Le ministre Jeholet propose de réduire l'obligation scolaire à 16 ans: voici l'avis d'un élève, d'un patron et d'une prof

L'obligation scolaire est actuellement fixée à 18 ans. Le ministre wallon de l'Emploi, Pierre-Yves Jeholet (MR), propose d'abaisser cet âge légal à 16 ans. L'idée fait débat. Nos journalistes Julien Modave et Philippe Lefever ont rencontré des élèves, un patron et une directrice d'école.

Notre équipe s'est rendue sur un chantier à Amay où Thibaut était en train de placer des briques pour bâtir le mur d'une maison. À 19 ans, le jeune homme est encore en apprentissage. Il passe un jour par semaine à l’école, et le reste du temps sur chantier. "J'ai décidé de venir travailler parce que j'en avais marre de l'école", confie-t-il.

Pourtant, il n’aurait pas aimé quitter l’école à 16 ans. C'est bien trop tôt selon lui. "Maintenant au plus jeune âge on veut arrêter de travailler. Mais c'est pas la bonne idée, parce qu'on n'est jamais sûr de ce qu'on veut faire. Il vaut mieux attendre et faire quelque chose, pas spécialement qu'on aime… mais il vaut mieux attendre", confie l'apprenti maçon.

Pour moi, c'est un peu tôt

La demande d'abaisser l'âge légal scolaire à 16 ans provient notamment du secteur. Comme d’autres patrons, Cédric Gilles est demandeur de main d’œuvre… mais pas n’importe laquelle. "Je cherche, c'est toujours intéressant des jeunes, mais on en a des motivés, et il y en a qui ont arrêté l'école juste pour dire qu'ils ne vont plus à l'école, qu'ils vont sur chantier et bon… c'est pas comme ça que ça va. C'est intéressant, mais pour moi c'est un peu tôt", confie le patron d'une société de construction.

Sans diplôme, pas d'allocation d'attente et probablement pas non plus de qualification

Dans les écoles aussi, on s’interroge. Quitter l’enseignement à 16 ans, est-ce vraiment la meilleure méthode pour éviter le décrochage? Dans l'école de Liège que nos reporters ont visité, 240 élèves sont en formation en alternance. Et ce que garanti l’école, c’est un suivi et une qualification. "S'ils sortent de l'enseignement pour aller vers la formation, eh bien ils n'auront pas de diplôme. Et sans diplôme, pas d'allocation d'attente, notamment, et probablement pas non plus de qualification", explique Isabelle Gathot, directrice de l'Institut Don Bosco.

L’idée du ministre wallon de l’Economie est pour l’instant une simple réflexion sur l’adéquation entre enseignement et le chômage. "Si on veut lutter contre l'échec et le décrochage scolaire, l'obligation scolaire doit commencer chez l'enfant beaucoup plus tôt. Mais il faut aussi réduire l'obligation scolaire à 16 ans", estime le ministre libéral. "Pourquoi maintenir dans un système jusqu'à 18 ans des jeunes qui ont peut-être envie de se former à un métier mais pas dans un dispositif scolaire? Pour toute une série de publics, c'est dans l'entreprise qu'on arrivera à les former", poursuit M. Jeholet.

Son parti, le MR, au pouvoir au fédéral, n’a cependant pas l’intention de modifier la loi sur l’enseignement obligatoire…

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