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Le point sur la mobilisation région par région et les désagréments secteur par secteur

 
 

Si ce mercredi n'est pas jour de grève générale, elle en a tout de même en peu l'air en Wallonie. Le trafic des trains est perturbé depuis hier soir. Le réseau des TEC est presque à l’arrêt, contrairement à la STIB à Bruxelles. A Brussels Airport, plusieurs vols vers le Portugal et l'Espagne sont annulés. Côté revendications, les syndicalistes et travailleurs se sont confiés aux micros de RTL. Ils ont peur pour l'avenir à cause d'une Europe qui impose une austérité qui tue les peuples à petit feu.

A l'appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), "une journée européenne d'action et de solidarité" se déroule, aux quatre coins de l'Europe ce mercredi pour dénoncer les mesures d'austérité en vigueur dans plusieurs pays européens. Le mouvement, qui vise également à demander des emplois de qualité, une solidarité économique entre les pays d'Europe et la justice sociale, est suivi en Belgique mais l'ampleur et la nature des actions varient en fonction des régions et des secteurs. Retrouvez la liste des perturbations ci-dessous dans "TRANSPORTS ET ADMINISTRATIONS". Quant aux actions des syndicats et leurs revendications, elles sont détaillées au bas de l'article dans "MANIFESTATIONS ET RASSEMBLEMENTS".

> AUSTERITE: VOS TEMOIGNAGES

> VIDEOS: TOUS LES REPORTAGES DU JOURNAL DE 13H

> POURQUOI CETTE JOURNEE D'ACTION EUROPEENNE ?

TRANSPORTS ET ADMINISTRATIONS


Pour le secteur public, il y a des perturbations dans l'ensemble des services publics, et notamment sur le rail, à la poste, chez Belgacom ou aux TEC, mais il n'est pas question pour autant d'une paralysie complète. L'aviation n'est pas touchée en Belgique, mais subit les conséquences des grèves espagnoles et portugaises. L'enseignement est également modérément touché. Dans la grande distribution, peu de magasins sont fermés.

 

"On m'a dit qu'il y avait grève mais je ne pensais pas que c'était sur tout le réseau"

La grève de 24 heures sur le rail, débutée mardi à 22h00, se fait fortement sentir ce mercredi matin. En Wallonie, mis à part quelques trains entre Jemelle et Luxembourg ainsi qu'entre Dinant et Bertrix, aucun train ne roule. A Bruxelles, les arrêts Bruxelles-Midi et Bruxelles-Central ne sont pas desservis. La circulation des trains est interrompue entre Bruxelles-Midi et Bruxelles-Nord. En outre, tous les trains de pointe vers Bruxelles sont supprimés. En Flandre, des trains circulent mais plusieurs suppressions de trains sont tout de même enregistrées en raison du mouvement. Selon un porte-parole d'Infrabel, la circulation des trains connaîtra vraisemblablement de lourdes perturbations toute la journée.

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Par ailleurs, les actions syndicales menées mercredi matin dans le cadre de la journée européenne d'action contre l'austérité ont conduit à une interruption momentanée du trafic des trains Thalys. Thalys demande dès lors à ses clients de reporter leurs déplacements prévus ce mercredi. En outre, comme annoncé les jours précédents, tous les Thalys de et vers l'Allemagne sont supprimés ce mercredi. De plus, un train Eurostar n'a pas pu partir comme prévu, ce mercredi matin de Bruxelles-Midi, après que des manifestants furent descendus sur les voies. Loïc Parmentier et Didier Carpriau étaient ce matin à Bruxelles-Midi. Ils y ont croisé les manifestants en question. Un Thalys vers Paris a tout de même pu partir, mais avec près de 2h de retard. Mais il s'arrêta quelques mètres plus loin, le conducteur craignant pour la sécurité des passagers après une explosion de pétard sur la voie. Il est finalement reparti vers Paris, mais devait être un des rares de la journée, comme l'expliquaient les seuls travailleurs actifs à la gare, ceux du guichet Thalys, où c'était la cohue ce matin. Filip Peers, un permanent CGSP Cheminots, explique pourquoi le rail est solidaire à ce point de cette journée d'action européenne. "Je vous donne un chiffre. Le 9 décembre, il y a 192 trains qui vont être supprimés. Donc voilà, c'est à quoi mènent les coupes budgétaires et l'austérité." La SNCB, et donc ses travailleurs, font en effet partie de ceux qui seront touchés par des économies, selon les pistes sur lesquelles travaillent actuellement nos ministres pour boucler le budget 2013 dans les normes de déficit imposées par l'Europe.

A Liège, Axelle Noirhomme et Marc Evrard ont également croisé quelques distraits qui avaient minimisés l'impact de la grève du rail. "On m'a dit qu'il y avait grève mais je ne pensais pas que c'était sur tout le réseau. J'aurais dû me renseigner avant de partir", constatait une dame en gare des Guillemins. La librairie située dans la gare est, elle, une nouvelle fois touchée indirectement. Des 2000 clients par jour en temps normal, ils seront maximum 200 aujourd'hui : "Des pertes colossales, colossales. A l'heure actuelle, ce n'est plus vivable de subir des grèves aussi importantes", confiait le gérant.

D'autre part, la grève sur le rail a des répercussions sur le fret ferroviaire au port d'Anvers, selon une porte-parole de SNCB Logistics. "Notre personnel n'est pas en grève, 92% des travailleurs ne suivent pas le mouvement, mais l'arrêt de travail en Wallonie a des répercussions sur Anvers. Le souci est l'impossibilité de faire rouler le fret ferroviaire, en Wallonie, depuis ou vers le port d'Anvers. Le trafic est néanmoins possible dans d'autres directions comme Gand ou Zeebrugge", indique la SNCB Logistics.

"Voilà, je suis bloqué à Liège"

D'importantes perturbations sont enregistrées sur les réseaux du groupe TEC, ce mercredi matin. Ainsi, le réseau du TEC Liège-Verviers est très fortement perturbé. Aucun véhicule n'a pu sortir des dépôts, à l'exception de Verviers où 30% des services étaient assurés. Au TEC Charleroi, mis à part un métro de la ligne 1 (Charleroi-Anderlues) et la ligne de bus A vers l'aéroport, pratiquement aucun transport en commun ne circulait. Au TEC-Hainaut, la majorité des services de bus ne sont pas assurés dans les régions de Tournai, Mons et Centre. Au TEC-Namur Luxembourg, ainsi qu'au TEC Brabant wallon, plusieurs lignes ne sont pas non plus desservies. Les loueurs, quant à eux, roulent. Par contre, du côté de la STIB, métros, trams et bus roulent tout à fait normalement, a-t-on appris auprès de la société bruxelloise de transport public. Il en est de même pour De Lijn.

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Toujours à Liège, Axelle Noirhomme et Marc Evrard ont rencontré deux voyageurs dans le besoin. Faute de train, il reste le bus pour un travailleur flamand. "J'ai attendu le train pour aller à Turnhout. Mais il n'y a pas de train. J'ai dû travailler dans la nuit et voilà, je suis bloqué à Liège", regrettait-il, avant de monter dans un bus De Lijn, les seuls à rouler dans la cité ardente. Tongres sera donc sa première étape dans son périple en bus vers Turnhout. Dans l'autre sens, un Français n'a pas la chance de trouver des transports en commune pour rentrer chez lui: "De Tongres, j'ai dû prendre un bus pour aller à Liège et ici on me dit qu'il n'y a plus de train, plus de bus. Donc je ne sais pas encore comment je vais rentrer. Mais je vais rentrer ça c'est sûr." Seule option pour lui, attendre que les trains reprennent du service ce soir.

La police en renfort des gardiens dans sept prisons

La police a été appelée en renfort mercredi dans les prisons de Saint-Gilles, Forest, Huy, Lantin et Nivelles pour remplacer les gardiens en grève et assurer la sécurité au sein de ces établissements. En Flandre, ce sont les prisons de Gand et de Louvain-Central qui ont pu compter sur un soutien policier. Dans les autres prisons, le personnel était présent en nombre suffisant. "Le nombre de grévistes dépend d'une prison à l'autre", selon Laurent Sempot, porte-parole de la direction générale des établissements pénitentiaires. "Il est difficile de dresser un portait général." Les prisons font leur maximum pour ne pas devoir faire appel à la police, selon M. Sempot. "Si cela s'avère nécessaire, nous supprimons des activités, de telle sorte que le personnel présent puisse assumer les tâches de base."

Seules des entreprises liégeoises et carolo ont débrayé

L'impact de la journée est resté "très limité" pour les entreprises technologiques dans la majeure partie du pays, sauf à Liège et Charleroi, a indiqué mercredi Agoria, la fédération de l'industrie technologique, sur base d'un sondage parmi ses membres. "Dans l'ensemble des provinces flamandes et dans les provinces de Namur, du Brabant wallon et de Luxembourg ainsi que dans la Région bruxelloise, il n'y a que peu ou pas de conséquences pour la production. Par contre, en région liégeoise, une quinzaine d'entreprises de production sont complètement à l'arrêt, dont la FN Herstal, CMI, Magotteaux, Technical Airborne Components, Ensival Moret, Mécamold et Esco. Dans la région de Charleroi, quelques grandes entreprises, comme Caterpillar et la Sonaca, souffrent d'une perte de production totale", poursuit Agoria. "En Flandre, aucune action n'est signalée. Des conseils d'entreprise spéciaux et des réunions du personnel sont organisés çà et là, et des tracts sont distribués à d'autres endroits", indique encore Agoria, dont le CEO, Paul Soete, estime qu'il s'agit maintenant, en collaboration avec les syndicats, "de travailler à la construction d'une industrie plus forte".

Trafic plus dense que d'habitude sur nos routes

Il y a plus de ralentissements qu'habituellement au niveau du trafic matinal par temps sec, à 08h15, a annoncé mercredi le centre d'informations routières Perex. "Nous observons 250 km de files cumulées. C'est entre 50 et 70 km de plus qu'une journée normale par temps sec", a confirmé le centre Perex.

"Plus aucun avion à destination de l'Espagne ou du Portugal"

La journée d'action européenne a entraîné l'annulation de plusieurs vols, à l'aéroport de Bruxelles, à destination du Portugal et de l'Espagne, a-t-on appris auprès d'un porte-parole de l'aéroport. L'aéroport rappelle aux voyageurs que le réseau ferroviaire est fortement perturbé et leur conseille de consulter le site internet de l'aéroport ou de leur compagnie. Du côté de l'aéroport de Charleroi (BSCA), aucune annulation de vol n'était dans l'air mercredi matin.

Charlotte Notteghem était à Brussels Airport à 13h. Elle faisait le point : "Ce sont les vols à destination de l'Espagne ou du Portugal qui sont annulés aujourd'hui. 15 vols au total. Depuis 9h, plus aucun avion ne décolle à destination de ces deux pays, où le personnel navigant est en grève. Donc puisqu'aucun avion ne décolle, aucun n'arrive à Bruxelles et ne peut repartir. Dès ce soir, le trafic aérien devrait revenir à la normale."

"Les parents ont peut-être encore plus d'autorité sur les enfants que sur les grands"

Le monde de l'enseignement semblait très modérément affecté par la grève, ce mercredi en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les absences paraissent limitées à certains représentants syndicaux dans les grandes villes où des actions sont organisées, ainsi qu'à des enseignants n'ayant pu rejoindre l'école en raison de la grève des transports en commun. La plupart des grévistes proviennent des grandes villes comme Liège ou Charleroi, où des actions et concentrations ont été annoncées, a relevé Pascal Chardome (CGSP, socialiste). La CSC (chrétien) n'avait aucun écho de fermetures d'école, mais bien d'assemblées générales d'information ainsi que de problèmes consécutifs à la grève des transports en commun. Dans l'enseignement organisé par la Fédération Wallonie-Bruxelles, aucune situation problématique n'avait encore été signalée en milieu de matinée.

A Liège, la plupart des élèves, parents et enseignants se sont organisés sans les transports en commun. "D'habitude on prend le bus et là on a dû prendre la voiture", témoignait un papa à 7h30. Et si Aurélie est arrivée à l'heure à l'école où elle est en stage, c'est grâce au covoiturage : "Je trouve ça un peu énervant parce que quand on n'a pas de moyen de transport, on doit s'arranger. C'est assez agaçant". Idem à Charleroi, où seuls des retards d'élèves ou de professeurs ont été constatés. Nathalie Pierard et Patrick Lejuste étaient à l'institut Saint-André de Charleroi. A l'entrée de l'école, une élève racontait : "J'ai dû demander à ma maman de me déposer à l'école parce que normalement je prends le métro. On s'est levé vers 5h30." Un papa, lui, restait devant l'entrée, au cas où … "Ma fille est allée voir s'il y avait les profs. On ne comprend plus rien ici."

Finalement, dans cette école, on enregistre 20% d'élèves absents dans le premier degré. Et le chiffre augmente avec l'âge des élèves. Philippe Deloge, le sous-directeur de l'institut, tente d'expliquer le phénomène. "Je pense que c'est peut-être pour une raison de motivation. Peut-être qu'il est plus important quand on est petit de venir à l'école. Les parents ont peut-être encore plus d'autorité sur les enfants que sur les grands." Dans la classe de 2ème année, le cours de Français de Mireille Warin se donnait devant une classe au quart vide. Pas suffisant pour annuler le cours. "On va travailler. Peut-être pas au rythme habituel mais enfin on va quand même avancer parce qu'autrement c'est du temps perdu", expliquait-elle. Les élèves qui ne seront pas venus aujourd'hui devront donc rattraper leur retard.

"La majorité des supermarchés accessibles"

"Nous n'avons pas lancé de mot d'ordre de grève générale. Il s'agira donc davantage d'actions de sensibilisation et de débrayages. Mais, pour les sous-régions comme Liège ou La Louvière, où des mots d'ordre de grève générale ont été lancés, des magasins seront effectivement fermés", a expliqué Myriam Delmée, vice-présidente du SETCa. Différentes assemblées du personnel de grandes surfaces, réunies ces derniers jours, ont aussi opté pour des actions systématiques. "Ce sera le cas pour les enseignes Lidl dans la Namurois", a détaillé Mme Delmée. "Pour le grand public", a encore dit Myriam Delmée, "il n'y aura pas d'impression de grand chamboulement mercredi. La majorité des supermarchés seront accessibles".

Impact très limité à la poste

La journée d'action a eu un impact très limité ce mercredi sur les centres de tri de bpost, selon un point provisoire de la situation au niveau de la distribution du courrier. Dans le centre de tri de Liège, le plus touché par le mouvement syndical, 70% du courrier a été trié. Ce courrier a été acheminé aux bureaux distributeurs, à l'exception du seul bureau de La Roche. Au centre de tri de Bruxelles, qui couvre en outre les deux provinces de Brabant, 90% du courrier a été trié. Les centres de tri de Flandre et de Charleroi, ce dernier couvrant les provinces de Hainaut et Luxembourg, n'ont pas connu de problèmes importants.

MANIFESTATIONS ET RASSEMBLEMENTS

 

A Bruxelles, les manifestants sont allés d'ambassades en ambassades pour finir dans le quartier européen y remettre le "prix Nobel de l'austérité" à la Commission européenne. Retrouvez les revendications des syndicats en cliquant ici.

Dans le sud du pays, des rassemblements ont eu lieu à La Louvière, à Charleroi, à Liège, à Namur, à Mons, à Verviers et à Libramont. Au départ de Tournai et de Mouscron, plus d'un millier de travailleurs du Hainaut occidental et de représentants syndicaux, essentiellement de la FGTB, se sont également déplacés à Lille, où avait lieu un rassemblement mercredi matin.

La sidérurgie du Centre dans la rue

Plus de 3.500 travailleurs de la région du Centre, conduits par les sidérurgistes louviérois, se sont mobilisés à l'appel des organisations syndicales. La crise que vit la sidérurgie louviéroise actuellement a été un incitant supplémentaire à la grande mobilisation des travailleurs dans les rues de La Louvière mercredi matin. Plus de 3.500 personnes ont défilé entre la place communale et la place Mansart, où doivent avoir lieu des prises de parole. Les représentants des travailleurs de Duferco et NLMK rencontreront jeudi les directions des deux entreprises sidérurgiques louviéroises pour une première analyse du plan financier proposé.

"Au quotidien, on s'appauvrit"

Benjamin De Broqueville et Xavier Preyat assistaient à la manifestation à Charleroi, où un millier de personnes étaient dans les rues. Ils ont confié leurs craintes pour l'avenir et expliqué pourquoi, selon eux, ils se devaient de manifester aujourd'hui. "Au quotidien, on s'appauvrit fortement parce qu'on ne sait plus faire ce qu'on faisait avant. Fini les vacances, en plus on vient d'acheter une maison et on ne sait pas faire les travaux qu'on veut. Donc on est privés de beaucoup de choses et donc on prive les enfants aussi évidemment", expliquait Christelle, 30 ans, dont le mari a perdu son travail en juin. Jean-Luc, un prépensionné depuis 5 ans, a vu son pouvoir d'achat chuter terriblement. Sa retraire ne s'apparente pas à de belles années pour lui: "Adapter sa façon de dépenser et donc réduire toute une série de choses dans les activités culturelles, dans les vacances. Parce que ce n'est plus possible de continuer à vivre avec une allocation de prépension aujourd'hui." Une dame confiait ses craintes : "J'ai des enfants et c'est sûr que j'ai peur pour eux. Je ne sais pas demain s'ils trouveront du travail, où ils pourront vivre. Ça me fait peur." "Je pense que si les choses ne changent pas, ça va être de plus en plus compliqué. Il va falloir prendre peut-être d'autres mesures, comme travailler plus, faire des heures supplémentaires. On met de côté notre vie familiale et c'est bien triste", constatait tristement un manifestant. "Il faut être réaliste et se dire que la Grèce ce n'est pas si loin de nous. Restons solidaires", expliquait une autre participante.

"Si la moindre mesure touche le monde du travail, il y aura une mobilisation instantanée"

La FGTB a rassemblé plusieurs milliers de personnes - 5.000 selon le syndicat, sur la place Saint-Paul à Liège à 10H30. Le syndicat avait lancé un mot d'ordre de grève générale. De son côté, la CSC a réuni quelques centaines de militants à la Médiacité. "Le mot d'ordre de grève a été très bien suivi à Liège, au niveau des transports en commun, de l'industrie, de l'aéroport", indique Marc Goblet, président de la FGTB Liège-Huy-Waremme, constatant une "mobilisation maximum et une motivation très forte des militants". "Si la moindre mesure touche le monde du travail, il y aura une mobilisation instantanée", insiste Marc Goblet, qui, dans son discours, a pointé le patronat, le gouvernement et l'Europe. La CSC, qui n'appelait pas à la grève, a quant à elle réuni ses militants sur le site de la Médiacité, mercredi à 11H00. "Les pressions sur les travailleurs sont de plus en plus importantes", explique Jean-Marc Namotte, secrétaire fédéral de la CSC liégeoise. "Compétition, concurrence, flexibilité et individualité sont devenues des missiles qui viennent perturber le sens même du collectif et du vivre ensemble." Il précise que "le capitalisme financier transforme l'économie en un grand casino où les joueurs peuvent gagner gros, mais où les salariés et les collectivités sont toujours perdants. Face à ces cancers qui minent nos sociétés, il existe un puissant anticorps : la solidarité." Les militants ont quitté la Médiacité vers midi et se sont rendus en cortège au siège de la fédération.

Relance économique locale, thème à Verviers

La FGTB Verviers et Communauté Germanophone a mobilisé entre 700 et 800 militants. "Une véritable réussite", estiment les responsables du syndicat socialiste qui soulignent également la prise de conscience des bourgmestres sur l'intérêt de la relance économique locale et les conséquences du plan d'exclusion chômage. Près de 800 militants se sont rendus mercredi dans 11 communes de l'arrondissement de Verviers et de la communauté germanophone pour y interpeller les responsables politiques sur les conséquences du plan d'exclusion chômage pour les communes ainsi que sur une politique de relance économique dans l'arrondissement de Verviers et en communauté germanophone. Les syndicats estiment que ces interpellations ont sensibilisé plusieurs responsables politiques "prêts à se remettre autour d'une table dans le cadre de la conférence des bourgmestres afin de plancher sur la réindustralisation et la création d'emploi dans l'arrondissement", déclare la FGTB au terme des différentes entrevues. Les responsables syndicaux estiment que ce coup de semonce doit être pris avec le plus grand sérieux car "les travailleurs en ont ras-le-bol". Quelque 17.000 tracts ont été distribués lors de cette journée d'action. Les entreprises comme Spa-Monopole, Delacre ou Corman ont été perturbées par cette journée de grève. Les secteurs de l'enseignement et des transports publics ont aussi été touchés. Un gréviste a été renversé et légèrement blessé en matinée par un automobiliste à Welkenraedt.

"L'austérité ne marche pas"

Le secrétaire régional de la FGTB Namur, Guy Fays, s'est prononcé mercredi midi sur les mesures d'austérité prises par le gouvernement fédéral, s'adressant à 250 militants rassemblés devant l'hôtel de ville de Namur. "Nous sommes contre l'austérité, tout simplement parce qu'elle ne marche pas! On l'a vue à l'oeuvre en Grèce. Ce pays a connu de nombreux plans d'austérité en cinq ans. Aujourd'hui, il s'enfonce davantage", s'est exclamé Guy Fays. En Belgique, la masse salariale représente 38% des frais de travail, contre environ 40% en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. "La Belgique est donc compétitive. Chez Ford Genk, les salaires représentaient 5,5%! On licencie pour faire davantage de bénéfices. On se sert des travailleurs comme variable d'ajustement", a ajouté le secrétaire régional FGTB. "L'administration est la vache à lait qui va servir à boucler les budgets. Nous ne sommes plus dans une relation de travail", a expliqué Joseph Thonon, secrétaire régional intersectoriel. La FGTB Namur plaide pour un plan de relance, le maintien des index, la taxation des fortunes: "Il faut faire tourner l'économie, offrir des conditions de travail décentes et arrêter les avantages pour les riches. Et la solidarité est le seul gage d'une société juste." La CSC Namur a organisé une action de sensibilisation avec une mise en scène place d'Armes de midi à 14h00. Une centaine de militants étaient présents.

"L'austérité n'est pas une solution. Au contraire, c'est le problème"

A Bruxelles, le front commun syndical a mené une action symbolique, ce mercredi matin dans les rues de la capitale. Une première délégation est ainsi partie de l'ambassade d'Espagne, à destination du Berlaymont, siège de la Commission européenne, tandis qu'un second groupe a débuté son itinéraire à l'ambassade de Chypre. Alix Battard et Jean-Philippe Motte ont suivi les manifestants toute la matinée. A 10h devant l'ambassade d'Espagne, ils rencontraient Antonio, un Espagnol de 60 ans venu de Madrid pour l'occasion. "Il faut montrer une union de tous les travailleurs, de tous les ouvriers européens face à cette menace brutale et cette politique qui nous amène à la pauvreté."

Après l'ambassade d'Espagne, le cortège est passé par celles de la Grèce, de Chypre, du Portugal et finalement de l'Allemagne, symbole de l'austérité imposée. "L'austérité n'est pas une solution. Au contraire, c'est le problème. C'est ça qu'il faut combattre. C'est pas comme ça qu'on sortira de cette crise" expliquait Claude Rollin, le secrétaire général de la CSC. Anne Demelenne, son homologue de la FGTB, expliquait comment, selon elle, sortir de cette crise : "Il n'y a pas de fatalité. En soutenant le pouvoir d'achat, en investissant dans l'économie réelle, et en soutenant les entreprises qui jouent le jeu, avec une fiscalité beaucoup plus juste qui ne base pas tout en taxant les revenus du travail, on s'en sortira." "Les mesures d'austérité sont suicidaires et ne donnent pas de bons résultats. Aujourd'hui, nous sommes des millions à les refuser en Europe." Elle a également rappelé que les mesures d'austérité avaient donné de "mauvais résultats" en Espagne et en Irlande. "Nous ne voulons pas de l'Europe qu'on nous impose actuellement. L'austérité est en train de tuer le projet européen. Nous voulons une Europe sociale et de la coopération, pas une Europe de la pauvreté et de la concurrence", expliquait encore Claude Rolin. Les syndicats se sont par ailleurs tous prononcés contre l'éventualité d'un saut d'index en Belgique. "Pas touche à notre index", a notamment déclaré le président de la FGTB, Rudy De Leeuw, tandis que Mme Demelenne a salué la vice-Première ministre Laurette Onkelinx qui s'est prononcée contre un saut d'index.

Finalement, les représentants syndicaux sont arrivés dans le quartier européen. L'Europe, c'était la cible aujourd'hui: "C'est la faute de cette Europe. L'Europe capitaliste. Ce n'est pas la faute de l'Europe sociale naturellement, puisqu'il n'y en a pas! Donc on voudrait vraiment qu'il se crée une Europe sociale", expliquait Emmanuel Castro, le président des Métallos Wallonie-Bruxelles FGTB. Une délégation syndicale a remis le "prix Nobel de l'austérité" au commissaire européen du Travail et des Affaires sociales, au Berlaymont. Il ne l'a pas accepté, renvoyant les syndicalistes vers Herman Van Rompuy.

Bilan des manifestations à Bruxelles

Le bilan de la matinée, expliqué par Alix Battard à 13h : "Les syndicats se disent satisfaits pour une action symbolique, elle a tout de même été suivie par 1200 à 1500 manifestants. On ne peut pas parler de révolution mais tout ce monde a bloqué le quartier européen pendant près de 2h. La police a été déployée en nombre. Il n'y a pas eu d'incidents à proprement parler, à part quelques jets d'œufs (sur l'ambassade d'Allemagne, ndlr), des pétards et les esprits qui se sont un moment un peu échauffés (avec la police près de l'ambassade d'Espagne, ndlr). Mais il n'y a pas eu de débordement. Le rassemblement s'est dissout à 13h. Les représentants syndicaux ont livré leurs derniers messages depuis un podium installé sur le rond-point Schuman. Puis tout le monde est rentré dans le calme chez lui, en Belgique ou à l'étranger" … mais par leurs propres moyens, puisqu'il n'y a pas de train ce mercredi.

"Ministère de l'esclavage"

Plus d'un millier de personnes ont ensuite répondu à l'appel de la CNE, syndicat des employés de la CSC, à 14 heures, de la place du Luxembourg au rond-point Schuman. Au cours du parcours, les manifestants ont été arrêtés par un cordon de policiers qui les incitaient à suivre un autre trajet. Les policiers n'ont procédé à aucune arrestation et aucun incident n'a été reporté. Didier Bajura, délégué CNE à l'ULB, regrette cependant de ne pas avoir pu manifester devant les institutions européennes: "Nous voulions leur dire que la population européenne en a marre de payer leur dette. L'austérité est le problème, pas la solution." Les syndicalistes ont collé des affiches détaillant leurs revendications sur le bâtiment regroupant le Conseil central de l'économie et le Conseil national du travail. Des ballons de peinture ont été envoyés sur l'édifice qui a été affublé du titre de "Ministère de l'esclavage" par un tagueur. Des associations étaient présentes parmi les citoyens. Hafida Bachir, la présidente de Vie Féminine, estime qu'il était important pour les féministes de soutenir les syndicats: "L'austérité va anéantir toutes les revendications portées pour les femmes. Un recul des droits de la femme est à craindre." Les étudiants étaient aussi nombreux à être descendus dans la rue. Des mouvements comme Anonymous et Occupy ont été représentés.
 


 

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