Pourquoi l'étude sur les Soudanais expulsés ne mentionne pas certains témoignages de torture?

Le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides a donné ses conclusions sur les expulsions des migrants soudanais par les autorités belges. Le rapport pointe l'absence de preuve de torture sur les migrants refoulés vers le Soudan, et il dédouane en quelque sorte le gouvernement fédéral. Le centre d'étude qui avait révélé l'affaire s'étonne que certains témoignages ne figurent pas dans le dossier. Reportage de nos journalistes Emmanuel Dupont et Didier Clippe.

Koert Debeuf a fourni aux enquêteurs les coordonnées d’un migrant soudanais expulsé par la Belgique et persécuté à son retour au pays. Dans cet extrait, l’homme raconte au Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) avoir été battu puis torturé. "Il a confirmé les maltraitances directement au CGRA et ils ne l'ont pas inclus dans le rapport. Je trouve ça un peu bizarre", confie Koert Debeuf, directeur de l’institut Tahrir, une organisation sans but lucratif d'étude du Moyen-Orient basée aux États-Unis.


13 personnes prêtes à être expulsées vers le Soudan: ne risquent-elles vraiment rien?

Dans son rapport publié vendredi, le commissariat général aux réfugiés émet des doutes sur la véracité des témoignages, mais reconnait des lacunes dans les procédures de renvoi des migrants soudanais.

Les expulsions, jusqu’ici suspendues, peuvent reprendre au cas par cas. 18 individus sont actuellement en centre fermé, 13 pourraient être expulsés prochainement. "J'espère pour monsieur Theo Francken que pour les 18 personnes en question et que pour les 13 personnes prêtes à être expulsées, que l'étude a été bien menée, qu'on est bien certain que ces personnes ne risquent rien en arrivant au Soudan", commente Mehdi Kassou, porte-parole de la Plateforme citoyenne, qui organise notamment l'hébergement de migrants chez des particuliers belges.

"Je crois que le gouvernement a fait un double contrôle, qu'ils ne vont pas répéter les mêmes erreurs qu'ils ont commis les mois passés", estime de son côté Koert Debeuf.

Peu convaincu par le rapport du CGRA et de son interprétation faite par le gouvernement, la Ligue des droits de l’homme va demander au rapporteur spécial des Nations unies contre la torture de mener une enquête internationale.

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