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L'opposition déchaînée à la Chambre suite aux propos de Theo Francken sur la politique migratoire: Charles Michel a du mal à le défendre

L'opposition déchaînée à la Chambre suite aux propos de Theo Francken sur la politique migratoire: Charles Michel a du mal à le défendre

Les chefs de groupe Open Vld et CD&V se sont très clairement distanciés jeudi à la Chambre des propos tenus cette semaine par le secrétaire d'État à l'Asile et la Migration Theo Francken (N-VA) qui avait appelé à contourner l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme empêchant des actes inhumains et dégradants. "En tout cas, il n'a pas parlé en mon nom", a lâché le chef de groupe Open Vld Patrick Dewael. Il a rappelé les règles de déontologie qui prévalent au sein du gouvernement, selon lesquelles un membre s'exprime au nom de l'exécutif. Ces règles devraient l'emporter sur la "fièvre électorale" qui anime la N-VA, a-t-il dit.


Applaudis par l'ensemble de l'assemblée, à l'exception de la N-VA et de l'extrême droite

Évoquant la déclaration à laquelle devra s'attacher tout primo-arrivant, le chef de groupe CD&V Servais Verherstraten a indiqué qu'elle s'appliquait aussi "à tous les Belges et certainement aux membres de votre gouvernement". Les règles s'appliquent aux "gens et ils méritent le respect", a-t-il précisé, applaudi comme M. Dewael par l'ensemble de l'assemblée, à l'exception de la N-VA et de l'extrême droite.


Charles Michel n'a pas évoqué les propos tenus par son secrétaire d'État

Le Premier ministre Charles Michel a confirmé le caractère "sacré" de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme et des règles internationales. Sans évoquer directement les propos tenus par son secrétaire d'État, il a renvoyé au point de vue de l'ambassadeur de Belgique au Comité des représentants permanents (COREPER), excluant le contournement de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme et les push-backs, ainsi qu'aux prochaines échéances en matière de migration, notamment le Sommet européen de la fin juin. La réforme de la procédure de Dublin, qui prévoit les règles d'enregistrement des demandeurs d'asile et de refoulement des candidats déboutés dans les Etats-membres, est bloquée depuis trois ans au niveau ministériel. "Nous allons continuer à assumer notre responsabilité en matière de migration et défendre nos points de vue. Nous devons conjuguer solidarité et responsabilité. L’Europe a besoin de frontières sûres et contrôlées, tant pis pour ceux qui n’en veulent pas", a-t-il ajouté. 


"Je partage la déclaration de M. Dewael"

M. Michel a plaidé jeudi pour qu'elle soit discutée au niveau des chefs d'État et de gouvernement, ce qui devrait être le cas au prochain Sommet européen de fin juin. La solution passera par une plus grande harmonisation européenne et un renforcement des frontières extérieures, a-t-il souligné, évoquant les perspectives de négociation bilatérales avec des pays extérieurs à l'UE. "Je partage la déclaration de M. Dewael, la tâche d'un membre du gouvernement est de défendre loyalement le point de vue du gouvernement. L'ambassadeur a défendu ce jeudi matin le point de vue de la Belgique", a indiqué M. Michel dans un énième recadrage.


"Il n'y aura pire hypocrisie de votre part que de dire que vous faites une politique européenne"

Le Premier ministre n'a pas convaincu l'opposition, selon qui "l'heure est grave", alors que les comportements et le langage propres à l'extrême droite qui prospèrent en Europe ont pénétré le gouvernement fédéral belge. "Il n'y aura pire hypocrisie de votre part que de dire que vous faites une politique européenne en fermant les yeux sur les agissements de votre secrétaire d'État", a affirmé Olivier Maingain (DéFI), notant toutefois le "sursaut" de deux groupes néerlandophones de la majorité face au "péril de l'extrême droite".


Le Premier ministre a "manqué un rendez-vous avec la démocratie et la démocratie s'en souviendra"

Le chef de groupe PS Ahmed Laaouej a vu en "ce 6 juin, le choix du renoncement à figurer parmi ceux qui combattent les discours d'extrême droite". Pour lui, le Premier ministre a "manqué un rendez-vous avec la démocratie et la démocratie s'en souviendra". Georges Dallemagne (cdH) a cité Gramsci pour mettre en garde le chef du gouvernement. "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à venir et dans ce clair-obscur surgissent les monstres", a-t-il dit, avant d'insister: "Méfiez-vous de ces monstres ! "

Benoît Hellings (Ecolo) a rappelé le contexte de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme, rédigé dans les années 1950 pour que les horreurs de la guerre des années 1940 ne se reproduisent. Aujourd'hui, Theo Francken a placé le gouvernement dans le camp de la Hongrie, de l'Italie et de l'Autriche, a-t-il ajouté, évoquant l'"image salie de la Belgique".

Au contraire, Philippe Pivin (MR) a remercié le Premier ministre d'avoir rappelé que le gouvernement s'inscrivait pleinement dans le respect des institutions et des règles internationales et européennes. Alors qu'il est question de politique migratoire, il a regretté que certains, dans l'opposition, en fassent une "polémique migratoire" permettant une "instrumentalisation qui masque les enjeux fondamentaux". "L'article 3 n'est pas une polémique, c'est un texte fondamental", a répliqué M. Hellings.


Theo Francken pianotait sur son téléphone pendant les échanges avec le Premier ministre


Charles Michel a déploré que pour "ces réalités humaines que cachent les chiffres, l'opposition n'offre pas d'alternative". Le député Wouter De Vriendt (Groen) avait pourtant plaidé préalablement, en guise d'alternative, contre les frontières ouvertes, pour un contrôle des frontières extérieures et la mise en place de hotspots pour demander l'asile. L'opposition a regretté n'avoir pu interroger Theo Francken, pianotant sur son téléphone pendant les échanges avec le Premier ministre. Le chef de groupe N-VA Peter De Roover a assuré que Theo Francken ne tenait pas un autre discours que les chefs d'État et de gouvernement européens tels qu'Emmanuel Macron ou Angela Merkel, ce qu'a démenti le CD&V. Il a en outre fustigé ceux qui sous-entendent que le respect des droits de l'Homme et le renforcement des frontières seraient incompatibles.

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