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La libération conditionnelle, comme celle de Michelle Martin, est-elle positive? "C’est une garantie pour la société" (vidéo)

Les criminels peuvent-ils purger leur peine hors de prison ? C’est la question posée ce midi dans l’émission « Pour ou Contre ».

Fanny Rochez: La Belgique accepte encore difficilement la liberté conditionnelle de l’ex-femme de Marc Dutroux. Elle était condamnée à 30 ans de prison en 2004, libérée en 2012. Ce sont beaucoup d’émotions, une affaire qui a fait grand bruit, qui nous attriste tous encore aujourd’hui… Quelque part, libérer une Michelle Martin, est-ce concevable ?

"On part du principe que l’être humain peut changer, explique Yannick De Vlaemynck, avocat pénaliste. A partir de ce moment-là, n’importe qui pourrait être libéré. Maintenant, il y a toute une série de vérifications qui sont faites. Une enquête psychosociale est faite par rapport au comportement adopté par la personne concernant sa remise en question. Il y a des psychiatres, des psychologues, des assistants sociaux qui rencontrent les personnes et qui émettent des avis. Avant de sortir de prison et d’obtenir une libération conditionnelle, bien évidemment, il y a tout un encadrement que vous devez préparer. Donc, à partir d’un certain moment, si le plan de reclassement est en ordre et si les différents intervenants psychosociaux estiment que c’est possible que vous sortiez de prison, qu’il n’y a pas de risque de récidive, on peut donner la chance à la personne de sortir avant la fin de sa peine."

Difficile, évidemment, de mesurer le risque de récidive…

 "Michelle Martin était déjà condamnée en 1989, elle a déjà eu une liberté conditionnelle, précise Etienne Dujardin, juriste. Marc Dutroux avait aussi été condamné, il a aussi eu une libération conditionnelle. On l’a vu dans les affaires de terrorisme, beaucoup de gens ont eu droit à une liberté conditionnelle. Ne faut-il pas un principe de précaution beaucoup plus fort, qui permettrait de voir si la personne est vraiment dangereuse ou pas ? Parce que beaucoup de gens sont tout de même passés à travers les mailles du filet."

"Il y a un problème de moyens au niveau de la justice, c’est certain, répond Yannick De Vlaemynck. Ce qui fait que certaines personnes passent au travers des mailles du filet. Je pense que la libération conditionnelle, c’est une garantie pour la société. Ça permet de vérifier ce que devient la personne. Donc puisque la personne doit rendre des comptes auprès de son assistant de justice, lui apporter la preuve qu’elle travaille ou qu’elle cherche de l’emploi, on a une garantie en tout cas pour regarder ce qu'elle fait. Si une personne va jusqu’à la fin de sa peine, on ne peut plus lui demander des comptes. C’est le gros avantage de la libération conditionnelle."

"Je pense qu’en fait, on pourrait demander des comptes aussi aux personnes qui sortent de prison et ont purgé l’entièreté de leur peine, surenchérit Etienne Dujardin. Je pense qu’il faut un suivi après la peine et dans tous les cas. Les gens qui ont été condamnés à 30 ans de prison, il faut les aider à trouver du travail, à se réinsérer. La société pourrait aussi prévoir, mais c’est vrai que c’est une question de moyens, un suivi beaucoup plus grand de toutes les personnes. Je pense qu’il faut tout de même faire attention, parce qu’on voit qu’il y a beaucoup de récidives sur des prisonniers déjà condamnés. Peut-on dire, comme aujourd’hui, qu’on peut ne pas exécuter des peines de moins de 3 ans, qu’on peut libérer les gens à 2/3 de leur peine…"

 "On les exécute différemment qu’en prison, mais moyennant le port d’un bracelet électronique. Ce qui permet d’avoir un certain contrôle et permet à une personne d’être condamnée et de purger une peine. Ça reste de la détention", conclut Yannick De Vlaemynck.

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