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Juliette, 22 ans, revient sur sa tentative de suicide: "6 ans après, je n'arrive toujours pas à y croire"

 
 

Dimanche dernier, Stromae faisait sensation en présentant sa nouvelle chanson "L’enfer". Le chanteur belge y dit avoir des pensées suicidaires. A voir les chiffres, il n’est vraiment pas le seul. La Belgique, et en particulier la Wallonie, a un des taux de suicides les plus élevés d’Europe. Il y a urgence et la situation sanitaire ne fait qu’augmenter le malaise.

La ligne prévention-suicide 0800 321 23 a vu son nombre d’appels augmenter de 24% entre 2019 et 2020 et encore de 20% entre 2020 et 2021. Que peut-on faire ? Les pouvoirs publics vont-ils enfin réagir ?

Les derniers chiffres officiels datent de 2018 et ils font froid dans le dos. Avec 19,1 suicides par 100.000 habitants, si la Wallonie était un pays, elle serait numéro 2 de l'Union européenne derrière la Lituanie (la Flandre est à 14,8%). Cela fait des années que le sud du pays est sur ce "podium" européen. Ce sont surtout les jeunes qui sont touchés. Chez les 10-19 ans, le suicide est la 2e cause de mortalité derrière les accidents de la route.

Sur le plateau de l'émission C'est pas tous les jours dimanche, Juliette est revenue sur sa tentative de suicide quand elle avait 16 ans. "C'était sur un coup de tête. Ce n'était pas du tout réfléchi. Quand je me suis réveillé à l'hôpital, je ne savais pas pourquoi j'étais hospitalisée", confie-t-elle. "6 ans après, je n'arrive toujours pas à y croire. Je suis quelqu'un qui aime profiter de la vie, et je sais que ce n'est pas la solution. Je me demande comment j'en suis arrivé là..."

Aujourd'hui, Juliette a 22 ans et termine ses études en ressources humaines. Elle dit garder malgré tout des images de ce qu'elle a vécu il y a 6 ans. "Tous les matins, il faut la force de sortir du lit et porter cette histoire sur les épaules. J'ai de la chance d'avoir une famille qui me soutient et ça fait beaucoup. Aujourd'hui, c'est la fin du combat et au niveau de la santé, il n'y a rien à dire."

Elle conseille pour s'en sortir de "parler", de "s'exprimer et dire tout ce qu'on ressent".

Les raisons sont multifactorielles

De son côté, Dominique Nothomb, la directrice du centre de prévention du suicide, s'est exprimée sur le taux de suicide en Belgique. "Les raisons sont multifactorielles. Ce que je peux vous dire, c'est que la crise sanitaire amplifie les réactions. Il faut être attentif et faire attention en particulier à nos adolescents, mais aussi à toute la population. Il faut renforcer les services d'aide comme le service de prévention-suicide, une ligne anonyme et gratuite mais aussi des consultations psychologiques pour les personnes en crise suicidaire et pour les personnes endeuillées."

Pourquoi les chiffres restent élevés? 

"Le suicide reste un des sujets réellement tabou. Faites l'expérience autour de vous. Parlez simplement du mot suicide et vous verrez des réactions de recul. Or, un des secrets est de pouvoir en parler. La chanson de Stromae permet de mettre l'accent et le projecteur sur cette question."

Ce sont surtout les jeunes qui sont touchés, et les garçons se suicident deux fois plus selon les chiffres européens. Que mettent en place les autorités? 

"J'ai essayé de sortir l'artillerie lourde en matière de santé mentale. Quand j'ai pris mes fonctions, j'ai vu que la Wallonie avait un taux d'incidence très important. Il y a un lit sur 4 occupé en Wallonie suite à un problème mental. Il faut agir", souligne Christie Morreale, la ministre wallonne de la Santé. 

"Je crois qu'on agit trop tard. On a des problèmes dans la détection. Je salue Juliette qui accepte d'en parler. On dit qu'en parler pourrait donner des idées, mais c'est exactement l'inverse qui se passe. La magnifique tribune qu'a accepté de nous dévoiler Stromae montre que toutes les personnes qui ont des vies normales peuvent passer à l'acte ou le murissent. La crise sanitaire a accéléré ça. En Wallonie, depuis avril 2020, il y a 20 millions d'euros supplémentaires qui ont été octroyés en matière de santé mentale pour engager notamment 178 psychologues. La ligne de prévention suicide a été renforcée, mais il faut être attentif. Il est important de pouvoir répondre à la demande. Troisième chose, nous avons mis en place des sentinelles, un dispositif qui comprend des personnes qui forment et qui accompagnent. Elles ont envie de détecter si des personnes ont des signaux d'alerte et le relayer pour éviter un passager à l'acte."


 

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