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Vous n'avez rien compris au scandale Publifin? Rappel des faits en 3 minutes

Vous n'avez rien compris au scandale Publifin? Rappel des faits en 3 minutes

Nethys, Paul Furlan, Stéphane Moreau… La première révélation de l'affaire Publifin concernait les rémunérations mirobolantes de mandataires locaux pour des réunions superflues. Aujourd'hui, le dossier a éclaboussé plusieurs élus socialistes de premier plan, dont Paul Furlan et Stéphane Moreau. Mais vous vous êtes perdu dans le scandale Publifin? Éclaircissons cette affaire point par point.


Publifin, c'est quoi?

Anciennement appelé Tecteo, Publifin est officiellement une société coopérative intercommunale à responsabilité limitée, soit une intercommunale. Publifin agit comme un holding financier public, ce qui veut dire que son rôle est de détenir des participations dans d'autres sociétés. Pourquoi passer par un holding financier? Pour faire simple, le but est d'assurer une unité de direction en réunissant les participations dans une seule et même société. Ainsi, Publifin détient 100% des actions de Finanpart, un autre holding public. Et c'est Finanpart qui est finalement le propriétaire de Nethys.

Avant de passer à la suite, demandons-nous qui contrôle Publifin? En novembre 2015, l'intercommunale est contrôlée à 61,09% par la province de Liège, à 38,4% par 76 communes (dont voici la liste), et à 0,4% par la Région wallonne. Comme on le voit, c'est donc l'argent public qui est en jeu dans ce dossier.


Nethys, c'est quoi?

Nethys est une société anonyme active dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et du développement industriel. En 2015, le chiffre d'affaires de Nethys était de 315.188.169 €. Voici la liste des marques de Nethys:
- Resa, spécialisée dans la gestion des réseaux de distribution d’électricité et de gaz (GRD) en province de Liège.
- VOO, est l’opérateur Telecom du groupe sur l’ensemble de la Wallonie et une partie de Bruxelles.
- BeTV, une chaîne à péage disponible en exclusivité sur le réseau de VOO.
- Win, une entreprise qui propose des solutions technologiques aux entreprises , PME, institutions, secteurs des soins de santé, etc.
- Nethys energy, présenté comme le partenaire "énergies renouvelables" des pouvoirs publics et des entreprises.
- Elicio, spécialisé dans la production d'énergie renouvelable en Belgique et à l'étranger.
- L'Avenir, média d'informations locales.


Acte 1: des élus ont touché jusqu'à 500€ la minute de réunion

En juin 2013, Publifin crée trois comités de secteur: le comité de secteur Energie compte 9 membres, le comité de sous-secteur Liège ville compte 7 membres et le comité de secteur Télécom compte 8 membres.

Ces comités sont censés "éclairer" le conseil d'administration de Publifin, mais il s'agit en réalité de réunions non obligatoires et peu utiles pour lesquelles les mandataires touchent des sommes mirobolantes. Ainsi, les 24 membres des comités ont touché en moyenne 9.600 euros brut l'heure de réunion. Certains mandataires ont gagné jusqu'à 500 euros la minute. La chose est légale, mais pose clairement question en matière d'éthique politique.

C'est Cédric Halin, un échevin de la commune d'Olne, qui possède un infime pourcentage de Publifin, qui a demandé des informations sur les activités de ces comités de secteur et qui a révélé les énormes rémunérations par l'intermédiaire du magazine Le Vif/L'Express mais aussi de la chaîne de télévision locale Televesdre.


Acte 2: Paul Furlan dans l'œil du cyclone

Sur les 24 membres des comités de secteur, certains ont fait leur mea culpa et ont annoncé qu'ils reverseraient leurs émoluments à des associations caritatives.

Cependant, la polémique n'en reste pas là. Début 2017, Le Vif révèle que Claude Parmentier est l'un des administrateurs et l'un des piliers de Publifin et qu'il est rémunéré par Nethys (vous vous rappelez, la société détenue par Publifin et qui possède Resa, VOO, BeTV, etc.). Depuis le 28 juin 2013, l'homme a touché 153.000 euros brut en tant qu'administrateur de Nethys. Le problème, c'est que Claude Parmentier est non seulement bourgmestre de Wanze, mais aussi le chef de cabinet adjoint de Paul Furlan, ministre des Pouvoirs locaux et des intercommunales.

Paul Furlan affirme qu'il n'était pas au courant des rémunérations de son collaborateur (qui occupe pourtant une place importante dans son cabinet) au sein de Publifin. Face à ces déclarations, le MR et Ecolo (dans l'opposition en Wallonie) demandent la démission du ministre, ce que son président de parti, Elio Di Rupo, balaie de la main. Claude Parmentier, en revanche, démissionne finalement de son poste de chef de cabinet adjoint.

Le répit est de très courte durée pour Paul Furlan: ce mercredi, on apprend que sa femme, Anne-Sophie Herbé, travaille comme conseillère au sein de son cabinet ministériel. L'épouse a également un emploi comme secrétaire au sein de l'administration communale de Thuin… dont Paul Furlan est le bourgmestre. Anne-Sophie Herbé est aussi conseillère provinciale et occupe d'autres fonctions au sein du Parti socialiste. Cumul vous avez dit? Paul Furlan ignorait-il les multiples activités de sa propre épouse? La situation interpelle.


Acte 3: fragilisé, Stéphane Moreau ciblé par Onkelinx

Après Paul Furlan, c'est au tour d'un Liégeois de premier plan de passer sous les projecteurs: Stéphane Moreau. L'homme est le bourgmestre d'Ans, la commune anciennement dirigée par Michel Daerden. S'il est traîné sur la place publique, c'est parce qu'il est aussi l'administrateur-délégué de Nethys, où il touche 960.000 euros brut par an, selon des informations du Vif. L'élu possède également six autres mandats rémunérés.

Ce jeudi sur la VRT, Laurette Onkelinx, cheffe de groupe PS à la Chambre, a ciblé directement Stéphane Moreau et a demandé qu'il fasse un pas de côté en raison du scandale Publifin. Une sortie beaucoup plus frontale par rapport aux déclarations de Magnette et Di Rupo, qui ne visaient pas ostensiblement Stéphane Moreau.

Ce jeudi soir sur la RTBF, Paul Magnette a affirmé qu'"un mandat public n'est pas un Win for Life". Il dit vouloir élaborer des règles d'incompatibilité là où il y a conflits d'intérêts, des règles qui pousseraient donc Stéphane Moreau à faire un choix parmi ses mandats.

Enfin, ce jeudi matin sur Bel RTL, Elio Di Rupo a réclamé un durcissement des règles d'éthique politique, notamment avec une interdiction du cumul des fonctions de bourgmestre avec la direction d'une entreprise fonctionnant avec des capitaux publics. Des déclarations encore lourdes de sens pour Stéphane Moreau.

On le voit, face au scandale Publifin, trois pontes du Parti socialiste lancent une "contre-attaque": Elio Di Rupo, président du parti et ancien Premier ministre, Paul Magnette, qui a assuré l'intérim à la présidence du parti et actuellement ministre-président wallon, et enfin Laurette Onkelinx, ancienne ministre et cheffe de groupe PS à la Chambre.


Vent de crise au Parti socialiste?

Comme l'analyse notre confrère Frédéric Chardon, journaliste politique à La Libre, pour désamorcer la polémique, le trio a décidé de cibler le pouvoir politique liégeois, contrôlé par Willy Demeyer (bourgmestre de Liège), Stéphane Moreau (Nethys et bourgmestre d'Ans), André Gilles (il dirige le pouvoir provincial à Liège), Alain Mathot (bourgmestre de Seraing et député fédéral), Jean-Claude Marcourt (ministre wallon).

"Au sein du parti, la fédération liégeoise, très puissante, a par ailleurs toujours agacé par sa volonté de décider par elle-même en dépit des injonctions venues du boulevard de l'Empereur. En particulier, le savant montage qui a permis à Publifin/Nethys d'émerger à partir d'intercommunales et de mener ensuite une politique offensive en matière de télécoms, de médias, etc., a toujours titillé le PS bruxellois", a écrit ce vendredi 20 janvier Frédéric Chardon.

Si un vent de crise semble se lever au sein du camp socialiste, le parti sera bientôt évaluer sur des résultats concrets. Paul Magnette et Elio Di Rupo ont évoqué ce jeudi des règles plus strictes, seront-elles vraiment mises en oeuvre? Qui dit engagement dit attente de résultat de la part du public. Lorsqu'on sait que les élections communales sont prévues dès l'année prochaine, avant un enchaînement d'élections fédérales, régionales et européennes… cela signifie que le Parti socialiste joue gros dans ce dossier. À la fois sa stabilité interne et son avenir électoral.

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