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"On a reçu une femme qui est revenue plus de trois fois": Mamy aide les victimes de violences sexuelles à se reconstruire en RDC

En République démocratique du Congo, les victimes de violences sexuelles sont toujours aussi nombreuses. L’une de nos équipes a rencontré une femme qui prend en charge ces victimes jusqu’à leur guérison. Elle travaille auprès du prix Nobel de la paix le docteur Mukwege, à la clinique de Panzi, à Bukavu, dans l'est du pays.

Mamy travaille à l’hôpital de Panzi à Bukavu depuis 2003. En 15 ans, elle a été témoin de nombreuses atrocités : "On vous amène un enfant qui est en train de saigner terriblement et vous vous demandez est-ce que les gens qui ont fait ça, ils raisonnent, ils réfléchissent ? On se demande qu’est-ce qu’il y a au juste au Congo ?"

Infirmière de formation, Mamy Mawazo est ce qu’on appelle une maman-chérie… Un peu comme une assistante sociale, elle accompagne la victime de violences sexuelles durant tout son trajet de soin.


Des récidives de viols

"Nous essayons de les soutenir, de les orienter, de les accompagner dans leurs souffrances et nous essayons de transformer leurs souffrances en joie et cela nous rend vraiment heureuses", confie-t-elle.

Chaque mois, la clinique du docteur Mukwege prend en charge 140 victimes de violences, allant parfois jusqu’à des mutilations sexuelles. Ces victimes et leurs histoires souvent horribles hantent les mamans-chéries.

"On a reçu une femme qui est revenue plus de trois fois, elle a été re-violée. On soigne, on traite, on prend en charge psychologiquement. Elle rentre au village, elle est à nouveau agressée et elle revient chez nous. Ça devient un cercle vicieux et c'est fatiguant", dit Mamy qui se sent parfois impuissante.

Ce cercle vicieux du viol utilisé comme une arme de guerre semble sans fin, dans un pays particulièrement riche en ressources naturelles. Il est alimenté par l’impunité des agresseurs, tant sur le plan judiciaire que communautaire.


À quand de vrais changements?

"Je pense qu’il y a des volontés de briser cette impunité, le nouveau président Tshisekedi a annoncé que l’une de ses priorités était de lutter contre cela. Il y a une volonté de la communauté internationale, il y a une volonté d’acteurs de la société civile, le docteur Mukwege en est un bon exemple. Cela prendra du temps", pointe cependant Olivier Van Eyll, le responsable des programmes en RDC pour Médecins du Monde.

L’Organisation non-gouvernementale Médecins du Monde lance à Bukavu l’opération Communes sans viols, notamment pour prévenir les violences sexuelles et lutter contre l’impunité. Elle soutient la clinique du docteur qui répare les femmes depuis 2015.

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