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Crise gouvernementale: l’heure du confédéralisme a-t-elle sonné?

Gouvernement minoritaire, affaires courantes, Suédoise qui se déchire… La crise politique de décembre 2018 fera sans doute partie des manuels de l’Histoire de Belgique. Jusqu’à quel point ? Ces événements vont-ils précipiter la déchirure de notre pays ?

Geert Bourgeois, ministre-président flamand et fondateur de la N-VA, a fait une déclaration remarquée à la radio flamande ce vendredi : "La Flandre a tout pour rejoindre le top européen. Le confédéralisme est la clé. Nous allons jouer cette carte à fond."

Que veut la Flandre ? A qui profitera la crise ? L’heure du confédéralisme a-t-elle sonné ?

"Je ne suis pas convaincu que la campagne de la N-VA sera axée sur le confédéralisme. En Flandre, il y a une certaine lassitude institutionnelle. Les Flamands et même les Flamingants s’intéressent plus aux questions identitaires. Donc l’idée de la N-VA était d’axer sa campagne sur l’identité, l’économie et la sécurité. Je ne suis pas sûr que ça va changer après la crise gouvernementale", estime Bart Maddens, politologue à la KUL.


"Il n'y a que la N-VA qui en veut"

On parle beaucoup de confédéralisme "mais ça n’est pas très réaliste", indique Jan Segers, journaliste pour le quotidien Het Laatste Nieuws. "Cela présuppose une révision de la constitution et ce ne sera probablement pas le cas. En plus le confédéralisme, ce n’est pas fait de façon unilatérale. Les partis francophones n’en veulent pas. Et parmi les partis néerlandophones, il n’y a que la N-VA qui en veut. Je suis loin d’être sûr que les Flamands seraient pour."

Selon lui, il devient par ailleurs "plus facile" de former un gouvernement sans la N-VA. "Il y a un tabou qui est tombé. Celui qui dit qu’un gouvernement doit avoir une majorité des deux côtés de la frontière linguistique. Former un gouvernement avec une minorité flamande est possible."


"Elio Di Rupo est devenu partisan du confédéralisme"

"C’est quand même surprenant que le président du PS, Elio Di Rupo, est devenu partisan du confédéralisme", enchaîne Bart Maddens. "Il y a quelques semaines, il disait qu’il fallait d’abord former un gouvernement en Wallonie puis un gouvernement en Flandre. Et ensuite, ces deux coalitions formeront le gouvernement fédéral. C’est la définition parfaite du confédéralisme. La conséquence est qu’on doit abandonner les élections fédérales qui n’ont plus de sens."

Rik Torfs, professeur de droit canon à la KULeuven, ancien recteur et ancien sénateur (CD&V), s’est également exprimé sur la question dans l’émission "C’est pas tous les jours dimanche".

"J’ai l’impression que ce confédéralisme arrivera un jour, un peu par hasard mais qu’il ne sera pas le but d’une vraie discussion sur le confédéralisme. La Flandre est plutôt centre-droite et la Belgique francophone plutôt centre-gauche. C’est une réalité qui existait déjà avant mais qui s’accentue", explique-t-il. "De nos jours, on constate qu’une tripartite n’est plus majoritaire. Surement pas en Flandre. Cela devient quelque chose de très discutable. Il faut donc essayer de voir comment constituer un gouvernement qui a encore une crédibilité plus ou moins acceptable. Je crains qu’on n’ait pas de gouvernement en 2019. Peut-être en 2020. C’est justement cela qui va mener à des conclusions."

Rik Torfs ajoute qu'il n'est pas "preneur d’une Belgique non-existante et du confédéralisme, mais je constate une évolution dans les idées des gens."

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