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Les sables mouvants à la Côte belge, un piège à touristes francophones? "Quand on traduit, c'est plus courtois"

Les plages entre Zeebruges et Blankenberge sont actuellement "réensablées". Et ce type de travaux peut être dangereux car il provoque un phénomène de sables mouvants. De grands panneaux disposés sur la plage alertent les promeneurs. Il est indiqué "Opgelet Drijfzand". Mais si vous ne connaissez pas ce mot néerlandais plutôt technique, vous ne pouvez pas les comprendre.


"Le mot drijfzand n'est pas un mot très courant"

"Serait-ce donc un piège à touristes francophones?", se demande Christophe Deborsu. ll y a quelques années à Heist, on est d'ailleurs passé à côté d'un drame: une sexagénaire avait dû être secourue. Pour Edgard Fonck, directeur de l'Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre, cette signalisation n'est pas optimale: "D'abord, le mot drijfzand n'est pas un mot très courant, ne fait pas partie du vocabulaire des étrangers ou des francophones qui ont appris le néerlandais, et les pictogrammes qui accompagnent le message, qui est en néerlandais uniquement, ne sont pas suffisamment clairs", estime-t-il. Pour lui, l'un des pictogrammes laisse penser qu'il ne faut pas aller nager, mais n'a aucun rapport avec le fait qu'il y ait des sables mouvants sur la plage.


"Quand on traduit, c'est plus courtois"

Christophe Giltay, qui confie ne pas se rendre à la Côte belge car il a un appartement au Touquet, sur la côte française, explique que c'est différent, là-bas: "Au Touquet, il y a plein d'Anglais, et là où il y a des sables mouvants, parce qu'il y en a, c'est marqué en français, 'sables mouvants', et en anglais, 'quicksand'. Pourquoi? Simplement par courtoisie, parce qu'il y a beaucoup de touristes anglais. Mais ça n'a aucun caractère légal ni obligatoire, c'est simplement une courtoisie de la station, envers ses touristes anglais. Moi je dis, on n'est pas forcément obligés de traduire, mais quand on traduit, c'est plus courtois".


"Drijfzand, ce n'est pas la fin du monde"

Pour les responsables des travaux, rien ne les oblige à traduire drijfzand en français: "l'unilinguisme, c'est la loi". C'est ce que pense égalementWilly De Waele, président du Centre de Consultation des associations flamandes – OVV. Pour lui, l'unilinguisme prévaut: "Ça m'étonne que vous consacriez une émission à cet impérialisme linguistique francophone. La solution est toute simple: apprendre le néerlandais ! Drijfzand, ce n'est pas la fin du monde".

Pour l'ancien bourgmestre de Lennik, il faut obliger la communauté francophone à apprendre le néerlandais dans les écoles: "Ce n'est pas le cas aujourd'hui. La Flandre le fait pour le français. Je suis passée, à l'époque, par les Racine, par les Victor Hugo…".


Il y a courtoisie et législation

"C'est une bagatelle, je suis d'accord que par courtoisie, on pourrait faire traduire drijfzand dans toutes les langues possibles, pas seulement en français, même en allemand, en anglais, en chinois, pour tous les touristes", estime Jan Segers, éditorialiste en chef au journal Het Laatste Nieuws. Pour lui, il faut distinguer courtoisie et législation: "Aujourd'hui, je lis dans mon journal que pas plus de 60% des policiers sont bilingues à Bruxelles. Pourtant, c'est une obligation légale. Ici, ce n'est pas une obligation légale, donc je ne crois pas qu'il faut en faire un tas. Je propose un compromis à la belge, je dirais, remplaçons la communication verbale par des panneaux de signalisation, danger avec un point d'exclamation, ça devrait suffire".

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