Le profilage ethnique est interdit par la loi, mais se pratique de plus en plus: qui en est victime?

Le profilage ethnique est interdit par la loi, mais se pratique de plus en plus: qui en est victime?

La Ligue des Droits de l'Homme vient de sortir une étude sur le profilage ethnique en Belgique. Elle constate une hausse du nombre de délits de faciès envers une catégorie précise de personnes: les hommes jeunes, africains ou nord-africains, et pauvres.

Le phénomène, pourtant interdit par la loi en Europe et donc aussi chez nous, serait en augmentation depuis les attentats du 11 septembre et surtout ces derniers mois, suite aux attentats de Paris et Bruxelles. La LDH constate une hausse des plaintes auprès du Centre pour l'Egalité des Chances et du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies.

Le profilage ethnique, racial ou le contrôle au faciès, désigne un comportement discriminatoire d'une autorité- de la police en particulier- à l'égard d'un individu ou d'un groupe d'individus en fonction de son origine ethnique, nationale ou religieuse.


Qui est toujours contrôlé ?

En Belgique, "d’après notre étude, on constate que les minorités ethniques sont plus souvent touchées" par le phénomène, a expliqué Manuel Lambert, conseiller juridique à la Ligue, au micro d'Olivia François ce matin sur Bel RTL. "On a un groupe cible de Nord-Africains et Africains qui sont plus souvent contrôlés. Il y a aussi le critère du genre puisque les hommes sont plus souvent contrôlés. Il y a aussi un critère d’âge puisque visiblement les jeunes sont plus ciblés que les autres. Il y a également un critère vestimentaire ou social. Si on cumule l’ensemble de ces critères, on a donc un homme jeune issu d’une minorité ethnique et d’un groupe socio-économique plus faible."

Il en résulte des contrôles trop fréquents, voire abusifs : fouilles, insultes et coups et blessures non justifiés sont rapportés aux associations.


Difficile d’en évaluer l’ampleur

Il est toutefois difficile de mesurer l'ampleur des délits de faciès en Belgique, car ni la police ni le comité P ne les recensent et parce que peu de personnes portent plainte. Le profilage ethnique a pourtant des répercussions psychologiques importantes sur les victimes et sur la confiance que la police inspire à la population.

Pour lutter contre ce phénomène, la Ligue des droits de l'homme préconise de mieux recenser les contrôles d’identité et de forcer les policiers qui les pratiquent à les justifier par écrit pour éviter les dérives.


Des associations tiraient déjà la sonnette d’alarme en début d’année

Au début de l'année, plusieurs associations, comme Amnesty International, Mouvement X, Hart Boven Hard ou le mouvement interculturel Kif Kif dénonçaient déjà une augmentation des profilages ethniques depuis le démantèlement de la cellule de Verviers en janvier 2015 et les attentats de Paris en janvier et novembre 2015. Elles craignaient que ces délits de sale gueule augmentent le sentiment d'injustice et qu'ils développent une certaine animosité envers le système en place.

Le 15 octobre prochain, la LDH organisera un débat sur la question "Profilage ethnique et droits fondamentaux" de 16h à 18h au centre culturel Jacques Franck à Saint-Gilles en présence d'une chercheuse, d'un acteur de terrain et un représentant de la zone de police Bruxelles-Nord, qui mène un projet pilote en la matière.

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