L’entreprise Zalando a-t-elle vraiment fui la Wallonie à cause de ses grèves et du PTB?

Zalando ne s’implantera pas en Wallonie. Cela fait deux ans que l’AWEX et l’intercommunale IDEA discutent dans le plus grand secret avec le géant allemand de l’e-commerce. L’implantation d’un entrepôt logistique dans la région de Dour aurait permis d’engager 1500 personnes. Comment expliquer que nous avons manqué cette opportunité ? Certains parlent du mauvais climat social, d’autres de la possible montée du PTB, d’autres encore du manque de souplesse sur le travail de nuit. Le ministre wallon de l’économie, Pierre-Yves Jeholet, a déclaré, à ce propos: "La FGTB porte une responsabilité dans ce dossier, elle doit comprendre qu’on est au XXIe siècle. Lorsqu’un syndicat décide de faire de la politique, c’est un problème".


"Nous mettons toujours en avant le fait que nous avons du personnel à disposition"

Vincent Loiseau, bourgmestre de Dour, a négocié avec Zalando. L’entreprise –t-elle évoqué le climat social difficile pour justifier leur refus ? Le maïeur ne donnera pas de réponse tranchée: "De manière générale, tous les investisseurs nous pensent un ensemble de questions, et effectivement, on peut avoir toute une série de questions où on demande comment vont fonctionner les entreprises en termes de collaboration sociale, généralement on s’en tient aux chiffres officiels qui sont publiés, et plutôt que de les comparer entre régions, on va les comparer avec d’autres pays, mais nous mettons toujours en avant le fait que nous avons du personnel à disposition, que la collaboration sociale est envisageable, et que très probablement, il y a plus de facilités de trouver un environnement favorable en Wallonie, qu’aux Pays-Bas, où il manque beaucoup de personnel".


"95% des entreprises où il y a grève sont en Wallonie"

Un entrepreneur anonyme a confié à l’équipe de C’est pas tous les jours dimanche que les investisseurs posaient des questions sur la montée du PTB: "Si Zalando n’a pas choisi la Wallonie, c’est par crainte de la montée du PTB", estime-t-il. Dominique Michel, administrateur délégué de Comeos, la Fédération belge du commerce et des services, qui représente les commerçants et le patronat, réagit: "Je ne vais pas me prononcer sur le PTB ou sur un quelconque parti. Je crois qu’il y a un élément objectif : nous sommes en Belgique, donc le climat social, on le connaît et on fait avec. Il est bon au niveau des entreprises, mais c’est vrai qu’au niveau global, il y a quand même une difficulté. Un élément très concret que personne ne peut discuter, c’est lorsqu’il y a une grève interprofessionnelle, dans notre secteur et dans les autres secteurs, on voit que 95% des entreprises où il y a grève sont en Wallonie. C’est un fait. Avec un petit pourcent en Flandre, et 4% à Bruxelles. Donc on a une énorme activité en Wallonie, par rapport à la Flandre, mais ça ne veut pas dire que globalement, on a plus de grèves que dans d’autres pays, ça il faudrait l’analyser".


"Jusqu’où on va aller ?"

Pour Germain Mugemangango, porte-parole du PTB, il faut s’en tenir aux faits: "D’abord, Zalando n’a pas communiqué les raisons pour lesquelles il n’a pas choisi Dour. Quand on creuse un petit peu le dossier, on voit que certains essayent maintenant, et monsieur Jeholet en est, de politiser le dossier", estime-t-il. "Quand on creuse le dossier, on voit qu’il y a deux choses, on voit que Zalando cherche des pays où on peut appliquer une flexibilité à outrance, et où il peut faire travailler des travailleurs en détachement roumains, ukrainiens, ou des pays de l’est, à des prix ridicules. On ne doit pas faire les hypocrites. On est dans une course à l’échalote, on est dans une spirale vers le bas où une concurrence est mises entre les travailleurs. La question qu’on doit se poser, comme Comeos, comme gouvernement wallon, comme gouvernement fédéral, c’est jusqu’où on va aller ?"

Pour le porte-parole, c’est plus facile aux Pays-Bas de faire appel à ces travailleurs "détachés", ces travailleurs par exemple polonais, qui sont payés en Belgique, avec un salaire belge, mais qui payent leurs cotisations de sécurité sociale dans leur pays, en Pologne, soit beaucoup moins, et ils sont ainsi moins chers pour l’employeur. "Amazon, par exemple, qui est aussi une entreprise du ‘capitalisme numérique’, fait maintenant travailler des travailleurs en Pologne, 3 euros de l’heure, 40 heures par semaine. La question, c’est jusqu’où on va aller ?"

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