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Ludwig, un Namurois sans-abri, est contre les arrestations ordonnées par grand froid: "On essaye de criminaliser le fait d'être pauvre" (vidéo)

Une ordonnance de police adoptée dans la commune d'Etterbeek par son bourgmestre Vincent De Wolf (MR) impose jusqu'au 8 mars l'arrestation administrative des personnes sans-abri qui refusent d'intégrer les hébergements d'hiver. Cette mesure exceptionnelle était débattue ce matin sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche, avec le bourgmestre Vincent De Wolf et Ludwig, une personne sans-abri.

En cette semaine de grand froid, une personne sans-abri est morte dans les rues d’Anvers. Dans le même temps, de plus en plus de bourgmestres veulent obliger les personnes sans-abri à dormir au chaud quand le mercure descend sous zéro. C’est Vincent De Wolf, le bourgmestre libéral d’Etterbeek qui a lancé le mouvement ; il a pris les dispositions nécessaires afin que la police de sa commune arrête administrativement les personnes SDF qui ne veulent pas se protéger par grand froid.

Ludwig Simon, un Namurois sans domicile fixe, s'est exprimé ce matin sur le plateau du débat dominical pour manifester son mécontentement quant à cette mesure: "Je ne suis pas du tout d'accord parce qu'il faut savoir que les gens qui décident de rester dehors par ce froid généralement s'équipent. Donc encore une fois, on remarque qu'on essaye de criminaliser le fait d'être pauvre. On trouve d'autres solutions que celles que vous nous imposez et cela ne vous plaît pas. Ce qui ne vous plaît pas, c'est qu'on trouve des solutions et que vous n'en voulez pas", justifie l'homme.

Et de surenchérir son point de vue en détaillant un fait de sa propre expérience "Vous croyez vraiment que quand on est SDF et qu'on a un chien, notre première préoccupation, c'est d'avoir le carnet de vaccination avec nous, pour pouvoir rentrer quelque part au chaud? Si on n'a pas le carnet de vaccination, on ne peut pas rentrer..."

Ludwig ne veut pas se séparer de son chien, mais estime aussi que l'accueil laisse à désirer dans les lieux mis à sa disposition par la ville de Namur: "Il faut dire que généralement dans ces lieux mis à notre disposition, on est mal reçu. À Namur, à 7h du matin, on est quand même mis dehors."

 

"Un bourgmestre a l'obligation d'aider toute personne en danger"

Vincent De Wolf, bourgmestre d'Etterbeek et initiateur de ce mouvement, écoute attentivement Ludwig avant de défendre son point de vue et d'expliquer pourquoi il a adopté cette ordonnance: "Au début des grands froids, j'ai été averti dans ma commune par des assistants sociaux qu'il y avait une dizaine de personnes qui ne voulaient pas rejoindre le chauffoir. Donc j'ai pris une mesure que Monsieur Simon ne connaît pas bien. J'ai pris une mesure qui est très complète et pas agressive du tout. Tout d'abord, on fait voir les personnes concernées par des médecins aux frais de la commune évidemment. Ce n'est que dans l'hypothèse qu'une personne est en danger, que des mesures doivent être appliquées".

"On a prévu une camionnette pour mettre en sûreté les effets des SDF. On a prévu un chenil à l'hôtel communal sans carnet de vaccination, dans l'hypothèse où il y aurait un chien. Certes le maître et son chien sont séparés la nuit mais le chenil est sous un gardiennage organisé. Dans la pratique cela s'est bien passé, puisque nous avions aussi un policier parlant roumain qui a pu leur expliquer la situation. C'était essentiellement des Roms qui étaient concernés. Ces personnes ont d'ailleurs accepté de voir le médecin et de passer la nuit au chauffoir."

"Nous n'avons arrêté personne. Lorsqu'un SDF refuse, ce n'est pas pour un motif de liberté individuelle, c'est parce qu'il ne peut pas y aller avec son chien, qu'il se retrouve dans un grand dortoir, dans lequel il y a une promiscuité où il y a peut-être de la drogue, de la violence, tout cela, je sais. Chez nous, c'est une petite maison bruxelloise, où il y avait des lits et où ils ont été nourris. Quand ils ont vu le chauffoir et qu'ils y ont été la première nuit, ils sont revenus toutes les nuits par la suite. On a même jamais dû appliquer d'exécutés de contrainte. Je rappelle aussi qu'un bourgmestre doit, de par la loi, assurer la sécurité et la première sécurité, c'est évidemment la liberté. Il y a une obligation d'aide aux personnes en danger."

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