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"Je n’en avais encore jamais vu !": Quentin aperçoit un raton laveur sur la route de Ciney, un animal mignon mais… nuisible

© Belga
 
 

Avec son masque noir et sa superbe queue rayée, le raton laveur est un mammifère plutôt craquant. En Wallonie, ce petit animal se multiplie depuis plusieurs années, en toute discrétion. Et cette expansion est loin d’être une bonne chose. Pourquoi ? Voici les explications d’un spécialiste des espèces invasives.

En se rendant au travail en voiture, Quentin a été surpris de voir un petit animal au bord de la route à Andenne, en province de Namur. C’était fin juillet. "Un fait assez rare, je n'en avais encore jamais vu en Belgique, un raton laveur! Celui-ci a été heurté par une voiture sur la route de Ciney", a confié cet habitant d’Havelange via notre bouton orange Alertez-nous.

En réalité, la présence en Wallonie de ce petit mammifère masqué n’a rien d’étonnant. Bien au contraire. Au fil des ans, leur nombre augmente significativement. Mais le public ne le remarque pas forcément car c’est un animal nocturne très discret. 

"La journée, les ratons laveurs se réfugient souvent dans des cavités dans les arbres de la forêt. On les voit donc assez peu et on sous-estime leur nombre. Leur présence est essentiellement attestée lorsqu’ils sont écrasés par des véhicules, quand on observe leurs empreintes particulières dans la boue ou quand des particuliers les voient dans leur jardin", explique Etienne Branquart, responsable de la cellule des espèces invasives du Service Public de Wallonie.


Photo envoyée par Quentin  

"En Belgique, sa vitesse de colonisation s’accélère"

Originaire d’Amérique du Nord, le raton laveur a été importé par l’homme en Allemagne dans les années 1930. "Lâché dans la nature, il s’est acclimaté à son nouvel environnement et a commencé à s’étendre dans plusieurs pays européens", indique Etienne Branquart. "En Belgique, sa vitesse de colonisation s’accélère d’année en année", ajoute-t-il.

Aujourd’hui, le petit mammifère est fort présent au sud du sillon Sambre-et-Meuse tandis qu’au nord sa présence est plus sporadique. "C’est une population d’une dizaine voire d’une centaine de milliers d’individus en Wallonie. Cette espèce est arrivée à partir de la frontière allemande et progresse vers l’ouest. Au début, elle a peuplé les Hautes Fagnes, puis l’Ardenne et a franchi la Meuse. Sa densité est plus importante que ce que l’on peut imaginer", précise Etienne Branquart.

"C’est vrai que j’en ai parlé à un ami chasseur quelques jours après avoir vu ce raton laveur et il m’a expliqué que ces animaux sont de plus en plus nombreux dans la région et qu’ils sont agressifs. Parfois, ils attaquent ses chiens", raconte Quentin.


Mignons mais… nuisibles 

Ce témoignage peut paraître surprenant. Mais ne vous fiez pas aux apparences. Avec sa longue queue rayée, sa fourrure soyeuse et son masque noir, il faut avouer que ce petit animal est très mignon. Pourtant, même s’ils sont adorables, les ratons laveurs sont en effet loin d’être inoffensifs. En Wallonie, c’est une espèce qualifiée d’invasive ou exotique envahissante car elle a été amenée par l’homme, est déjà largement répandue et présente un risque environnemental élevé.

"C’est vrai que c’est un petit mammifère sympa. Quand on le voit en photo, on le trouve avenant. C’est pour cela qu’il est tentant de le nourrir quand il pointe son nez dans les jardins. Mais souvent on déchante un jour ou l’autre car il cause différents types de nuisances", assure le spécialiste des espèces invasives.

Le raton laveur est un animal opportuniste qui a un régime alimentaire varié. Très agile avec ses petites pattes, il peut grimper facilement partout.

Comme il est très habile et pas craintif, le raton laveur rentre par tous les orifices de l’habitation

Il risque ainsi de s’attaquer aux poules dans les jardins, de consommer les fruits et légumes du potager, de rentrer dans les maisons pour y voler de la nourriture. "Comme il est très habile et pas craintif, le raton laveur rentre par tous les orifices de l’habitation, souvent les chatières mais aussi par le toit où il grimpe sans souci. Nous recevons beaucoup de témoignages de particuliers confrontés à de tels problèmes", atteste Etienne Branquart.

Les ratons laveurs pillent et saccagent aussi les poubelles dans les zones urbaines ou les campings par exemple.


Un réservoir naturel de maladies et de parasites

Un autre risque est d’ordre sanitaire. Le raton laveur est un réservoir naturel de maladies comme la rage. "Chez nous, elle a été éradiquée mais ce n’est pas le cas en Amérique du Nord", précise le spécialiste. "Il y a aussi d’autres parasites et agents pathogènes que cet animal véhicule comme un ver parasite qui peut être transmissible à l’homme et être mortel. Pour être contaminé, il faut consommer de la terre où il y a des excréments de raton laveur. Ce que nous ne faisons pas en général. Ce n’est donc encore jamais arrivé en Belgique. Mais il faut faire attention par exemple aux jeunes enfants qui pourraient mettre de la terre en bouche en jouant près d’un potager. Il y a quelques cas avérés en Allemagne", prévient-il.

Il faut donc éviter que ce petit mammifère masqué fréquente vraiment le voisinage de l’homme. Si c’est le cas, il pourrait laisser des excréments et cela ferait augmenter le risque de contracter une maladie.

Ne pas les nourrir, c’est primordial

Pour toutes ces raisons, il est donc fortement déconseillé de les nourrir, même s’ils sont sympas et mignons au premier abord.

"En plus, si on les nourrit artificiellement, on risque de leur donner des aliments qui ne sont pas adéquats et surtout de gonfler leur densité comme pour les pigeons en ville. Une surdensité provoque une hausse des maladies et du stress. Quand on nourrit artificiellement des animaux sauvages, leur bien-être n’est pas assuré", souligne Etienne Branquart.

Une menace pour d’autres espèces parfois rares 

Sans oublier que le raton laveur présente aussi des nuisances pour la biodiversité. Il possède un régime alimentaire varié qui s’adapte en fonction des saisons. "Il mange des plantes, des invertébrés et des vertébrés au printemps, comme des grenouilles. Il mange aussi des oisillons et des œufs dans les nids des oiseaux. Cela a un impact non-négligeable sur la biodiversité car parfois il s’agit d’espèces rares et cela contribue à leur déclin", regrette le spécialiste.

"Et puis, il existe un problème de compétition potentielle. Le raton laveur est à la recherche de grosse cavité dans les arbres pour y élever ses jeunes. Et il n’y en a pas beaucoup dans les forêts. Du coup, ils délogent d’autres espèces comme la chouette hulotte qui ne trouvent plus d’hébergement."

Comment combattre ces nuisances ?

Comment lutter contre ces nuisances ? Le Service Public de Wallonie mène deux types de stratégie pour tenter de les combattre. Le premier axe est préventif. "On informe le citoyen pour lui expliquer pourquoi nourrir les ratons laveurs est une très mauvaise idée. C’est primordial. On protège aussi les poubelles. Le but est d’éviter une surabondance et des visites trop près des habitations", détaille Etienne Branquart.

C’est évidemment un dossier délicat étant donné le capital sympathie du raton laveur auprès du public 

Le deuxième axe est un plan d’actions pour réduire leur nombre avec des pièges dans certaines zones. "Nous sommes en pleine réflexion à ce sujet avec la ministre de tutelle. Nous espérons au niveau de l’administration savoir dans quelles directions aller. C’est évidemment un dossier délicat étant donné le capital sympathie du raton laveur auprès du public", souligne-t-il.  

Un règlement et une coordination au niveau européen

Selon lui, il y a en tout cas une demande d’actions au niveau européen puisque le raton laveur est l’une des 37 espèces invasives listées au niveau du règlement européen. "Cela veut dire qu’il ne peut pas être élevé, vendu, détenu, introduit dans la nature, importé et transporté. Il peut juste être détenu dans les parcs animaliers mais il ne peut pas y être reproduit. Et il existe aussi une obligation pour les autorités concernées de prendre des mesures de lutte sur le terrain pour limiter les nuisances. Ces mesures sont donc au stade de la réflexion chez nous", confie le spécialiste.

En attendant, vous l’aurez compris, mieux vaut éviter à tout prix de donner à manger à ces petites bêtes si vous les apercevez.




 

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