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Empreintes digitales sur la carte d'identité: "On n'a aucune certitude que nos données ne seront pas hackées ou stockées quelque part"

Le projet a été présenté cette semaine. Dès avril 2019, les empreintes digitales seront obligatoires sur votre carte d’identité, comme c’est déjà le cas sur nos passeports. Une mesure nécessaire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme pour limiter la fraude des documents d’identité, estime le Ministre de l’Intérieur N-VA Jan Jambon.

Le gouvernement fédéral a décidé d'ajouter les empreintes digitales sur la carte d'identité. Cette proposition avait été faite après les attentats de Paris en novembre 2015 et en mars 2016 à Bruxelles. Différents terroristes avaient pu circuler sous une fausse identité. Au printemps 2018, la Commission vie privée a néanmoins émis un avis négatif, car ajouter les empreintes digitales à la carte d'identité est, selon elle, superflu et non conforme à la loi sur la protection de la vie privée. Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) a décidé d'appliquer sa mesure malgré tout. Un projet de loi est prêt et les premières cartes d'identité comprenant les empreintes digitales seront en circulation en avril 2019. 


"Ce projet de loi totalement inutile"

Il faudra 10 ans pour remplacer les cartes de tous les Belges. Dans la majorité, l’openVLD soutient le projet, à condition qu’aucune banque de données de ces empreintes ne soit constituée. Dans l’opposition, le PS évoque une loi disproportionnée, coûteuse et dangereuse pour les libertés individuelles. Nawal Ben Hamou, députée fédérale PS, est opposée à ce projet. Elle s'est exprimée sur le plateau de "C'est pas tous les jours dimanche".

"La solution du ministre de l'Intérieur pour lutter contre le terrorisme et la grande criminalité est de ficher 11 millions de Belges comme suspects", explique Nawal Ben Hamou. "Nous, on trouve que la mesure est totalement disproportionnée. Elle est inefficace et qui plus est dangereuse. On nous dit que comme ça, on luttera contre le terrorisme, mais je tiens à rappeler que les terroristes qui ont commis les attentats dans notre pays étaient bien connus des services de police, de sécurité et de renseignement... Mais ce que n'avaient pas les policiers étaient des moyens suffisants pour effectuer ces surveillances. Nous, on trouve ce projet de loi totalement inutile. Ce qu'il faut, c'est donner les moyens aux policiers pour pouvoir effectuer le travail. Quand on sait qu'il manque près de 3500 policiers aujourd'hui dans notre pays, je pense que c'est là-dessus qu'il faut travailler, c'est là-dessus qu'il y a un effort à faire... Ce projet de loi est inutile et on n'est pas les seuls à le dire. Il y a une réelle atteinte aux droits et aux libertés individuelles des Belges", ajoute la députée fédérale PS.

"Notre carte d'identité, on l'utilise comme carte SIS... On l'utilise à l'hôpital, à la pharmacie, dans les grandes surfaces, alors on n'a aucune certitude que nos données ne seront pas hackées ou stockées quelque part. Et là-dessus, nous émettons des craintes", précise encore Nawal Ben Hamou.


"Stocker des empreintes est contre la vie privée"

Tim Vandenput, député fédéral, Bourgmestre de Hoeilaart OpenVLD, ne partage pas cet avis. "Cette initiative a pour but de lutter contre la fraude d'identité, ce qu'on voit sur le terrain. Les rapports de Frontex montrent spécifiquement qu'il y a une augmentation de fraudes d'identité des gens qui vivent en dehors de l'Europe et entrent avec des cartes d'identité frauduleuses. Donc c'est surtout pour vérifier si la carte est la carte du porteur, ce qui n'est pas toujours le cas aujourd'hui", répond Tim Vandenput. Si ce dernier est favorable à cette mesure, il précise cependant qu'il est opposé à une banque de données. "Stocker des empreintes est contre la "privacy" (vie privée) et elle peut être hacker par d'autres personnes", rétorque le député fédéral.

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