En ce moment
 
 

Coronavirus - Indemnité wallonne: "Une esthéticienne y a droit alors qu’une thérapeute comme moi non", regrette une géobiologue

Coronavirus - Indemnité wallonne:
CORONAVIRUS

Le coronavirus en Belgique perturbe fortement la vie des citoyens, mais aussi des entreprises. Le gouvernement wallon avait ainsi annoncé il y a plusieurs jours avoir décidé d'octroyer une indemnité forfaitaire de 5.000 euros aux entrepreneurs de certains secteurs ayant dû cesser leurs activités en raison des mesures prises pour lutter contre le coronavirus. Alexandra n’a actuellement pas droit à cette "précieuse" aide et elle aimerait savoir pourquoi. Elle a contacté notre rédaction via le bouton orange Alertez-nous et nous avons contacté le cabinet du ministre wallon de l'Economie Willy Borsus pour en savoir plus.

Alexandra est indépendante et géobiologue professionnelle depuis quelques années. Comme de nombreux belges, son activité a dû être temporairement interrompue suite aux mesures de confinement prises par le conseil national de sécurité.

"Je comprends les mesures. Mais on se retrouve du jour au lendemain sans revenu. Les charges sont là. Il faudra payer les cotisations sociales, la TVA, alors qu’on n’a plus rien qui rentre. Ce qui n’est pas juste, c’est que j’ai l’impression que les aides ont été faites au 'vogelpik', au hasard", fustige-t-elle. Précisons d'emblée que les indépendants bénéficient de plusieurs mesures mises en place au niveau fédéral: possibilité de report de cotisations sociales et octroi d'un revenu de remplacement ("droit passerelle") sous certaines conditions.

Une esthéticienne y a droit alors qu’une thérapeute comme moi, n’y a pas droit

De par sa profession, Alexandra est amenée à être en contact avec plusieurs personnes tous les jours. Impossible pour elle de continuer à travailler.

"Je suis géobiologue. J’étudie donc notamment des environnements afin d’identifier et traiter les perturbations qui ont une influence néfaste sur l’homme. Ces perturbations peuvent notamment être des ondes liées aux champs magnétiques et électriques, courants d'eau souterrain, failles géologiques…", écrit-elle sur son site internet.

Elle poursuit: "Je fais donc des expertises de maison, je donne des soins aux personnes et je donne des formations. Je me déplace dans toute la Belgique donc je ne pouvais plus travailler. Je donne parfois des cours à 15-20 personnes, ou je fais des expertises qui durent 3-4 heures…", explique-t-elle. "J’ai dû tout arrêter dès le début de la crise, mais je n’ai pas droit à des indemnités. Une esthéticienne y a droit alors qu’une thérapeute comme moi, n’y a pas droit, alors qu’on est contact avec les personnes de la même façon. Je suis à l'arrêt depuis le 14 mars."

Alexandra s’est rendue sur le site de la Région wallonne afin d’introduire une demande d’indemnisation et elle a obtenu une réponse négative.

J’ai de la chance de ne pas avoir de grosses charges

"Quand on va voir pour obtenir une indemnité Covid, il est écrit que tout l’Horeca aura droit aux 5.000 euros mais aussi toutes celles qui ont le code Nace 96 (code qui concerne les "services personnels"). Je me suis dit ‘Chouette, je l’ai’. Comme j’étais à l’arrêt depuis le début, j’ai fait la demande mais en fait on me répond ‘non’. Quand j’introduis mon dossier, je me rends compte que je n’ai pas droit à cette indemnité car il y a des sous-catégories. Je suis dans la catégorie 96.099 et elle ne fait pas partie de métiers éligibles. C’est un peu injuste car si on rentre dans certaines cases, on l’a, dans d’autres, on ne l’a pas", confie l’habitante de Jemeppe-sur-Sambre.

Selon elle, sa "catégorie" a été oubliée. "On m’a dit clairement que ma sous-catégorie n’est pas prise en compte. Cela peut encore évoluer heureusement... J’ai la chance de ne pas avoir de grosses charges. Je ne loue pas un magasin. Si ça ne dure pas deux ans, je vais m’en sortir. Mais imaginez la situation de certains indépendants, qui vont tout droit à la faillite. Pour certains indépendants, ne pas être aidé, c’est catastrophique. Heureusement que je ne vis pas seule. Sinon je ne sais pas ce que je ferais", conclut-elle.

 
 

Les géobiologues pas concernés pour cette indemnité? La Région wallonne répond

Pour tenter de savoir pourquoi son secteur d’activité ne pouvait actuellement pas bénéficier d’une indemnité de la part de la Région wallonne, nous avons contacté Pauline Bievez, la porte-parole du ministre wallon de l'Economie Willy Borsus. "Il faut à la fois avoir le code Nace adéquat et être fermé évidemment. Au niveau du code 96, il faut savoir qu’il englobe les funérariums. Or, les pompes funèbres ne sont pas fermées… On se donne encore quelques jours pour analyser toutes les situations comme celles des indépendants (ndlr: comme Alexandra), qui ne sont pas reprises mais dont les activités ont été mises à l’arrêt."

Le cabinet du ministre Willy Borsus dit également vouloir analyser les interventions des autres niveaux de pouvoir "car le fédéral a annoncé d’autres mesures de soutien ce vendredi et la fédération Wallonie-Bruxelles va lancer un fonds d’indemnisation mais n’a pas encore dit comment elle allait ventiler ce fonds. Nous allons voir ce qui va être couvert avec leur fonds. Les associations culturelles, pour la jeunesse et sportives devraient en faire partie. Mais nous allons observer ça de près. Nous travaillons aussi sur des solutions alternatives pour permettre aux secteurs qui ne seraient pas repris dans l’indemnisation des 5.000 euros de pouvoir quand même traverser la crise."

La porte-parole Pauline Bievez demande aussi aux indépendants et entreprises d’arrêter de comparer "avec les voisins". "Il ne faut pas se comparer les uns aux autres car chaque situation est particulière. Nous avons laissé la possibilité d’introduire une demande d’indemnité avec une analyse manuelle de l’administration. Si on est refusé dans le système, il y a toujours moyen d’envoyer un ticket. Une analyse serait faite par les inspecteurs pour voir si l’entreprise était vraiment fermée", ajoute-t-elle. "Personne n’a encore touché d’indemnité. La difficulté est qu’il y a un panel de situations diverses qu’on doit analyser au cas par cas. Cela évoluera à la marge. On ne va faire un élargissement significatif en ajoutant un secteur. Il se peut que des situations très spécifiques puissent être indemnisées. Il y a un nombre infini de micro situations à prendre en compte. Il y aura des ajustements et des alternatives pour les personnes qui ne pourraient pas obtenir les 5.000 euros."

Pauline Bievez précise par ailleurs que 42.000 dossiers ont été introduits et acceptés en une semaine concernant l'indemnité de 5.000 euros.

Les secteurs d'activités qui peuvent recevoir l'indemnité

La Wallonie rappelle sur son site internet d'indemnisation les secteurs d'activité qui peuvent prétendre à l'indemnité de 5000 euros. Il faut être actif dans un des secteurs définis comme éligibles parce qu’ayant dû fermer (Code Nace):

- La restauration (code NACE 56, sauf 56.102)

- L’hébergement (code NACE 55)

- Les activités des agences de voyage, voyagistes, services de réservation et activités connexes (code NACE 79)

- Le commerce de détail (code NACE 47 – hors 47.20 et 47.73. Le code 47.62 est éligible sauf les press shops)

- Les services personnels (code NACE 96)

- Autres secteurs :

autocaristes (code NACE 49390)

attractions touristiques (article 110 d du code wallon du tourisme)

forains (code NACE 93211)

car-wash (code NACE 45206)

Les autres conditions pour recevoir l'indemnité

Être une petite ou micro-entreprise telle que le décrit la législation, à savoir :

- occuper moins de 50 personnes

- avoir un chiffre d'affaires annuel ou un total du bilan qui n’excède pas 10 millions EUR

- Respecter le critère d’indépendance tel que fixé par le décret.

- Pouvoir prouver une activité avant le 12 mars 2020 ;

- Avoir payé des cotisations sociales en 2018

- Exercer votre activité en Wallonie soit à l’adresse du siège de votre entreprise soit à l’adresse d’un autre siège d’exploitation de votre entreprise.

 

Vos commentaires