En ce moment
 

Le co-fondateur d'une école de codage gratuite dit ce qu'il pense de l'enseignement francophone

A quelques jours de la rentrée des classes, RTLinfo parle enseignement avec notre série "On refait l'école". Ce lundi, l'invité du jour était John-Alexander Bogaerts, co-fondateur de l'école de codage 19. Il a répondu aux questions d'Olivier Schoonejans en direct dans le RTLinfo 13H.

Olivier Schoonejans: Un mot d'abord de ce que c'est l'école de codage?

John-Alexander Bogaerts: Le codage, ce n'est pas de l'encodage. Beaucoup de personnes un peu plus âgées pensent que c'est encoder des données. Absolument pas. Pour résumer, c'est tout ce qu'il y a derrière votre tablette ou ordinateur. C'est une langue qui a été créée il y a une quarantaine d'années, dans les années 70, qui est la langue de l'informatique. On code en langage C, en C++, en Ruby. C'est une langue nouvelle qui évolue tous les jours.

O. S.: Vous ouvrez une école qui est gratuite et pour laquelle il ne faut pas de diplôme. Votre constat, c'est que l'école classique ne convient pas à tout le monde?

J.-A. B.: C'est exactement ça. Elle fonctionne très bien d'une certaine manière, et d'une autre pas du tout. On continue à former de remarquables médecins et chercheurs, je ne vais pas vous l'expliquer avec le Télévie, de très bons avocats, de très bons ingénieurs… Néanmoins on a bafoué dans les années 80 beaucoup de métiers traditionnels, comme menuisier, électricien, etc. Tout ça a été un peu bafoué au profit de sciences po et sciences sociales. Ensuite, l'enseignement a de moins en moins de moyens. C'est vraiment le drame de ces cinquante dernières années. En Francophonie, on a encore la plupart de nos écoles qui sont avec des tableaux, des éponges et des craies, c'est intolérable.

Et on a raté le virage du digital. Là par contre on ne peut en vouloir à personne, parce que s'il y a dix ans on vous avait expliqué que 80% du trafic se ferait via votre tablette ou iPhone, il y a dix ans l'iPhone n'existait pas (NDLR: petite rectification, le premier iPhone a été lancé en 2007). Personne n'aurait pu l'imaginer, ça a été trop vite. Et c'est vrai que dans le secteur privé, on est plus apte à combler ce manque assez vite.

O. S.: Et vous attendez quoi de l'enseignement aujourd'hui?

J.-A. B.: J'attends qu'il évolue un peu plus rapidement. Pour donner un exemple, Jean-Claude Marcourt je l'avais rencontré lorsqu'on avait annoncé dans la presse qu'on lançait cette école de codage, avec mon co-fondateur. Il m'avait dit qu'il avait déjà visité l'école 42 à Paris et qu'il trouvait ça formidable. Alors ma question est: pourquoi est-ce qu'il ne l'a pas fait lui-même? S'il a trouvé ça formidable, je crois que c'est un monsieur intelligent, c'est qu'il a eu envie de le faire et il n'a pas pu. Vous savez, il y en a un qui a très bien compris ça, c'est Paul Magnette à Charleroi. Le projet CATCH de Charleroi est assez remarquable. Lui, il a compris que le digital était un des avenirs de l'emploi. Parce que si nous on a créé une école de codage, c'est parce qu'on manque de codeurs. Nous on est là pour palier l'emploi. Je ne suis pas un obsédé du codage, loin de là, je ne sais pas coder.

O. S.: Justement, l'avenir ça passe par quoi? Uniquement par les écoles comme les vôtres, qui correspondent directement à ce que les entreprises peuvent attendre en termes de main-d'œuvre? A des écoles publiques dans un enseignement classique? Y a-t-il un bon mélange entre les deux?

J.-.A. B.: Pour l'instant, la solution on ne l'a pas. Il fallait que quelqu'un se lance. Il y a d'autres actions, comme BeCode, qui est d'ailleurs aidé par le ministre De Croo et qui fonctionne très bien. Il y a Molengeek. Il y en a beaucoup. On n'est pas les seuls sur le marché, mais on a la chance de représenter 42 à Paris et San Francisco, qui est la meilleure école de codage au monde. D'ailleurs, ce n'est pas une formation de trois mois, c'est une formation de trois ans 100% gratuite. Mais quand vous venez chez nous, vous aurez un emploi 100% garanti.

Vos commentaires