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"La Wallonie peut affirmer qu'elle fait des vins de qualité": comment expliquer l'augmentation du nombre de viticulteurs chez nous?

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Il y a de plus en plus de viticulteurs à travers toutes nos belles régions. Mais que valent ces vins made in Belgium ? La question a été posée à Eric Boschman, sommelier.

Alix Battard: Il y a de plus en plus de producteurs de vins dans notre pays. Comment cela s’explique, selon vous ?

Eric Boschman: "C'est lié à deux phénomènes, d'abord le réchauffement climatique, qui, dans ce cas-ci, est positif. Au cours des trente dernières années, on a pris 1.1 degrés de température et un degré, c'est une remontée des cultures de 200 kilomètres vers le nord de notre hémisphère. Qu'y a-t-il à 200km au sud de nous ? La Champagne, notamment. On a le sol qui permet de le faire. Le bassin parisien monte par exemple jusqu'à Tournai, ce qui a permis au plus ancien vignoble que l'on connait en Wallonie de produire quelque chose qui tient vraiment la route au niveau effervescents. Entre 2016 et 2020, il y a 60 nouveaux domaines. Rien que sur le début de 2021, il y a 15 nouvelles plantations."

Est-ce rentable comme culture ?

"Je pense que celui qui se lance pour l'argent n'a pas bien compris ce que c'était l'agriculture et n'a pas bien compris que le climat est tout de même un peu limite. Il a beaucoup gelé cette année, avec des pertes énormes."

Combien de vins différents trouve-t-on dans notre pays ?

"Question impossible aujourd'hui parce qu'il y a environ 175 domaines qui produisent, rien qu'en Wallonie, sur environ 350 hectares. Il y a deux grandes tendances: une tendance avec des cépages interspécifiques, qui sont des cépages provenant de croisements et qui sont particulièrement adaptés à notre type de climat, qui sont ultra résistants et demandent beaucoup moins de traitement. Et puis, il y a les cépages classiques, Chardonnay, Pinot noir, que l'on connait, comme en France, qui s'exposent à plus de concurrence."

On trouve plus de vin blanc et de bulles chez nous, pourquoi ?

"Le climat. Pour faire du rouge, il faut des possibilités de maturité différentes. On fait des rouges qui tiennent la route."

Et que valent ces vins ? Qu'est-ce qui les démarque des vins français ou italiens que l'on connaît ?

"La vraie difficulté, c'est ça: comment vont-ils se démarquer ? Ceux qui font des interspécifiques se démarquent puisque personne ne fait ça à si grande échelle ailleurs dans le monde. Ils ont donc un goût différent. Les autres, ceux qui font du Chardonnay ou de la bulle plus classique, doivent se démarquer par une qualité extrêmement élevée. Ils jouent face aux Bourguignon qui sont à côté de chez nous, face aux Luxembourgeois. Ça commence à venir. On commence à avoir des choses dont on ne doit pas rougir. Et la Wallonie peut vraiment affirmer qu'elle fait des vins de qualité. Mais ça monte partout, la Flandre, qui avait un petit retard, nous rattrape (...) Je connais particulièrement les vins wallons puisque je suis plus attaché à ça. Mais on n'a aucune raison de douter ou de rougir. Il y a des choses qui sont terribles, d'autres qui ne le sont pas… comme partout ailleurs. Ce qui est fabuleux, c'est qu'on écrit un livre, mais toutes les pages en même temps. Il y a 30 ans, il n'y avait pas. Aujourd'hui, il y a."


 




 

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