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"Nous sommes à l'arrêt comme tout le monde" MAIS l'école de tennis de La Hulpe, comme tous les clubs de sport, ne recevra pas d'indemnité wallonne

 
CORONAVIRUS
 

Le coronavirus en Belgique a forcé les autorités à prolonger la fermeture des lieux qui accueillent du public, jusqu'au 19 avril inclus. Les clubs sportifs en font partie, et certains ne cachent pas leurs craintes quant à leur avenir financier. C’est le cas d’un couple de La Hulpe (Brabant wallon) qui gère une école de tennis. Stéphanie et Yves, qui s’en occupe depuis 20 ans, se sentent mis de côté par les autorités, qui ne leur proposent pour le moment aucune indemnité pour affronter la crise sanitaire.

Yves, 52 ans, et Stéphanie, 36 ans, habitent La Hulpe et ils ont contacté la rédaction de RTL info car ils se retrouvent dans une situation compliquée liée au statut de leur entreprise, une école de tennis qu’ils ont pu faire évoluer depuis le début des années 2000.

"C’est le bourgmestre de ma commune, Christophe Dister, qui était venu me chercher pour reprendre l’école de tennis. Il y avait alors peu d'enfants", raconte Yves. "Depuis lors l’école a progressé, on a commencé à créer un tournoi, des animations… pour en arriver aujourd’hui à 650 élèves. L’objectif est de détecter des enfants qui ont du talent et leur permettre de progresser. Mais c’est une école de vie avant tout."

Le tennis m'a permis de rencontrer ma femme et d'avoir 3 beaux enfants

Durant son parcours tennistique, Yves a suivi une formation à centre tennis-étude à Mons avant de s’envoler vers les Etats-Unis pour parfaire son jeu. Sur sa route, il a notamment affronté lors d’un stage, les meilleurs joueurs français, comme Guy Forget, Henri Leconte ou encore Cédric Pioline.

Mais un accident de voiture a stoppé net ses ambitions de l’époque. "J’ai eu un accident de voiture assez grave, en tombant dans un ravin de 15 mètres. Cela a coûté énormément d’argent à mes parents. J’ai fait ensuite plusieurs boulots dans des restaurants, des vidéothèques… tout en donnant des cours de tennis. Les deux n’étaient pas compatibles et je suis revenu à mon premier amour qui est le tennis, à temps plein. C’est une religion. J’ai eu deux tumeurs au cerveau et le fait d’être bien entouré, avec des enfants, m’a permis de sortir de cette maladie… Cela m’a permis de rencontrer ma femme et d’avoir trois beaux enfants."

On n’a pas réalisé tout de suite l’ampleur du problème

Depuis le 14 mars dernier, Yves essaye de trouver des solutions afin que son école de tennis puisse traverser la crise sanitaire sans trop de dégâts.

"Je suis très heureux de passer du temps en famille car je travaille 7 jours sur 7. C’est donc exceptionnel de pouvoir passer autant de temps avec mes enfants, mais d’un point de vue financier c’est très dur", confie-t-il.

"Nous avons cru que ça allait être court. On n’a pas réalisé tout de suite l’ampleur du problème", ajoute Stéphanie, sa compagne. "Nous avons reçu un mail le 14 mars pour nous dire qu’on ne pouvait plus donner de cours de tennis. Nous avons averti nos clients et on ne s’est pas rendu compte que ça allait être si long.  Nous avions d’ailleurs dit à nos clients que les cours manqués allaient être rattrapés à Pâques."

La crise sanitaire et les mesures de confinement strict qui ont été prises par les autorités, interviennent par ailleurs à un moment-clé pour l’école de tennis.

14 entraîneurs sans les revenus des cours de tennis

"On se retrouve dans une situation hyper embarrassante", poursuit Stéphanie. "Il y a tout d’abord 14 indépendants qui travaillent pour nous, et qui ont des revenus à travers les cours de tennis. Mais on est aussi dans une période durant laquelle toute notre clientèle devait se réinscrire à travers des journées portes ouvertes (organisées généralement mi-mars), pour la période "printemps" qui s’ouvre le 20 avril et se referme le 30 juin", précise-t-elle.

"Ce n’est pas confortable car on ne sait pas quand les activités pourront reprendre. La position qu’on a prise auprès de notre personnel est de leur dire que dès qu’on a le feu vert ils pourront donner leurs cours. Mais nos clients nous disent ‘Ok je veux bien m’inscrire, mais je ne paie pas car je ne sais pas quand vos activités vont pouvoir reprendre’. On est donc à 10% des inscriptions qu’on devrait avoir habituellement. Et on n’a pas de rentrées financières puisque les gens ne paient pas. Au niveau des pertes, ne pas pouvoir donner de stages, ça se ressent directement, c’est catastrophique."

Une configuration rare pour un club de tennis

Leur école "TEAMS", gérée par leur société Jeux de Paume, se trouve dans une situation qui n’est pas la configuration classique d’un club de tennis. "Ici à La Hulpe, c’est un club qui est une ASBL (TC 1310) gérée par des bénévoles. Et au sein de ce club, notre école, qui est une société, loue les terrains et les infrastructures auprès de l’ASBL. Il y a aussi le restaurant qui est une autre entité, locataire des infrastructures Horeca au sein du club. L’ASBL chapeaute des locations et délègue la mission pédagogique et l’école de tennis à notre société", résume Stéphanie.

On se sent un peu seuls 

La Hulpoise craint ainsi d’être "oubliée" par les autorités dans l’octroi des indemnités délivrées par la Région wallonne et se dit étonnée que le domaine du sport soit "complètement mis de côté".

"On se sent un peu seuls par rapport à cette situation car le côté Horeca du club, aura une indemnité de 5.000 euros. On voit autour de nous que les commerçants reçoivent aussi cette indemnité. De notre côté, nous sommes à l’arrêt comme tout le monde et on n’a pas d’aide financière. On ne comprend pas pourquoi le sport n’est pas plus soutenu", regrette-t-elle. "Les clubs sportifs ne sont pas que des bénévoles et des ASBL. Nous sommes bien une société et on va en pâtir de cette crise. Notre comptable s’occupe de toutes les démarches, on nous dit actuellement qu’on n’a pas droit à une indemnité. Il n’y a même pas moyen de déposer une plainte ou une requête. On est bloqué dès la première introduction."

Les écoles de sport ne sont pas "éligibles" pour l'indemnité de 5.000 euros

Pour tenter de savoir pourquoi son secteur d’activité ne pouvait actuellement pas bénéficier d’une indemnité de la part de la Région wallonne, nous avons contacté Pauline Bievez, la porte-parole du ministre wallon de l'Economie Willy Borsus. 

"Les salles de sport et les clubs sportifs ne sont pas dans les secteurs considérés comme éligibles à ce stade car on a limité nos mesures aux compétences Région wallonne. Tout ce qui est sport, culture et jeunesse, c’est une compétence de la Fédération Wallonie-Bruxelles. A ce stade, nous n’avons pas étendu nos mesures de soutien. Elles sont destinées au secteur économique. Ils ont raison, ils n’ont pas été inclus au départ."

Le cabinet du ministre Willy Borsus dit également vouloir analyser les interventions des autres niveaux de pouvoir "car le fédéral a annoncé d’autres mesures de soutien ce vendredi et la fédération Wallonie-Bruxelles va lancer un fonds d’indemnisation mais n’a pas encore dit comment elle allait ventiler ce fonds. Nous allons voir ce qui va être couvert avec leur fonds. Les associations culturelles, pour la jeunesse et sportives devraient en faire partie. Mais nous allons observer ça de près. Nous travaillons aussi sur des solutions alternatives pour permettre aux secteurs qui ne seraient pas repris dans l’indemnisation des 5.000 euros de pouvoir quand même traverser la crise."

Pauline Bievez précise par ailleurs que 42.000 dossiers ont été introduits et acceptés en une semaine concernant l'indemnité de 5.000 euros.

 




 

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