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Propos racistes au JD Sports: "Elle a utilisé ces propos pour moquer le système", selon l'avocat de l'ex-manager (vidéo)

Des propos racistes ont été prononcés dans le magasin de la Médiacité à Liège, il y a deux semaines par une manager. Cette dernière risque jusqu'à un an de prison. Son avocat Philippe Zevenne s'est exprimé sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche.

Les propos racistes ont été prononcés dans le magasin de la Médiacité à Liège, il y a deux semaines. En fin de journée, les employés sont toujours fouillés afin de vérifier s'ils n'ont rien volé. Le jour des faits, la manager a demandé à ses équipes de se séparer en trois groupes, les "arabes", les "gwères" et enfin les "macaques". Depuis, une vidéo dans laquelle la manager tente de s'expliquer fait le tour des réseaux sociaux. La brigade judiciaire a rédigé un PV pour incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'un groupe ou d'une communauté (racisme et xénophobie), à charge de la gérante de JD Sports dont les propos ont inondé les réseaux sociaux", indique le porte-parole de la police de Liège. Le parquet de Liège a de son côté ouvert un dossier et prend cette affaire "très au sérieux", a indiqué Catherine Collignon, la magistrate presse.

Les propos ont choqué plus d’un employé présent. La direction leur aurait répondu que c’était de l’humour et qu’il devait passer au-dessus. La gérante s’est, elle, finalement excusée en tentant de se justifier. Mais ses propos racistes ont déclenché un véritable raz-de-marée. Depuis, le magasin a été victime de représailles. Ce samedi, une manifestation a eu lieu en face du magasin

Philippe Zevenne, avocat de Célia, ancienne gérante de JD Sports-Médiacité, était invité sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche. Il a précisé que l'ex-manager "ne souhaite plus être vue "après ce qui lui est arrivé". "Les conséquences de ses propos malheureux et le déferlement de haine... Sur la toile directement ou indirectement : "Il faut la lyncher", "il faut lui faire la peau"...Pour une fille de 25 ans, c'est difficile à supporter donc elle souhaite maintenant être totalement en dehors du champ médiatique", a précisé l'avocat.



"Pour moquer le système"

Ce dernier a précisé qu'en ce qui concerne les fouilles réalisées dans le magasin, ce n'est pas sa cliente qui a mis en place ce système. C'est la direction qui aurait imposé ces consignes afin d'empêcher les vols. "Ca pose problème, mais elle ne fait qu'exécuter les ordres de son employeur (...) il faut mettre les gens en rang pour que cela soit plus fluide", a détaillé Philippe Zevenne. "C'est pour moquer le système qu'elle a utilisé ces propos", a tenté de justifier l'avocat.

"Ca, c'est une nouveauté", a rétorqué Christophe Deborsu. "Écoutez, c'est ce qu'elle a déclaré (...) j'étais avec elle à son audition vendredi. C'est une jeune femme de 25 ans, la plupart de ses employés ont le même âge qu'elle ou sont plus jeunes. Là, en l'occurrence, comme le système des fouilles n'est pas fort apprécié, pour moquer le système, elle a utilisé ça en disant ça... Et ce n'est pas très intelligent", a répondu Philippe Zevenne.

"On n'est pas dans du Pierre Desproges (humoriste français)", a réagi Adrien De Marneffe, journaliste La Dernière Heure. "J'entends ce que vous me dites, mais ces propos, c'est du racisme le plus abject que l'on puisse imaginer. Le pire, c'est que c'est du racisme ordinaire... On a le sentiment qu'elle n'est pas consciente de ce qu'elle dit. Mais vous vous imaginez la famille des personnes qui se sont fait traiter de macaques ? Quelle vision ils peuvent avoir de la société dans laquelle ils vivent quand leurs parents quand ils vont travailler, se font insulter comme ça par leur manager ? Je pense que ce n'est pas acceptable", a expliqué le journaliste.


"Une relation de hiérarchie"

"Elle n'a pas utilisé ces propos pour dire à une personne: "Espèce de macaque, tu dégages d'ici. La situation n'est pas là... La situation est qu'au sein même de l'entreprise, en privé, elle a utilisé ça sur le ton de l'humour. Je crois que c'est très clair (...) Jamais ses propos n'avaient pour vocation à se retrouver dans le domaine public comme ça l'a été, il faut être clair par rapport à ça", a lancé l'avocat.

"Le Parquet dit bien que le ton n'a pas d'importance, le mot compte", a répondu Christophe Deborsu. "Quand on est manager, qu'on a la responsabilité de personnes, c'est facile de les insulter et d'avoir l'impression qu'il n'y a pas de réponse. Il y a une relation de hiérarchie", a indiqué Adrien De Marneffe.


Elle risque jusqu'à un an de prison

L'ancienne manager risque un an de prison pour incitation à la haine raciale, mais son avocat précise que les minimums et maxima de peine sont rarement appliqués. "Elle peut très bien faire l'objet d'un rappel à la loi, c'est à dire lui rappeler qu'effectivement on ne doit pas tenir ce genre de propos, ce qu'elle admet (...) Elle s'est excusée personnellement vis à vis de l'employé. Un employé qui était choqué sur la vingtaine présente. Elle s'est excusée le surlendemain pendant une heure dans son bureau. Tout cela a été filmé et enregistré (par les cameras de surveillance du magasin) et est entre les mains de la justice (...) elle a représenté des excuses publiquement sous la contrainte d'une quinzaine de personnes qui sont venues la filmer contre son gré sur son lieu de travail", a ajouté l'avocat avant de préciser que sa cliente est elle-même "issue de l'immigration".

"Elle est d'origine algérienne", a lancé Philippe Zevenne. "Et alors?", ont rétorqué en choeur Christophe Deborsu et Adrien De Marneffe, visiblement étonnés par cette justification. "C'est comme les gens qui disent: j'ai des amis d'origine x,y,z pour s'excuser. Ca ne fonctionne pas", a précisé Christophe Deborsu.


"Elle regrette"

"Cette manager engage des personnes dans son magasin. Si elle était raciste, et tout le monde est d'accord pour dire qu'elle ne l'est pas, elle n'engagerait pas ces personnes. Elle pratique la discrimination positive pour justement permettre à des personnes africaines de travailler. Donc ce n'est pas quelqu'un de raciste. Elle a eu un propos raciste qui est sanctionnable et qu'elle regrette, mais elle n'est pas raciste", a insisté l'avocat de la manager.

Cette dernière a été licenciée avec des indemnités, donnant l'impression que pour son employeur, il ne s'agit pas d'une faute grave. "Elle a 11 ou 12 semaines d'indemnités de préavis. Si son employeur souhaitait la licencier pour motif grave, il avait un délai de trois jours pour le faire. Il ne l'a pas fait alors qu'il était immédiatement informé de la situation puisqu'un représentant de l'employeur hiérarchique était présent le jour même", révèle Philippe Zevenne.

"On se trouve dans une société qui est de plus en plus clivée, ce type de propos est inacceptable, l'était et doit l'être encore plus maintenant quand on voit les conséquences pour l'image de cette société pour les personnes qui ont été insultées", a précisé Adrien De Marneffe.

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