Nos militaires interdits de smartphone pendant leurs opérations pour éviter l'espionnage russe

La Défense va revoir ses règles sur l'utilisation des smartphones par nos soldats en opération, craignant des tentatives d'espionnage notamment de la part de la Russie.

"Nous investissons depuis plusieurs années dans la prévention et la sensibilisation, mais cela ne semble plus suffire", a déclaré à la chaîne publique flamande VRT Carl Gillis, responsable des opérations de l'état-major. "Nous savons que la Russie s'intéresse à ce genre de données mobiles" de géolocalisation, a-t-il ajouté. Concetto Bandinelli, le porte-parole de la centrale générale du personnel militaire (CGPM), confirme les craintes au micro d'Anne-Sophie De Pauw et Bruno Spaak : "On veut éviter que les Russes ne repèrent le déplacement, la présence, l'intensité, ou en tout cas le nombre de personnes qui sont sur place."

Une analyse est en cours pour toutes les opérations militaires. Ainsi dans les États baltes, limitrophes de la Russie, "dans certaines régions et circonstances", nos militaires ne devraient plus pouvoir utiliser leur appareil personnel lorsqu'ils quittent leur base. Début janvier, environ 250 militaires belges partiront pour 4 mois en Estonie afin d'intégrer un bataillon multinational dans le cadre de l'Otan.

Selon le colonel Gillis, qui cite les cas de l'Allemagne et des Pays-Bas, notre pays n'est pas le seul à durcir ses règles en la matière. En juillet dernier, des chercheurs des Pays-Bas ont alerté sur une application de suivi des activités physiques, Polar, permettant de collecter des données sensibles sur des soldats et membres de services de renseignements de 69 pays. L'application a alors désactivé ses fonctions de localisation. Le Pentagone avait lui revu en janvier dernier les règles d'utilisation d'une autre application pour sportifs, Strava, car elle permettait de révéler les mouvements de militaires sur les bases américaines dans le monde.

Mais pour le syndicat des militaires, cette restriction va trop loin, même si les militaires sont assurés de pouvoir tout de même rester en contact régulier avec leur famille. "Le personnel concerné pense que c'est une mesure assez exagérée", relaie M. Bandinelli. "A partir du moment où l'engagement opérationnel a déjà été annoncé et que des compromis peuvent être trouvés, ils trouvent que trancher de cette manière-là est un peu fort."

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