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Le vaccin russe annoncé ne convainc pas les scientifiques: "Il faut le prendre avec des pincettes", selon cet expert

 
CORONAVIRUS
 

Ce mercredi 11 août, le président russe Vladimir Poutine a annoncé au monde entier la découverte dans son pays d'un vaccin contre le coronavirus. Cette annonce, bien que séduisante, doit être prise avec du recul et de l'analyse. L'Organisation mondiale de la Santé a réagi prudemment à l'annonce de la Russie, rappelant que la "pré-qualification" et l'homologation d'un vaccin passaient par des procédures "rigoureuses".

Actuellement 28 vaccins en phase clinique

Nous avons contacté Jean-Michel Dogné, expert en pharmacovigilance à l'Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé (AFMPS). Selon lui, il faut prendre l'annonce avec des pincettes. "Actuellement, il y a 28 vaccins en phase clinique", explique cet expert. "Les phases cliniques les plus avancées concernent 5 à 6 vaccins, qui sont dans ce qu'on appelle la phase 3. Celui dont Vladimir Poutine parle est en phase 1, donc on a très peu de données sur ce vaccin, et il faut le prendre avec des pincettes."

En effet, la phase 3 semble être la plus cruciale, lors de l'élaboration d'un vaccin, selon Jean-Michel Dogné. "C'est la phase la plus importante, qui va donner, sur au minimum 3000 individus, les données d'efficacité et de sécurité du vaccin. Sans cette phase 3, il est très prématuré de parler d'un vaccin efficace avec une immunogénicité qui va perdurer dans le temps. Ça n'a pas de sens."

Impossible de connaître les effets à long terme

La Russie pourrait cependant produire son vaccin, si elle estime ou anticipe le fait qu'il soit efficace. Mais Jean-Michel Dogné prévient : "Le fait que le vaccin soit déjà maintenant efficace, avec une immunogénicité à long terme, est un leurre. Il faut vraiment attendre la phase 3."

Quant à savoir pourquoi et comment la Russie estime détenir un vaccin efficace contre le Covid-19, notre expert est très dubitatif. "Soit ils vont plus vite que le temps, soit ils ont une machine pour aller voir ce qu'il se passera dans deux ans. Ces données sont fournies en études cliniques, mais aussi dans la vraie vie. Il faut donc attendre un an ou deux ans pour savoir si le vaccin est efficace. Actuellement, personne ne sait prédire l'immunogénicité d'un vaccin à un an ou deux ans."

L'OMS met en garde

Cet expert de l'Agence Fédérale des Médicaments n'est pas le seul à douter de l'efficacité du vaccin russe. L'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, a également réagi ce mardi. "Nous sommes en étroit contact avec les Russes et les discussions se poursuivent. La pré qualification de tout vaccin passe par des procédés rigoureux", a pointé Tarik Jasarevic, le porte-parole de l'OMS, lors d'une visioconférence de presse, après avoir été interrogé sur l'annonce par le président russe que la Russie avait développé le "premier vaccin" contre le nouveau coronavirus. "La pré-qualification comprend l'examen et l'évaluation de toutes les données de sécurité et d'efficacité requises recueillies lors d'essais cliniques", a-t-il rappelé, soulignant que le processus serait le même pour tout candidat vaccin.

En plus des validations accordées dans chaque pays par les agences nationales, "l'OMS a mis en place un processus de pré-qualification pour les vaccins mais aussi pour les médicaments. Les fabricants demandent la pré-qualification de l'OMS car c'est une sorte de gage de qualité", a-t-il insisté. Jusqu'ici, la Russie n'a pas publié d'étude détaillée des résultats de ses essais permettant d'établir l'efficacité des produits qu'elle dit avoir développés.

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé mardi que la Russie avait développé le "premier" vaccin contre le nouveau coronavirus, assurant qu'il donnait une "immunité durable" et que l'une de ses filles se l'était fait inoculer. Le ministre de la Santé Mikhaïl Mourachko a précisé que "des essais cliniques sur plusieurs milliers de personnes allaient continuer". 

 




 

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