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Volée de critiques en Flandre contre le discours engagé d'Albert II

 
 

Le discours royal de Noël a suscité de vives critiques en Flandre, notamment auprès des sympathisants N-VA. Aux yeux de certains commentateurs, Albert II a, sans la nommer, pointé du doigt le parti nationaliste et fait une comparaison excessive avec l'essor du fascisme dans les années 1930. Au-delà de la N-VA, certains spécialistes de la politique belge, comme les professeurs Mark Van den Wijngaert, Dave Sinardet et Carl Devos, ont également fait entendre leur voix.

"En ces temps perturbés que nous vivons, soyons vigilants, et montrons-nous lucides face aux discours populistes. Ils s'efforcent toujours de trouver des boucs émissaires à la crise, qu'il s'agisse de l'étranger ou des habitants d'une autre partie de leur pays. Ces discours existent aujourd'hui dans de nombreux pays européens et aussi chez nous. La crise des années 30 et les réactions populistes de cette époque ne doivent pas être oubliées. On a vu le mal que cela fit à nos démocraties", a déclaré hier le souverain dans son discours de Noël.

De Wever botte en touche, pas ses lieutenants

Si le président de la N-VA et bourgmestre d'Anvers, Bart De Wever, a fait savoir qu'il ne se sentait pas visé par cette référence aux années 30, d'autres au sein du parti n'ont pas eu cette retenue. "Ce discours ressemblait à une émission concédée du PS", a lâché le député et vice-président Ben Weyts dans les colonnes de "Het Laatste Nieuws". Il y annonce d'ailleurs le dépôt d'une question parlementaire sur le sujet. "Le Roi est sorti de son rôle. Il offense une grande partie des Flamands", estime pour sa part le sénateur Huub Broers.

Les propos très durs du co-fondateur du parti envers Albert II... et Elio Di Rupo

Eric Defoort, le co-fondateur de la N-VA et conseiller très écouté de Bart De Wever, qualifie lui cette sortie royale de "blague belge". Il reprend à son compte l'analyse d'un professeur de l'Université catholique de Bruxelles (voir ci-dessous): "C'est Albert II qui sombre dans le populisme en tenant de tels propos". Il se fend ensuite de propos visant la personnalité du Roi: "En s'en prenant à nous, se rend-il compte qu'il s'attaque à une majorité de Belges? Il serait mieux inspiré de conseiller à sa femme, qui après cinquante ans parmi nous ne parle toujours pas couramment la langue de la majorité de ses sujets, de s'y mettre", dans les colonnes des journaux Sud-Presse, ajoutant: "Au lieu de nous faire la morale, il ferait mieux de reconnaître sa fille naturelle". Pour M. Defoort, "le pire aura été sa tentative de rapport avec les années 30 (...) Visiblement tous les moyens sont bons". Il estime que "derrière tout cela, il y a bien entendu Elio Di Rupo (...) Il se sert du Roi pour faire sa propagande parce qu'il a peur de 2014."

 

La comparaison avec les années 30 choque aussi certains observateurs

Aux yeux du professeur Mark Van den Wijngaert de la KUL, le Roi s'est lui-même prêté au populisme. Une telle façon de s'immiscer dans le débat politique est, selon lui, inédite. "Le Roi fait référence d'abord à un parti, une manière de penser, dans laquelle la responsabilité de la crise est imputée aux francophones. Relier ce populisme aux années 30, c'est aller un pas trop loin. Un grand pas trop loin. On ne peut pas prétendre une telle chose de la Belgique", a-t-il expliqué dans "De Morgen".

"Le Roi a le droit de mettre en garde la population s'il juge que le populisme est une menace mais la comparaison avec les années 30 va au-delà. Si l'on veut combattre les simplismes, cela ne témoigne pas d'un grand sens de la nuance", a souligné également Dave Sinardet dans "Het Nieuwsblad".

 

La faute à… Elio Di Rupo?

Carl Devos estime pour sa part que le Premier ministre Elio Di Rupo a commis une gaffe car chaque mot d'un discours royal est approuvé au préalable par le gouvernement. "Tout qui aime la monarchie aurait dû effacer ce passage. Car de cette manière, c'est la monarchie qui se fait du tort à elle-même", a-t-il fait remarquer dans "Het Laatste Nieuws".

De Morgen a demandé au cabinet du Premier ministre de réagir à ces critiques. "Le Roi a exprimé un sentiment d'inquiétude. Pour cela, il a fait référence à des événements historiques qui n'ont pas aidé à trouver des solutions. Il n'a nommé aucun parti. Qu'il demande au citoyen de se montrer vigilant à l'égard d'un discours populiste qui cherche des boucs-émissaires à la crise, est une vérité qui ne vise aucun parti en particulier. C'est un point de vue que l'on peut comprendre de la part d'un chef d'Etat", a-t-on répondu.


 

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