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Le régime vegan convient-il aux enfants? La réponse de mères concernées et de scientifiques

Le régime vegan convient-il aux enfants? La réponse de mères concernées et de scientifiques
 

L'alimentation végane est-elle dangereuse pour les enfants ? C'est l'avis de Marie-Claire, qui nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous pour nous faire part de son inquiétude. 


Des parents végétaliens condamnés après la mort de leurs bébés

En juin dernier, un couple de Beveren a été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour maltraitance. Ils suivaient un régime alimentaire vegan (qu'on appelle aussi végétalien) et, après être tombé gravement malade, leur petit garçon est mort. Les médecins ont établi que le bébé souffrait de sous-nutrition et de carences graves qui avaient entraîné la mort.

En France, en 2011, un couple a été condamné à cinq ans de prison (dont la moitié avec sursis) pour des raisons similaires : les parents étaient végétaliens et la mère nourrissait leur fille uniquement au sein, sans autres apports. Le couple avait également arrêté de voir son médecin généraliste. A 11 mois, la fillette est morte. Elle souffrait d'importantes carences en vitamines A et B12. Comme en Flandre, ce n'est pas le régime alimentaires des parents qui a été condamné par la justice mais plutôt "l'aveuglement, la certitude d'être dans le vrai", comme l'a formulé la procureure qui a fait condamner le couple français, après avoir rappelé qu'elle n'était "pas là pour porter un jugement sur un mode de vie différent".


De nombreux médecins déconseillent formellement

Cette affaire a attiré l'attention de Marie-Claire: "En Flandre il y a eu plusieurs interviews du professeur Anne Malfroot (la présidente de l’association belge des pédiatres), qui explique [...] que le régime vegan n’est pas indiqué pour les enfants et fortement déconseillé avant 16 ans", nous a-t-elle écrit. Cette position est partagée par de nombreux médecins et professionnels de santé.

Le nombre de personnes végétaliennes en Belgique et en Europe est en constante augmentation. Il n'existe pas de chiffres précis dans notre pays mais "en Allemagne, ils sont un million" renseigne Fabrice Derzelle, fondateur de l'asbl Végétik, association qui rassemble des végétariens et des végétaliens.


Éviter les carences à tout prix

Bien que leur inquiétude quant aux risques de carences chez l'enfant soit partagée, il semble qu'aujourd'hui, la positions des végétaliens et celle d'une majorité du corps médical irréconciliables.

"On considère que ce régime n'est pas adapté aux enfants a priori, et certainement pas en dessous de 3 ans. C'est une période de croissance intense", explique Charlotte Nicolas, diététicienne pédiatrique à l'IRMW, l'institut de recherches microbiologiques de l'ULB.


Calcium: la quantité seule ne compte pas, la façon dont il est absorbé est très importante aussi

Dans notre alimentation, la plupart de ces vitamines et minéraux viennent du règne animal. Sans viande, poisson ni produits laitiers, il est plus difficile d'absorber les doses recommandées, expose Cécile Brachet, pédiatre endocrinologue à l'hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola : "Le calcium, le fer, la vitamine B12, l'iode... quand il n'y a pas de supplémentation, il y a un risque de dégâts irréparables pour l'enfant: dégâts neurologiques, retards de développement...

Les produits laitiers sont des sources importantes de calcium. Cependant, la plupart des légumes en contient aussi. Mais pour la pédiatre, ce n'est pas un argument suffisant: "Le calcium, il ne suffit pas de regarder combien il y en a dans un aliment, il faut aussi voir comment il est absorbé par l'organisme. Ça dépend de la teneur en fibres, du ratio calcium/phosphore..."

Comme Charlotte Nicolas, Cécile Brachet est catégorique: "Nous sommes réticents au régime végétalien, surtout vis à vis des enfants en croissance, entre 0 et 2 ans, et aussi à l'adolescence." Quels sont les risques encourus ? "À court terme, on observe souvent des retards de croissance ; à long terme, l'enfant risque d'avoir des problèmes de solidité des os, par exemple", répond le docteur.

Pour Cécile Brachet, les protéines posent aussi problème: "Il faut bien calculer les apports. Les protéines végétales sont moins bien absorbées par l'organisme ; il faut être accompagné par un diététicien très solide."

Charlotte Nicolas, elle, conclut: "On ne s'improvise pas végétalien du jour au lendemain."

"Il faut être très bien entouré"

Bien que végétaliennes, Deborah Vanderinckx et Stéphanie Wallon ne disent pas le contraire. Elles sont toutes les deux mamans depuis peu. Le fils de Deborah a 6 mois, celui de Stéphanie, 15 mois. Toutes les deux se montrent attentives à la bonne santé et au bon développement de leurs bébés. Ceux-ci sont suivis par un pédiatre et un diététicien.

Deborah est devenue végétarienne il y a quatre ans. Puis, il y a deux ans et demi, elle a fait la transition vers une alimentation 100% végétale. Puis elle est tombée enceinte et a commencé à prendre des compléments: "Dès la grossesse, j'ai fait attention. Je n'ai pas changé mon alimentation mais mon gynéco m'a donné des vitamines et des protéines. Pas parce que j'étais végane mais parce que tout le monde en prend pendant la grossesse", affirme Deborah. Seule différence: sa dose de vitamine B12, essentielle pour le système neurologique, a été augmentée.

Depuis la naissance, son petit garçon mange selon les recommandations de la pédiatre: "A cet âge-là, le régime alimentaire est le même pour tous les enfants. Des fruits et des légumes, des purées, des compotes. Je l'allaite et on a commencé la diversification à 3 mois et demi. Il est suivi régulièrement et il est au-dessus des courbes de croissance", se félicite la jeune mère.


Deborah ne suivra pas la recommandation des médecins: pas d'oeufs mais des légumineuses

L'alimentation du petit garçon commencera à être différente dans quelques mois quand il faudra intégrer les protéines: "Les médecins recommandent d'ajouter un œuf au menu. Je compte faire sans. A ce moment-là, je compte revoir ma diététicienne", a décidé Deborah. Elle envisage de compenser les apports de protéines grâce aux légumineuses, qu'elle souhaite intégrer aux repas quand son fils aura entre 9 et 12 mois, "pour diversifier son alimentation". "Et puis, je compte l'allaiter au moins jusqu'à cet âge-là, il trouvera aussi des protéines dans mon lait", ajoute-t-elle.


Jamais de lait végétal, toujours des préparations adaptées aux bébés

Stéphanie Wallon elle, est déjà passée par ce stade avec son jeune enfant. "Pour les protéines, il mange des lentilles, des haricots, parfois du soja mais vraiment très peu, et des céréales : avoine, quinoa..." La crèche ne propose pas de menu végétarien, alors le petit garçon y mange viande et produits laitiers plusieurs fois par semaine. A la maison, il a surtout une alimentation végétale. "Aujourd'hui, il a eu son biberon au petit-déjeuner, les légumes à midi, des fruits au goûter, et il aura à nouveau un biberon ce soir." Dans le biberon, des préparations pour bébé, des "laits de croissance". "Pour le moment, j'alterne préparation à base de lait de vache et préparation végétale, par sécurité" précise la maman qui compte néanmoins se passer du lait de vache le plus rapidement possible.


Le lait végétal à condition qu'il soit enrichi

En revanche, pas question de donner de simples boissons à base de plantes à son fils. Ces boissons qu'on appelle couramment lait de soja, lait d'amande, lait de noisette ne sont pas assez nourrissantes pour les enfants. "Ce sont des espèces de jus mais qui ne contiennent pas les apports nécessaires à la croissance. C'est souvent ça l'erreur.  Il faut vraiment utiliser des préparations spécifiques, enrichies en fer, en vitamine B12, etc.", renseigne Stéphanie.

Charlotte Nicolas, la diététicienne pédiatrique, confirme: "Il existe des alternatives végétales [au lait de vache en poudre], ce sont des préparations spécifiques, notamment à base de riz. Il ne faut pas utiliser des "laits" mais bien des préparations adaptées, enrichies en nutriments, et respecter les consignes de préparation." La diététicienne est catégorique : "Il ne faut jamais utiliser des produits sans supplémentation."


Quelles sont les règles de l'alimentation végane ?

Une seule règle: aucun produit animal ou issu de l'exploitation d'un animal:

Ni viande ni poisson
Ni lait ni de produits laitiers (fromage, crème, beurre, yaourt)
Pas d'oeufs
Pas de miel

Cela exclut donc aussi les produits qui contiennent des dérivés de produits animaux.

Exemples: les bonbons qui contiennent de la gélatine animale ou encore la bière quand des dérivés de poisson et de blanc d'oeuf sont utilisés dans le processus de fabrication pour éliminer les dépôts.

Cette règle s'applique aussi en dehors de l'alimentation: pas de cuir ou de laine dans l'habillement.

Les produits de base de l'alimentation végane sont les fruits, les légumes, les légumineuses, les fruits secs et les céréales.

 

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