plus (ndlr: c'est l'argent versé aux détenteurs d'actions de l'entreprise). Parce que j'ai vu sur votre plateau les libéraux qui disent que non, il faut donner des dividendes. Là-dessus, on est en total désaccord.

Pascal Vrebos: Je cite monsieur Bouchez, votre collègue président du MR (ndlr: libéraux). Il a dit "nous avons un accord, interdire les dividendes c'est priver l'Etat et les politiques sociales de milliards, courir derrière les populistes, ce n'est jamais une bonne idée". Vous êtes devenu populiste? Il a raison?

Paul Magnette: Moi je ne suis pas populiste. Je ne le serai jamais. Je ne courrai jamais derrière personne. J'ai mes propres convictions, qui ne sont pas celles de monsieur Bouchez. Monsieur Bouchez pense qu'on peut distribuer largement des dividendes et ne pas augmenter les salaires. Moi ça me choque, ça me choque profondément. Il ne faut pas oublier que la valeur, la prospérité, ce sont les travailleurs qui la créent. Donc ils doivent être récompensés pour leur travail. Et donc nous voulons, parce qu'on n'a pas terminé avec ça, l'index, les 0,4%, des augmentations dans les secteurs et les entreprises qui le peuvent. Par exemple le gardiennage, le nettoyage, les matériaux de construction, la grande distribution… Il y a beaucoup de secteurs où c'est possible. Et en plus, ce n'est pas fini, une augmentation du salaire minimum, qui est beaucoup trop bas en Belgique. On est en-dessous de 10 euros de l'heure. On demande à des gens de se lever tôt, de faire un déplacement, de travailler dur et de gagner moins de 10 euros de l'heure. Ce n'est pas acceptable. Ça n'a pas augmenté depuis 10 ans.

Pascal Vrebos: Sinon, pas de dividende? Une crise gouvernementale?

Paul Magnette: Non, sinon pas de marge. Sinon il n'y a rien. Il n'y aura pas de règle, et donc c'est la liberté totale de négociation dans toutes les entreprises et dans tous les secteurs. Donc nous, on n'est pas mal mis. Il faut bien comprendre, monsieur Vrebos, que dans cette position, c'est plutôt confortable pour les socialistes et pour ceux qui défendent les travailleurs. Ou bien la droite nous entend, et pas seulement nous, entend les gens, les travailleurs qui disent "Mais enfin, vous nous avez applaudis pendant la crise. Vous avez dit qu'on était essentiels. Vous avez dit qu'on était les héros du quotidien. Et maintenant vous nous dites qu'il n'y a pas d'argent pour nous?". Les libéraux doivent comprendre que ça ne va pas.




 

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