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Racisme anti-asiatique: des Belges dénoncent les agressions qu'ils subissent

 
 

Ce sont des remarques, des insultes, des agressions verbales voire physiques: les témoignages de racisme anti-asiatique se multiplient sur les réseaux sociaux. Le phénomène n'est pas récent, mais il est plus facilement dénoncé et reconnu aujourd'hui. Nous avons donné la parole à des Belges qui vivent ces comportements racistes depuis des années.

"Chinetoque", "konnichi wa", "tu parles très bien français pour une vietnamienne", "t'as un petit zizi", "t'es jaune", "tu as quand même des formes pour une asiatique", "mangeur de pangolin", "tu fais du karaté", "ching chang chong", "tes parents mangent du chien"…

Voilà un triste exemple des insultes auxquelles des personnes d'origine asiatique font face. Dans le cas de Masaki, Belge d'origine japonaise, ces mots l'accompagnent depuis l'enfance. "Ce sont des choses qui font mal. Ce sont des mots qui sont très réducteurs. On peut parler d'humour, mais à partir du moment où l'humour blesse quelqu'un, est-ce qu'il faut en rire?", interroge Masaki Cogneau.

Des femmes sexualisées sur base de leurs origines

Lorsque la cible des moqueries est une femme, les propos ont tendance à s'orienter vers son corps et sa sexualité. "Je me rappelle avoir 15 ans. Je me promenais dans la rue et un groupe de personnes caucasiennes sont venues vers moi et ils m'ont crié en pleine face 'Katsuni'. A 15 ans, je ne savais pas ce que c'était, je ne savais pas que c'était une actrice porno", confie Anh Thi Bui, Belge d'origine vietnamienne. "On est devenu des cibles de fétichisme".

Je ne sais absolument pas faire l'accent asiatique

Les préjugés s’infiltrent aussi dans le monde du travail, comme en témoigne Robert, comédien. "Le réalisateur voulait que ce soit un asiatique qui double un personnage asiatique. Pour que l'accent soit naturel. Or, moi je suis né à Uccle. Je ne sais absolument pas faire l'accent asiatique et j'ai dû pratiquer toute la nuit, la veille, pour pouvoir faire quelque chose de cliché", se rappelle Robert Bui, un Belge d'origine vietnamienne.

Je ne sortais pas de chez moi sans maquillage

Ce racisme ordinaire et pernicieux peut finir par générer des complexes. "Je ne sortais pas de chez moi sans maquillage. Je me disais 'Non, mes yeux sont trop petits'. Je mettais, à la limite, un pot d'eyeliner pour les rendre un peu globuleux", explique Anh Thi Bui. "Petit, je voulais ressembler à Brad Pitt. Je voulais effacer tous ces traits qui me caractérisaient, de différents. Et donc j'en ai souffert étant plus jeune", confie pour sa part Masaki Cogneau.

Les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux

Sur les réseaux sociaux, les témoignages abondent dans ce sens. Le hashtag #StopAsianHate, stop à la haine contre les asiatiques, est en tendance depuis quelques semaines. Anh Thi Bui nous montre la vidéo d'une femme sur Instagram qui dénonce les propos qu'elle a souvent entendus. "Voici un condensé de ce que j'ai pu entendre dans ma courte vie. A part des nems et du riz, vous bouffez quoi? Du chien? Et du coup, tu parles chinois?", peut-on entendre dans un extrait de cette vidéo, publiée sur le compte Itsdaphnebitchhh.

"Imaginez, si vous confondez un Chinois et un Japonais, c'est comme si vous confondiez un Français et un Turc, en termes de distance", rappelle Robert Bui.

C'est difficile de se construire une identité

Ces raccourcis simplistes à outrance ont conduit ces Belges que nous avons interrogés à questionner leur rapport au seul pays qu’ils ont toujours connu. "C'est difficile de se construire une identité face à des rappels, tous les jours, qui vous disent que vous n'êtes pas dans votre pays. Que vous êtes trop orientale", indique Anh Thi Bui.




 

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