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Peut-on aller vers une génération sans tabac? "Il y a des parents qui fument..."

Peut-on aller vers une génération sans tabac?
©RTLINFO

"Si nous vivions dans un monde sans tabac, l'espérance de vie des Belges augmenterait de deux ans", conclut une étude publiée mercredi par Sciensano. L'institut de santé publique a élaboré un scénario permettant d'évaluer l'impact de l'absence de tabac sur l'espérance de vie et l'espérance de vie en bonne santé. L'âge moyen passerait de 81 à 83 ans.

On relève 19% de fumeurs en Belgique, en ce compris 15% de fumeurs quotidiens, selon sa dernière Enquête de santé réalisée en 2018. "Les fumeurs vivent en moyenne quatre ans de moins que les non-fumeurs et sept ans de moins en bonne santé", explique la chercheuse Rana Charafeddine, citée dans le communiqué. "Si chaque fumeur abandonnait cette habitude, l'impact sur la santé serait très important tant au niveau de l'espérance de vie que de la qualité de celle-ci. L'objectif à long terme est d'inciter les gens à ne pas commencer à fumer afin de se rapprocher au maximum des scénarios établis." Selon Sciensano, la lutte contre le tabagisme requiert des mesures drastiques de la part des pouvoirs publics. L'augmentation de l'âge légal pour l'achat de cigarettes de 16 à 18 ans en vigueur depuis le 1er novembre 2019, ne permet d'ajouter que deux semaines d'espérance de vie en bonne santé aux Belges, illustre l'institut de santé publique.

Christian Massot, Docteur à l'Observatoire de la santé de la province du Hainaut était l'invité du RTL INFO Bienvenue pour présenter les pistes qui permettraient de faire du futur une génération sans tabac.

Comment construire une génération sans tabac ? Vous dites la base c'est l'exemple. Si les jeunes n'étaient pas continuellement confrontés à la vue du tabac, il y aurait plus de chances qu'il ne fume pas.

Oui ça c'est un des points, l'aspect exemple et le fait que ce soit une norme pour certains de fumer.

L'exemple ça reste vraiment le cœur du problème pour le tabagisme. Alors pour y arriver il faut tenter de bannir le tabac dans les lieux de vie. Les lieux de travail, l'école, les salles de sport, à la maison évidemment on est libre de faire ce qu'on veut même si c'est mieux de ne pas fumer. Mais pour les autres lieux de vie rappelez-nous peut-être d'abord la règle. Que dit la législation dans des lieux publics ?

Dans les lieux publics fermés, il est interdit de fumer. Donc là, les choses sont claires. Au niveau des écoles il y a une législation supplémentaire qui interdit de fumer sur toute la zone de l'école et des alentours donc là c'est plus large. Parce que c'est un lieu fréquenté par des enfants.

En théorie donc les écoles c'est un lieu où on n'imagine pas que le tabac puisse rentrer. Dans la pratique c'est plus compliqué ?

Ce n'est pas toujours évident. D'une part parce qu'un certain nombre d'enseignants sont fumeurs donc il faut gérer cet aspect-là et aussi parce qu'un certain nombre d'ados s'initient au tabac.

Il y a une forme de pression de la part des élèves qui veulent quand même demander à leur direction d'instaurer une règle, un accord tacite avec eux pour pouvoir fumer aux alentours de l'école ?

Oui, il y a sans doute une demande mais il y a aussi le fait de fumer en cachette. Même si c'est interdit. 

Comment les accompagner au mieux pour faire disparaître le tabac de ces écoles ?

C'est de travailler avec l'ensemble de la communauté éducative et avec les élèves pour mettre en place les systèmes de façon à sensibiliser. Et éventuellement aussi à proposer l'arrêt du tabac mais c'est vraiment de travailler à partir de la discussion avec l'ensemble des acteurs concernés.

Même question pour les lieux de travail, comment une société peut aider au mieux ses employés à abandonner la cigarette ?

Là c'est aussi un aspect de sensibilisation mais aussi éventuellement de proposer l'arrêt du tabac. Là, c'est un aspect qui a un intérêt aussi puisque on sait que les gens qui arrêtent de fumer ont une meilleure santé.

Ça n'est pas obligatoire pour une société d'avoir un espace fumeur à l'extérieur du siège de son entreprise. Que dit à nouveau la loi à ce moment-là ?

Il n'y a pas l'obligation d'avoir un espace mais en pratique si le travail se fait à l'intérieur, comme les employés ne peuvent pas fumer à l'intérieur puisque c'est un espace public, ils vont nécessairement trouver un endroit qui peut se trouver à l'extérieur.

Et donc c'est mieux que l'entreprise l'aménage au mieux ? Le patron d'entreprise va se retrouver face à un dilemme.

C'est-à-dire qu'il y a l'aménager au mieux et aussi il y a l'aspect de l'image de marque de l'entreprise, de ne pas se retrouver avec les employés qui fument juste à l'entrée ce qui n'est quand même pas une image de marque idéale.

Dans les clubs de sport maintenant, on peut fumer alors que ça apparaît totalement en opposition avec l'idée de faire du sport. Il y a toujours beaucoup de parents qui continuent à fumer autour du stade durant les matchs de foot par exemple.

Il y a des parents qui fument. Maintenant, on a quand même la chance de voir diminuer le tabagisme en Belgique. Donc il y en a quand même de moins en moins mais ça dépend aussi un peu des milieux et des classes sociales. Mais donc effectivement il n'est pas interdit de fumer si l'espace est ouvert. Évidemment les clubs peuvent prendre des mesures plus restrictives.

Pour certains clubs c'est toujours un frein de faire de leur espace de sport un lieu sans tabac. Il y a toujours une crainte que ça attire moins de gens ?

Oui, la crainte existe mais d'autre part il y a d'autres personnes qui vont se sentir mieux de fait qu'il n'y ait pas ce tabagisme et même ce tabagisme passif, même si on est à l' extérieur.

Les chiffres de cette enquête encore le révèle aujourd'hui, en Belgique il y a 19 % de fumeurs, 15 % de fumeurs quotidiens. Vous qui avez quand même l'expérience de terrain, vous voyez que ça diminue au fil des années ?

Les mêmes chiffres de l'institut de santé publique montrent cette diminution. On a nous-mêmes des enquêtes auprès des jeunes dans le Hainaut qui montrent cette diminution. Par contre, on s'aperçoit que dans les populations les plus pauvres, le niveau de tabagisme se maintient. On est autour de 30 % malheureusement, contre 13 % pour les personnes les plus riches.

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