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Les universités des aînés fermées à cause du Covid, la tristesse de milliers de seniors: "J'y vais aussi pour garder une vie sociale"

Les universités des aînés fermées à cause du Covid, la tristesse de milliers de seniors:
CORONAVIRUS

Les différentes universités des aînés n'ont pas encore pu rouvrir leurs portes. Et pour cause: leur public est particulièrement à risque. Mais ces étudiants un petit peu particulier n'attendent que le feu vert pour retourner à l'école.

L'université des aînés est un concept très simple. L'idée est de permettre aux seniors de profiter de cycles de cours ou de conférences et activités, le tout sans pression de réussite. Du savoir à l'état brut qui concerne des milliers de personnes en Fédération Wallonie-Bruxelles. Au total, ils sont prêts de 14.000 à fréquenter des universités des aînés, dont 7.800 rien que pour les universités de Namur et de Liège et 4.200 pour l'Université des Aînés de l'UC Louvain. 

Aujourd'hui, coronavirus oblige, ces seniors sont privés de cours, mais pas uniquement. Ces espaces sont pour eux un moyen de rester actif et de conserver une vie sociale en dehors du simple cercle familial. C'est via le bouton orange Alertez-nous qu'un membre de l'Université des Aînés de Liège nous a contactés pour aborder ce sujet. Dans cet établissement, certains ont jusqu'à 94 ans. Le doyen de l'UC Louvain fêtera lui ses 102 ans en septembre !

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"Je suis optimiste d’habitude, mais là je suis dans l’incertitude. Je n’ai aucune information sur une reprise de nos activités. Nous n’avons plus eu de nouvelles de la direction, le dernier contact remonte au 13 mars pour nous annoncer la fermeture", nous explique ce témoin, qui affirme que ces étudiants ne demandent qu'à revenir. "Nous avons d’ailleurs déjà eu 800 réinscriptions. Sans doute que certains le font par solidarité, mais ils sont là. Il ne faut pas oublier que pour eux, c’est avant tout du plaisir", nous détaille-t-elle.

Pour mieux comprendre leur état d'esprit, le mieux est évidemment de leur laisser la parole. 

Un besoin social

Certains d'entre vous se demandent surement ce qui peut pousser une personne âgée à s'inscrire à l'université des aînés. Sachez d'abord que ces établissements sont généralement accessibles bien avant la cinquantaine et qu'elles ne fonctionnent pas de la même manière qu'une université classique. Ici, pas d'examens, pas de pression du cursus. Tout est pensé pour favoriser l'apprentissage au rythme de ce public particulier.

On doit rester actif, continuer à parler aux gens

Les motivations sont d'ailleurs variées. "Avant, je travaillais. Je ne pouvais pas suivre des cours sur des sujets qui m’intéressaient, je ne faisais pas ce que je voulais. Je peux enfin faire des choses que j’aime bien. Il n’est jamais trop tard !", nous explique Sam, 80 ans, qui fréquente l'Université du Troisième Âge de Liège. "J'y vais avant tout pour rester actif", déclare de son côté Henri, 64 ans, ancien professeur aujourd'hui prépensionné. 

Ce dernier évoque une piste centrale, validée par l'ensemble des aînés interrogés. "J’y vais aussi pour garder une vie sociale", affirme Henri. "Je pense que je peux encore me rendre utile, j’avais envie d’être actif. J’ai donc accepté, en plus, d’aider à récolter des fonds en cuisinant sur différents événements, comme le marché de Noël", précise-t-il, ce que font également de très nombreux inscrits. Ce rôle social, cette création d'une communauté soudée, sera toujours au centre des préoccupations des seniors présents dans ces universités.

Et cela ne se traduit pas que pendant les cours, loin de là. "Il y a la fameuse pause-café, où l’on rencontre plein de gens", nous explique Bernadette, 72 ans, avec un grand sourire. "C’est très important pour nous, parce qu’on doit rester actif, on doit continuer à parler aux gens", résume-t-elle ensuite.

Quand on est chez nous, on regarde la télé. Ici, on discute, on échange, on apprend. On s’aère, on s’entretient

Un point de vue largement partagé par Sam. "C’est une satisfaction personnelle. Je rencontre des gens nouveaux ou je retrouve d’anciens collègues du Makro d’Alleur, par exemple", nous raconte cet étudiant de 80 ans. "Certains abandonnent, d’autres reviennent…C’est chouette de revoir du monde. C’est un bonheur social et intellectuel, parce que j’adore apprendre des choses", précise-t-il ensuite. "La plupart des gens veulent faire ce qu’ils veulent. Ce qu’ils aiment. Ces cours nous permettent de faire travailler le cerveau. Quand on est chez nous, on regarde la télé. Ici, on discute, on échange, on apprend. On s’aère, on s’entretient", conclut-il.

Henri, lui, résume l'ambiance qui règne à Liège en une simple anecdote. "Un jour, j’avais un travail où je présentais un peu mon quartier. Je n’étais pas sûr de pouvoir trouver quoi dire, mais au final, les autres ont tellement aimé que j’ai donné cours pendant une demi-journée. C’était incroyable !", nous raconte-t-il. Un contact qui ne s'est jamais perdu, que du contraire. "Deux fois par an, j’organise, à leur demande, une visite dans des lieux disparus de Liège. Je travaille sur les visites de cette année en ce moment", précise-t-il, visiblement ému.

Des programmes variés

Mais que peuvent bien étudier ces seniors ? En vérité, les cursus sont très variés. Cela va de l'histoire, parfois au niveau d'un village, à la philosophie en passant par la photographie, l'histoire de l'art, la religion ou les cours de langue. En réalité, l'offre varie d'un établissement à l'autre.

Pour situer, l'Université du Troisième Âge de Namur enregistre un intérêt majeur pour l'histoire de l'art, la photographie et l'art moderne et contemporain. Ces tendances sont globalement partagées partout, en cohabitation avec deux autres domaines: l'anthropologie et les cours de langue.

Mais au-delà de ça, nombreux sont ceux à suivre des cycles de conférence, sur des sujets variés là-aussi. Du côté de Namur, on constate aussi une recrudescence d'intérêt pour les activités à l'extérieur, notamment les randonnées. Vous l'aurez compris: chacun s'y retrouve en faisant réellement ce qu'il souhaite.

"A la fin de ma carrière, j’ai suivi des cours d’anthropologie, de religion et d’histoire. J’adore ça, je les suis depuis sept ans. J'y vais encore trois ou quatre fois par semaine", illustre Bernadette. "J’ai trois cours que j’apprécie beaucoup, l’anglais, la peinture à huile et l’aquarelle. J’y vrais au moins trois fois par semaine, c’est un peu comme une famille pour moi", résume de son côté Sam, qui a débuté son cursus en 2004. "J'ai commencé en étudiant l'histoire de la Principauté de Liège, avant de prendre un cours de géographie. Cela représente deux demi-jours par semaine", conclut Henri.

C’est dur ce confinement. J’ai des contacts par téléphone, mais pas grand-chose et ça me manque de les voir

La plaie du confinement

Mais voilà, depuis le début du confinement, ces établissements ont fermé leurs portes. C'est donc terminé pour ces seniors, qui ne pourront plus se retrouver sur place avant la mi-septembre, au mieux. Une véritable catastrophe pour eux, qui ont déjà vécu un confinement diablement difficile.

Considérés comme à risques, ils n'ont pu avoir de réels contacts sociaux pendant deux mois. Leurs cours, eux, ont été fait à distance. Mais ce n'est pas ça qui manque le plus aux seniors concernés. "C’est dur ce confinement. J’ai des contacts par téléphone, mais pas grand-chose et ça me manque de les voir", explique Sam, 80 ans. "Heureusement, j’ai pu travailler sur mes peintures chez moi. J’ai le sentiment que nous sommes les oubliés de ce confinement".

Dès que ça ouvre, j'y retourne, c'est certain ! 

"Je m’occupe chez moi mais ce n’est pas la même chose. Je suis en manque de mes amis, j’ai besoin de retrouver les contacts avec eux", enchaîne Henri, qui vit très mal la situation. "Tout le monde ressent cela. J’ai vraiment hâte de les retrouver. N’oubliez pas que, dans certaines tranches, certaines personnes ne parlent qu’à leur chat depuis trois mois", résume-t-il ensuite.


"J’ai la chance d’avoir pu passer le confinement dans une maison à la campagne", tempère Bernadette, toujours positive. "J’ai pu rejouer au tennis avec l’arrivée des beaux jours, j’ai rajeuni de 60 ans. Mais mes amis me manquent, j’espère pouvoir les revoir le plus vite possible. Il y a un esprit très positif, tout le monde est soudé", détaille-t-elle enfin.

Cette vie sociale est, vous l'aurez compris, le principal levier de motivation. Et tout le monde semble unanime concernant un retour à l'université. "Dès que ça ouvre, j’y retourne, c’est certain !", résume Bernadette. Tous sont cependant bien conscients des dangers de ce coronavirus et avancent l'idée d'un retour encadré, avec des règles bien précises.

Mais ce retour pourrait être retardé. "J’ai peur qu’on ne rouvre pas en septembre. Nous n’avons déjà plus de vacances, alors être enfermé pendant des mois et des mois, ce serait très dur. Sincèrement, le retour en cours est indispensable", angoisse Sam, avis visiblement partagé par ses compères Bernadette et Henri.

Un retour qui suscite également de nombreuses craintes au sein des établissements. 

"Pas mal d'indisciplinés" 

Comme expliqué, les universités concernées vont devoir faire de grands efforts pour accueillir à nouveau leurs seniors au vu des risques médicaux. Un vrai casse-tête qu'ils espèrent résoudre dans les prochains mois. "C'est un flou total", nous confirme Matthias, secrétaire à L'Université des Aînés de l'UC Louvain. "Nous avons beaucoup privilégié l'enseignement à distance ces dernières semaines et comptons le promouvoir encore la saison prochaine", nous répond Jacques Carbonnelle, le directeur de l'UDA de l'UC Louvain.

"Sur base des données actuelles, nous envisageons d’organiser les cours et ateliers sous des formes variables suivant l’activité et leur titulaire. Les locaux n’étant pas extensibles, nous réfléchissons notamment à une alternance entre cours 'en présentiel’ pour une partie du groupe et en temps d’assimilation ou de préparation pour l’autre partie", nous précise-t-on du côté de l'Université de Namur, qui annonce déjà un retour des activités pour la mi-septembre.

Est-ce qu'ils comprendraient qu'ils ne puissent pas revenir sur place ?

Ce ne devrait par contre pas être le cas à Mons. "L'objectif pour nous est de relancer des activités d'ici janvier", nous confirme la direction. "La sécurité à mettre en place est considérable. Nous avons pas mal d'indisciplinés, des gens qui pensent qu'ils sont immortels et ne respectent rien. Il faut gérer l'espace, c'est très complexe. Comment faire, avec les règles actuelles, pour rassembler 250 personnes ? Il nous faudrait une salle gigantesque...", regrettent les responsables de l'établissement montois.

La réalité, c'est que les universités des aînés attendent encore des informations précises, surtout en ce qui concerne le présentiel. "Nous reprendrons en septembre", précise cependant à ce sujet Jacques Carbonnelle, le directeur de l'UDA de l'UC Louvain. 

"3 mois nous séparent de la rentrée de mi-septembre 2020 et beaucoup d’inconnues subsistent encore d’ici-là concernant l’évolution de la pandémie et la prolongation d'éventuelles mesures gouvernementales", enchaîne Caroline Thill, responsable communication de l'UTAN (Université du Troisième Âge de Namur). 

Toutes les universités nous ont cependant exprimé leurs inquiétudes quant à la possibilité de faire venir un public pareil dans le contexte pandémique. Mais tous espèrent en avoir la possibilité et espèrent surtout un présentiel. "Maintenant qu’ils ont le droit à une vie sociale, est-ce qu’ils comprendraient qu’ils ne puissent pas venir sur place ?", résume parfaitement le secrétariat de l'UDA de l'UC Louvain.

 

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