En ce moment
 
 

Pascal et Stéphanie ne pourront pas danser avec leurs invités lors de leur mariage: "Payer 700 euros un DJ, c’est cher pour une seule danse"

 
CORONAVIRUS

Pascal, comme d’autres futurs mariés, fait part de sa déception : il ne pourra pas organiser de soirée dansante lors de son mariage cet été, en raison de la crise sanitaire. Pourtant, le site info-coronavirus prétendait encore il y a quelques jours que danser lors d’un événement privé était autorisé, sous certaines conditions.

"Cela doit être le plus beau jour de notre vie et on joue avec nous comme des pantins", lance Pascal, amer. Via le bouton orange Alertez-nous, il nous a signalé ce qu’il considère comme un revirement incompréhensible des autorités sur les réceptions de mariage. Fin de la semaine dernière, la foire aux questions du site info-coronavirus.be indiquait que danser lors d’un mariage était à nouveau autorisé, moyennant une condition: le respect de la distance d’un mètre 50 sauf pour les personnes faisant partie de la même bulle sociale. Cette semaine, à la même question, la page indique désormais que danser lors d’une réception n’est pas autorisé, à l’exception de la première danse entre les mariés, lors des mariages.

avantAprès

Pascal et Stéphanie, deux habitants de Sambreville (province de Namur) devaient se dire oui le 2 mai… Le couple a déjà postposé une première fois la cérémonie et avait réservé une seconde date, le 29 août, en attendant les précisions sur les réceptions. "Le 2 juillet, j’ai vu le changement sur le site et fait une capture d’écran", raconte Pascal: "A partir de là, on a contacté notre disc-jockey, en lui disant : ‘c’est bon’ et on a relancé tous les prestataires et les convives. Puis, ma compagne a vu sur un groupe Facebook d’organisation de mariages que danser n’était plus autorisé". L’habitant de la région de Sambreville se dit révolté : "Je peux à la limite comprendre qu’il faille faire marche arrière mais alors pourquoi autoriser des centaines de personnes qui font la file dans les parcs d’attraction, ou d’autres événements… Lors d’un mariage, tout le monde se connaît. La majorité des convives font partie de la famille".

"Un mariage sans soirée dansante, ce n’est pas un mariage"

Pascal avait déjà réfléchi à la manière d’assurer la sécurité lors de la réception, avec notamment un très grand espace réservé à la piste de danse. "Payer 700 euros un DJ, c’est cher pour une seule danse… Et puis un mariage sans soirée dansante, ce n’est pas un mariage… On se retrouve pour faire la fête, je ne comprends pas", se désole Pascal qui pour le moment ne sait pas encore s’il va maintenir la réception en août… Il se laisse quelques semaines, notamment pour voir si les autorités changent à nouveau d’avis sur ce point.

De nombreuses annulations

Frédéric, lui, gère une société de sonorisation axée sur les événements familiaux depuis plus de 30 ans. Et lui non plus ne saisit pas "pourquoi on ne peut pas faire danser 20, 30 invités sur la piste, alors qu’il s’agit souvent de personnes qui se connaissent et se côtoient durant la semaine". Sur l’ensemble des réceptions de mariage qu’il devait animer cette saison (une vingtaine), une seule est pour l’instant maintenue. Toutes les fêtes d’anniversaire ont été annulées.

Cynthia De Clercq, de la fédération des prestataires de mariage HL Belgique, pointe la déception de beaucoup de couples qui ne peuvent pas déplacer leur fête en 2021: "La soirée dansante est l’une des traditions d’un mariage". Le maintien de cette interdiction représente un nouveau coup dur pour le secteur : "Nous parlons maintenant d'une année complète sans revenus ou presque sans revenus parce que les fêtes sont interdites. En revanche, il n'y a pas de prime sectorielle solide", dit-elle.

Pour Cynthia De Clercq, il aurait été tout à fait possible d’organiser la piste de danse pour assurer la sécurité des convives, notamment en tenant compte des fameuses bulles sociales de 15 personnes. "On a dû faire confiance aux cafés pour redémarrer, même si les gens dansaient, buvaient et chantaient dans ces établissements. Pourquoi ne peut-on pas donner la même confiance au secteur du mariage?", s’interroge-t-elle.

Dans le secteur de l’événementiel, les activités de très nombreux acteurs restent en pause. Et quand la reprise sera annoncée, elle ne sera pas immédiate. Les clients, les organisateurs commenceront seulement à planifier leurs réceptions.

Quelle est la règle ?

Comme expliqué plus haut, danser lors d’une réception privée n’est pas autorisé, à l’exception de "la première danse entre les mariés", lors d’une fête de mariage, indique la foire aux questions du site info-coronavirus.be. Il y a encore quelques jours, le même document indiquait que les danses étaient acceptées lors des réceptions privées pour les personnes d’une même bulle sociale ou moyennant le respect de la distance d’un mètre 50 entre les convives. Comment expliquer ce revirement de situation?

D’après Benoît Ramacker, le porte-parole du centre de crise, il y a eu une "interprétation extensive de la part des cabinets ministériels des décisions du dernier Conseil national de Sécurité au moment d’adapter cette foire aux questions". Cette interprétation a suscité la réaction étonnée d’Erika Vlieghe, virologue et présidente du GEES (le groupe d’experts en charge de la sortie du confinement). Celle-ci a indiqué qu’une telle autorisation n’avait pas été discutée avec les experts et que danser lors d’une soirée pouvait avoir pour effet de propager le virus.

Suite à cette mauvaise interprétation, "un rééquilibrage a été opéré", explique Benoît Ramacker qui précise : "Il ne s’agit pas de démarrer une polémique, on essaye de répondre au mieux à toutes les questions, tous les cas particuliers". Et c’est compliqué, "d’autant qu’interdire les danses lors des mariages, ce n’est pas quelque chose d’agréable", ajoute-t-il.

Quels sont les risques ?

Le fait de danser peut représenter un risque potentiel de propagation du virus, car le contact entre les personnes est plus étroit. Avec l’effort, la respiration est plus intense et il y a aussi la tentation de chanter au-dessus de la musique. Yves Van Laethem, infectiologue et porte-parole interfédéral pour la crise du coronavirus, estime qu’ici c’est la version la plus stricte qui a été choisie. Il avance : "Peut-être que la notion de piste de danse a posé problème ou alors on s’est dit que si plusieurs personnes se mélangeaient dans le même espace, à quoi bon interdire les soirées en discothèque ?". A titre personnel, il déclare "qu’il ne comprend pas forcément pourquoi on ne pourrait pas danser entre partenaires en tout cas". Et d’ajouter qu’à force de devoir prendre des règles si précises, "on arrive à des décisions un peu curieuses".

Emmanuel Bottiaux, virologue à l’Institut des maladies tropicales d’Anvers, abonde : "Si on reste dans le cadre de sa bulle sociale, en soi je n’ai pas l’impression que danser lors d’une réception de mariage pose problème… Surtout qu’il est compliqué de vouloir empêcher de danser à un mariage". "Il y a un risque de transmission, mais il existe aussi quand on se réunit en famille et interdire tout cela indéfiniment, ce sera difficile", analyse le scientifique qui considère qu'il faudrait en appeler au bon sens et à la responsabilité des citoyens.

 

 

Vos commentaires