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Anne Gruwez, la magistrate de "Ni juge, ni soumise", se confie sur le film: "Non, je n'ai pas joué"

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La juge d'instruction Anne Gruwez était l'invitée de Pascal Vrebos ce dimanche sur RTL-TVI. Un film-documentaire sur la magistrate est récemment sorti dans les salles: "Ni juge ni soumise". Elle se confie sur le déroulement des tournages.


Pascal Vrebos: Dans votre cabinet, ça se passe exactement comme dans le film?

Anne Gruwez: Oui.

P. V.: Vous n'avez pas joué?

A. G.: Non, je n'ai pas joué, j'ai été moi-même. Parce qu'il est impossible de commencer à jouer quand votre métier est de statuer sur le sort immédiat de quelqu'un. Vous n'avez pas le temps.

P. V.: Vous menacez d'assommer un jeune client, de le plaquer au sol pour prendre son ADN. C'est Rambo! Vous l'auriez fait?

A. G.: Vous voulez que j'essaie?... Bah je crevais de trouille. En fait ce qui se passe, c'est que la loi permet d'utiliser la force strictement nécessaire pour prendre l'empreinte génétique de quelqu'un. Le type ne voulait pas, il fallait donc aller au rapport de force. Dans cette hypothèse-là, le premier qui a peur est mort. Il a eu peur avant que je ne montre ma trouille.

P. V.: Sinon… vous êtes…?

A. G.: Oui! J'ai suivi des cours de self defense. Je peux vous assommer là comme ça. Tout à fait. Sauf que j'aurais la trouille de vous blesser.

P. V.: Dans ce film, il y a un passage incroyable. C'est une mère infanticide qui vous raconte des choses monstrueuses. Et vous, vous faites comme si c'était normal. Est-ce que vous essayez de saisir la folie au plus près?

A. G.: Oui, ça c'est vrai. Il n'y a pas de jeu chez moi. Ce n'est pas que je fais comme si c'était normal. Je m'élimine complètement pour pouvoir saisir la manière, l'état dans lequel elle a commis les faits. Je m'élimine complètement pour être tout à fait à elle, traduire le mieux possible pour le juge du fonds après, l'état dans lequel elle se trouvait.

P. V.: Vous avez de la compassion pour ceux qui arrivent chez vous et que vous interrogez?

A. G.: Une certaine forme d'empathie, certainement. De la compassion, c'est souffrir avec. Il est très difficile de souffrir avec quelqu'un. Par contre, souffrir à côté de lui, c'est possible.

P. V.: Une chose qui m'a frappé dans ce documentaire, c'est que vous n'avez, pour ainsi dire, que des maghrébins dans votre cabinet.

A. G.: Non, je n'ai que des Bruxellois. En fait, je suis juge d'instruction sur Bruxelles Hal-Vilvorde pour tous ceux qui parlent français, et ce que j'ai ce sont des Bruxellois. Si on me parle de gens d'origine étrangère, jusqu'où remonte-t-on? Ma famille est arrivée avec le duc d'Albe, comme les envahisseurs. Je pense qu'il est inutile d'en faire un plat. Nous sommes tous dans le même bain.

P. V.: Mais c'est du hasard? Ou vous avez quand même parfois un autre type de population?

A. G.: Ça, vous devez demander au réalisateur. Les thèmes ont été choisis pour l'histoire qu'ils représentaient et la réflexion qu'ils permettaient, et pas en fonction des acteurs. Si vous allez dans le bureau de mon excellent collègue Michel Claise, vous allez trouver une toute autre clientèle. Moi ce que j'ai comme clientèle, c'est celle de la misère bruxelloise, point. Qu'elle soit maintenant blanche, brune ou noire ne présente que peu d'intérêt.

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