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Aurons-nous assez d'électricité cet hiver? La ministre, inquiète, regrette la vente de nos centrales au groupe français Engie

 

Y aura-t-il assez d'électricité pour tout le monde cet hiver ? La ministre de l'Énergie se repose la question... Selon les prévisions, l'approvisionnement est assuré pour 2018, mais les choses sont moins claires à partir de janvier. Marie-Christine Marghem a convoqué une réunion avec les acteurs de l'énergie ce matin. Réunion à laquelle Benoit Duthoo et Eric Poncelet ont assisté pour le RTL Info 13H.

À priori pas de pénurie d’électricité pour les fêtes de fin d’année, les guirlandes des sapins seront allumées. Mais pour janvier et février, c’est désormais l’incertitude. La centrale Doel 1 devait être remise en service le 10 décembre. On vient d’apprendre que ce sera le 31 janvier. Tihange 3 qui devait refonctionner le 2 mars pourrait par contre rouvrir en janvier mais pour des raisons techniques, tout dépend de l’accord de l’agence de contrôle nucléaire. La ministre de l’Energie, de l’Environnement et du Développement durable est donc inquiète. Elle estime ce mercredi que le fait que la Belgique ait vendu ses centrales nucléaires à un opérateur étranger n'était sans doute pas le choix le plus judicieux.



La grande incertitude pour 2019

"Je considère depuis le début que tout changement, toute contrariété et tout report est source de difficultés supplémentaires et que dès lors il faut chaque fois avoir un surcroît de mobilisation, pour pouvoir assurer et garantir et protéger le consommateur contre un risque de pénurie d’électricité", souligne la ministre.

Marie-Christine Marghem était quasiment dans l’avion hier pour partir en Egypte à la COP 14 consacré à la biodiversité. L’annonce du report de la mise en service de Doel 1 lui a fait faire demi-tour et convoquer une réunion de crise ce matin en présence d’Electrabel. Electrabel dont le propriétaire, le Français Engie, est désormais pointé du doigt.


La faute au Français Engie ?

"Toutes les difficultés que nous vivons, elles sont dues à un sous-investissement structurel. Ça commence à bien faire, ça commence à être très problématique, parce que nous sommes liés à un exploitant dont le propriétaire est à l’étranger et qui manifestement ne se soucie pas suffisamment de mettre en état ses infrastructures pour fournir le service que nous rémunérons à travers toutes nos factures d’électricité", argumente Marie-Christine Marghem.

La ministre va même ce matin jusqu’à regretter la vente d’Electrabel au groupe français.

Marie Christine Marghem, qui en appelle à la responsabilité collective, a en outre fustigé le "sous-financement structurel de l'exploitant et de sa maison-mère (Engie, NDLR), qui ne se soucie pas suffisamment de l'approvisionnement en Belgique qu'elle voit peut-être comme une 'quantité négligeable'". "Je suis pointée du doigt comme si j'étais un technicien de ce parc nucléaire mais le gouvernement n'est pas propriétaire du parc nucléaire", a-t-elle encore martelé. "Je commence à être en colère. Sur mon échelle de Richter, je suis à 3 sur 10 mais attention, c'est exponentiel", a-t-elle averti. Electrabel avait annoncé mardi soir que les travaux sur Doel 1 (dont le redémarrage avait été estimé au 10 décembre) prendraient plus de temps que prévu et qu'une reconnexion au réseau de celui-ci ne serait pas attendue avant fin janvier de l'année prochaine.

Les équipements de Doel 2 seront également examinés durant les quinze jours à venir. "Nous aurons les résultats fin novembre, ce qui nous permettra d'avoir une vue d'ensemble sur les capacités et d'anticiper pour les mois de janvier et février. Je mets actuellement la pression sur l'opérateur, qui est responsable de cette situation", a encore précisé Mme Marghem, qui regrette la décision prise par le passé d'avoir vendu les centrales nucléaires à l'étranger. "Il valait mieux garder le pouvoir financier sur notre sol afin d'exercer une pression étroite à son égard, sachant que les infrastructures du parc doivent être entretenues pour fonctionner correctement et que l'exploitant doit prévoir l'argent nécessaire pour le démantèlement des centrales au-delà de 2015. C'est toujours facile de réécrire l'histoire après coup mais, dans une situation où un producteur d'énergie détient 54% de la capacité de production du pays, c'est systémique pour les Belges qui en subissent les conséquences aujourd'hui", insiste-t-elle encore. A l'inverse, Tihange 3 pourrait revenir plus rapidement que prévu, en janvier, si la méthodologie d'action proposée par Electrabel est acceptée. "C'est un élément crucial. Le retour de ce réacteur dépend d'une analyse formelle dont seule l'AFCN a les clefs", a ajouté la ministre qui parle de "complexité formelle".

La ministre a encore souligné avoir saisi le Conseil d'Etat le 27 juillet dernier sur l'avant-projet de loi renforçant le rôle de l'Etat dans le contrôle des provisions nucléaires et n'avoir reçu encore aucun avis de l'instance. Actuellement, seuls deux réacteurs sur sept produisent de l'électricité en Belgique: Doel 3 (1006 KW) et Tihange 1 (962 KW, redémarré lundi dernier).


La réaction d'Engie Electrabel

Engie Electrabel a réagi mercredi en soulignant que 200 millions d'euros étaient investis par an dans les centrales. Plus spécifiquement, 700 millions d'euros supplémentaires ont été injectés pour le prolongement de Doel 1 et 2, ainsi que 600 millions pour Tihange. "Nous investissons constamment pour pouvoir garantir la sécurité et exploiter nos centrales", a noté Engie Electrabel.

 

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