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Les militaires dans nos rues pourraient être reconvertis en policiers

 
 

Puisqu’on manque de policiers, il a fallu faire appel aux militaires pour sécuriser certains sites sensibles dans le cadre du niveau 3 d’alerte terroriste. Le problème, c’est qu’il ne reste plus assez d’hommes pour servir nos partenaires internationaux dans des missions à l’étranger. Le gouvernement Michel veut donc créer une nouvelle section de la police, qui sera composée de militaires et de fonctionnaires reconvertis. Elle ne devrait voir le jour qu’en 2019, et il reste énormément de questions…

Déployés à titre provisoire depuis le 17 janvier 2015, la présence des militaires a été de nouveau prolongée vendredi dernier. Le Conseil des ministres a décidé le déploiement de 1828 militaires en rue pour une nouvelle période d’un mois, du 3 septembre au 2 octobre.


Plus assez de militaires pour aller sur le terrain à l'étranger

Le problème, c’est que garder tous ces militaires en rue empêche la Défense de remplir sa mission première. "Cette présence militaire en rue a un coût pour la composante terrestre qui ne peut plus être présente sur les terrains d’opération à l’étranger puisque tous ces militaires opérationnels sont mobilisés ici sur le territoire. Il faut savoir que 1800 militaires, c’est quand même "fois 3" puisqu’il y a les rotations, et donc on est quasiment incapables maintenant d’envoyer du personnel à l’étranger dans des missions où nos partenaires et nos alliés nous demandent un support humain. Et donc ce qu’on peut encore faire aujourd’hui éventuellement c’est envoyer quelques F16 à gauche ou à droite, mais on ne peut plus envoyer du personnel dans des opérations terrestres, et ça c’est dramatique", dénonçait ce matin Patrick Descy, le secrétaire permanent de la CGSP-Défense, au micro de Bernard Lobet sur Bel RTL.


Pas assez de policiers

D’autant que le nombre de militaires en rue a encore augmenté : 1828 , "c’est bien plus que quand on était en alerte niveau 4, donc cherchez l’erreur…", critique le syndicaliste, qui résume la situation simplement : "Tant qu’on a des policiers en insuffisance, on aura des militaires pour remplacer ces policiers dans les rues." Eddy Quaino, permanent syndical CGSP-Police confirme: "On était contents de les voir, mais les point de départ, c’est qu’il manquait des policiers. On parle d’un manque de 3500 à 5000 policiers."


Le projet du gouvernement

Parmi les 25 "mesures phares pour 2017" décidées par le gouvernement fédéral  lors d’une mise au vert le 23 juillet, on trouve la création d’une direction "surveillance et protection" au sein de la police. Ce sont 1660 équivalents temps plein (venant de l’armée et du SPF Justice) qui seront chargés de la surveillance de bâtiments comme les centrales nucléaires, les institutions belges et internationales, le palais royal, etc. Ils sont amenés à remplacer les militaires dans nos rues. "L’idée est de les remplacer par des fonctionnaires qui seraient dans un corps de sécurité composé d’environ 1660 personnes. La majorité de ces fonctionnaires viendrait du département de la Défense, donc ce seraient des transferts de militaires vers la police pour remplir des missions de vigiles dans les rues du pays, ce que font aujourd’hui les militaires", détaille M. Descy.


Beaucoup de choses à régler

Mais il reste beaucoup de détails à régler avant d’en arriver là. Il faut gérer le transfert des militaires vers ce futur corps de police, fixer les barèmes, les prérogatives et les missions. La loi sur la fonction de police doit aussi être adaptée pour définir le statut de ces futurs policiers : quels types d’examen doivent–ils passer ? Quelles armes pourront-ils porter ? "Il faut modifier la loi sur le statut de la police. Il faut permettre ce transfert des militaires. Il faut déterminer s’ils seront armés, comment ils seront formés, quel salaire ils vont toucher. Donc tout ça va prendre un certain temps. En fin de législature (donc en 2019, ndlr) on peut dire que les militaires pourront quitter les rues pour être remplacés par les fonctionnaires de ce nouveau corps de sécurité, s’il voit le jour...", doute M. Descy. Il est rejoint par son confrère du CGSP-Police: "Un policier, pour pouvoir l’engager, il y a une procédure qui est relativement longue et il y a 1 an et demi de formation."

D'autres problèmes pourraient encore survenir. Les militaires seront-ils tentés par ce changement de carrière ou sera-t-il forcé d'une quelconque manière? Et si beaucoup de militaires souhaitent rejoindre le nouveau corps, la Défense pourrait se retrouver amputée de 33% des effectifs aujourd'hui alloués à la mission dans nos rues. C'est donc face à une pénurie de soldats qu'on pourrait alors se retrouver.

Les limites du rôle des militaires:

En attendant la mise en place de cette direction surveillance et protection, les militaires resteront occupés dans nos rues sauf si la menace faiblit. Le protocole d’accord avec la police est clair: l’armée est un soutien, en aucun cas un substitut aux forces de police. Tout acte répressif ou de contrôle doit avoir lieu sous la supervision ou en collaboration avec la police. En d’autres termes : sauf danger imminent, les soldats ont surtout le droit de patrouiller et d’alerter les forces de police.

Les militaires reçoivent 500 à 600 euros par semaine pour monter de garde dans les rues du pays.




 

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